0218 – Notre folklore ( 4 ) : Tant pis pour les rotules

Si vous vous demandez pourquoi j’ai commencé cette évocation de notre folklore par les danses des montagnards ? Si vous vous dites : « Pourquoi n’a-t-il pas débuté cette série par le Polonez, si royal, si majestueux … ou par le Krakowiac, si connu, si emblématique du folklore polonais … ou par le Mazur, si léger, si aérien ? » … je serais contraint de vous avouer que ces souvenirs-là, ceux du góralski, sont plus présents, moins « oubliables » que les autres … ils me tiennent au corps !

À cause d’eux – ou grâce à eux – j’ai bien compris ( et à mon avis, je ne dois pas être le seul à l’avoir compris ) que nous avons plusieurs mémoires. Il y a la mémoire du cerveau, celle qui enregistre les faits les plus importants de notre existence ; il y a la mémoire du cœur, qui retient les émotions, les joies et les plaisirs, même si ces vibrations de l’âme ne sont parfois inspirées que par des choses qui peuvent paraître insignifiantes pour d’autres … et puis, il y a la mémoire des rotules …

Les miennes se souviennent … souvent.

« Hier encore » comme chantait Charles Aznavour, tout paraissait simple. Nous avions vingt ans, une souplesse à toute épreuve, un souffle sans limite. On aurait déplacé les montagnes … en commençant par les Carpates. Le corps ne se révoltait pas … pas encore ; il suivait le rythme. On se croyait invincible et on ricanait des anciens quand ils nous saoulaient avec leurs prétendues douleurs articulaires.

Aujourd’hui, à chaque fois que j’essaie d’enfiler mes chaussettes, je repense à toutes nos acrobaties ! Je me dis qu’il aurait peut-être fallu se modérer un peu, ménager la monture, sauter moins haut, ou moins souvent.

Il aurait fallu savoir, à l’époque, que nos rotules, elles, n’oublieraient jamais !

Que reste-t-il aujourd’hui de toute cette époque ? Beaucoup de bons souvenirs, à peu près le même nombre de rhumatismes, quelques rares photos, et quelques cuipagi, accrochées au mur du hall d’entrée. À présent, elles ne servent plus à grand-chose. Tout juste pourrait-on les utiliser comme béquilles … et encore.

Mais il reste quand même quelque chose qui n’a jamais vieilli … qui est resté parfaitement en état … inaltérable, inoxydable … quelque chose qui ne craint ni l’érosion du temps qui passe, ni la fureur des vents qui nous ont dispersés, ni la sécheresse de l’individualisme … cette chose merveilleuse s’appelle : notre amitié.

Alors, « Je ne regrette rien », comme disait Edith Piaf… « Non, rien de rien… ». Et tant pis pour les rotules !

C’est Anne Wuidar qui clôturera cette série consacrée aux montagnards. Dans ce quatrième extrait de son journal, elle parle des zbójniki. Nous ne connaissions que très peu de détails sur leur existence, voici de quoi nourrir notre curiosité. Merci Anne.

08/04/2019 – JP Dz

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1.642 : KSMP Mons : Zbójnicki : Freddy Motala ; ( ? ) ; Didier Boucheï ; Czesiu Kucharzewski ; Géniu Bujanowski.
1643_KSMP_Mons
1.643 : KSMP Mons : Zbójnicki : Pierre Front ; Freddy Motala ; ( ? ) ; ( ? ) ; Czesiu Kucharzewski ; Géniu Bujanowski.
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1.644 : KSMP Mons : Zbójnicki : Pascal Łagocki ; Michel Brzezicha ; ( ? ) ; ( ? ) ; Didier Boucheï ; Freddy Motala.
1645_KSMP_Liège
1.645 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : Aline Jarosz ; Aline Bień ; Jasiu Paluszkiewicz ; André Paterka ; ( ? ) ; ( ? ).
1646_KSMP_Liège
1.646 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : ( ? ) ; … ; ( ? ).
1647_KSMP_Liège
1.647 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : ( ? ) ; André Paterka.
1648_KSMP_Liège
1.648 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : André Paterka ; … ; Jasiu Paluszkiewicz ; ( ? ) …
1649_KSMP_Liège
1.649 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : Henri Krauza ; François Musialowicz ; Marek ? ; Zosia Zaremba ; Henri Paluszkiewicz.

LES LEGENDES GÓRALES – par Anne Wuidar

Je tiens à signaler qu’ici j’ai quasi recopié ces textes mot pour mot.

Légende de JANOSIK :

Le chef des brigands des Carpates

Le personnage de Janosik est aussi connu du côté polonais que de l’autre côté de la frontière, en Slovaquie. Nombreux furent les poèmes, les récits puis les films qui, dans l’un et l’autre pays, relatèrent les exploits de ce brigand au grand cœur.

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En fait, Janosik a réellement existé au 18ème siècle. Il est né dans le petit village perché dans les Tatras, à Techova du côté slovaque. Dès l’âge de 15 ans, il se fit remarquer pour son courage, alors que la contrée était occupée par les forces autrichiennes de l’empire des Habsbourg. Recruté de force comme gardien de prison, il s’empressa de faire évader les prisonniers politiques. A partir de ce moment, il devint un brigand des montagnes, à la tête d’une bande de hors-la-loi (les « zbójniki ») cachés dans les forêts, tantôt du côté slovaque tantôt du côté polonais.

Il s’avéra bien vite que leurs méfaits avaient des buts très généreux. Ils dépouillaient les riches voyageurs – et plus particulièrement lorsque ceux-ci étaient des Autrichiens – pour distribuer leur butin aux pauvres.

Janosik n’a jamais tué aucune de ses victimes, se contentant de les dévaliser. Il apparaît même que si un pauvre hère venait à passer et avait besoin de son aide, il s’empressait de lui porter secours. Pour ces raisons chevaleresques, parmi la population des Tatras, Janosik et ses zbójniki étaient plus admirés que craints.

Ce qui n’empêchait pas qu’il était activement recherché par les autorités autrichiennes au pouvoir et qu’un jour il fut capturé et fut condamné à mort.

Les conditions de sa mort, telles qu’elles furent relatées, sont particulièrement atroces : un crochet fut fixé à travers une de ses côtes et il fut ainsi pendu par ce crochet, lui assurant une mort aussi lente que douloureuse.

Quoi qu’il en soit, l’histoire de Janosik se double d’une légende, relatée et chantée depuis des siècles par Polonais et Slovaques :

Selon la plupart des récits, les habitants affirmaient que Janosik avait des pouvoirs surnaturels : Une résistance surhumaine aux flèches et aux balles. Si malgré cela il avait pu être blessé, il avait tôt fait de guérir ses plaies à l’aide d’une plante qu’il portait dans sa poche.

Il pouvait en outre se déplacer d’un lieu à un autre cent fois plus vite que les autres humains. On raconte aussi qu’il imprimait la paume de sa main profondément dans les roches de la montagne.

Ses dons lui avaient été prodigués par trois sorcières qu’il avait rencontrées dans la forêt alors qu’il était enfant. S’apercevant de sa vaillance précoce, elles lui firent don de trois objets magiques : un piolet, une chemise et une ceinture.

Aussi ne voyait-on jamais Janosik sans ces trois présents qui lui assuraient chance et agilité.

Néanmoins, s’il fut finalement capturé, c’est parce qu’il avait eu le malheur de tomber amoureux d’une fille perfide qui ne méritait aucunement son amour.

Tentée par l’argent que les autorités avaient promis pour sa capture, elle le dénonça, après avoir pris soin de détruire les trois dons des sorcières qui le protégeaient.

Cependant, après la mort de Janosik, les histoires des brigands mystérieux ont continué de courir, alimentant la tradition et le folklore de toute la région. Certains vieux górales vous affirmeront que si vous vous éloignez dans les forêts autour de Zakopane, vous découvrirez les repaires des bandits.

L’une des danses spectaculaires, qu’exécutent volontiers les górales, porte le nom de

« Zbójnicki ». Les danseurs miment des luttes à l’aide de leurs piolets, tout en bondissant vertigineusement.

 Légende de Bartek et des (40 😊) zbójniki

Des histoires mystérieuses couraient sur ces brigands. Ils auraient enterré de fabuleux butins dans le fond des forêts ou bien dans des grottes.

Un jeune berger, nommé Bartek, s’était aventuré très haut dans la montagne avec ses moutons. S’asseyant sur une roche, il sentit que la lourde pierre vacillait. Intrigué, il la poussa de toutes ses forces et eut la surprise de découvrir entre les roches une fabuleuse collection de bijoux et de monnaies. Il hésita à les emporter, se rappelant les bavardages d’une vieille femme qui passait un peu pour sorcière dans le village, qui prétendait que quiconque trouverait l’un des trésors laissés par les zbójniki et l’emmènerait, serait maudit.

La tentation fut plus forte que la crainte. « Après tant d’années, la malédiction qui recouvrait le butin a dû perdre de sa force », pensa-t-il.  Il décida de n’en parler cependant à personne et cacha le trésor dans sa maisonnette.  Cependant, l’été était arrivé ; les récoltes de Bartek furent réduites à néant par un violent orage ; aucune de ses brebis ne donna naissance à des agneaux cette année-là. Bref, tout allait de travers. Ses voisins s’étonnaient de sa malchance, car aucun orage ne s’était abattu sur leurs récoltes et leurs troupeaux paissaient en pleine santé.

« Pourquoi la malchance s’abat-elle sur Bartek ? » se demandaient-ils. Ce bon bougre ne le mérite vraiment pas ». Tant et si bien que Bartek prit le trésor volé et le reporta à l’endroit où il l’avait trouvé. Etrangement, la chance lui sourit à nouveau, sa récolte fut excellente et ses brebis particulièrement fécondes. Il devint un homme riche et heureux.

Amicalement vôtre : Anne Wuidar  –  wuiwui007@hotmail.com

Extrait n° 4 des « Muses Vagabondes – Petit Journal Culturel et Artistique Slave » – n° 25 de décembre 2018.

 

0214 – Notre folklore ( 3 ) : le zbójnicki

Si certains KSMP avaient incorporé dans leur spectacle une danse des góral – c’est-à-dire avec des garçons et des filles – au KSMP de Mons, on se voulait original … et donc on avait choisi de présenter plutôt un « zbójnicki », autrement dit une danse virile, où il n’y avait que des garçons. Le thème des zbójniki fait référence à ces brigands très populaires qui vivaient eux aussi dans les Carpates, parmi les góral, mais qui avaient une réputation particulière … Le plus connu d’entre eux, Janosik, est le Robin des Bois polonais !

Nous connaissions un peu les légendes qui couraient autour de ces brigands, sans vraiment connaître. On imaginait qu’ils passaient le plus clair de leur temps à se mesurer, à se défier et ainsi à briller aux yeux des filles. Il nous fallait donc sur scène rivaliser de souplesse et d’agilité. La danse était composée de figures en groupe, de combats de ciupagi et de solos, où chacun pouvait exprimer ses capacités et ses talents.

Les acrobaties – réalisées à l’aide de la ciupaga ou du chapeau – étaient souvent inspirées par l’ensemble Mazowse, mais parfois, c’était d’inspiration locale. Le tout était particulièrement dynamique et audacieux.

Tous les garçons se bousculaient pour y participer et tous en gardent des souvenirs cocasses. Personnellement, si je devais choisir, c’est trois anecdotes que je retiendrais :

1) Quand nous avons mis au point notre nouvelle chorégraphie, nous en étions très fiers. On avait beaucoup répété – à l’abri du regard des filles – et tout nous semblait être parfaitement au point. Tout naturellement, le premier spectacle était un moment important ; il fallait mettre « le paquet » pour impressionner le public.

Donc, nous nous sommes tous habillés au maximum … en ne négligeant aucun détail : chapeau, grosse ceinture en cuir, cape, etc … Mais … nous n’avions jamais répété en costume. Dès les premières minutes, ce fut un calvaire.

Mon chapeau – incontrôlable – m’a glissé sur les yeux. Je ne voyais plus du tout où j’étais par rapport au bord de la scène. Ma cape, dans le mouvement, s’est retrouvée devant … sur le chapeau. Impossible de m’en dépêtrer. Quant à la ceinture – beaucoup trop dure – elle m’empêchait de respirer quand je faisais des figures accroupi ; et comme la plupart des figures spectaculaires nécessitaient d’être accroupi … vous imaginez le problème ! J’ignore comment je suis arrivé au bout de la prestation ? Ni comment mes partenaires s’en sont sortis ? Les fois suivantes, j’ai dansé « light », en laissant au vestiaire chapeau, cape et ceinture.

2) Physiquement, c’était un effort incroyable. À la fin de la danse, nous étions toujours épuisés. Pourtant, une fois ( une seule fois ), l’orgueil a été plus fort que la fatigue et … que la raison. Le public était tellement enthousiaste que nous avons accepté de faire un bis. À la fin du deuxième zbójnicki d’affilée, je me suis écroulé dans les coulisses. J’étais complètement « hors service ». C’est Zdisław Blazka qui m’a emporté, dans ses bras, vers l’arrière de la salle. J’ai mis un long moment à m’en remettre.

3) Alexis Łagocki – qui entamait ses études d’ingénieur civil à Mons – devait présenter quelque chose aux autres étudiants dans le cadre des « baptêmes estudiantins ». Il a eu l’idée de présenter un zbójnicki.

Le spectacle se déroulait dans une grande salle bondée d’étudiants très excités et qui avaient consommé pas mal d’alcool. Quand ils nous ont vus arriver avec nos « déguisements » de góral, ils se sont mis à crier très fort et en chœur : « A poil, à poil, à poil,… ». Nous n’étions pas à l’aise dans nos kierpce. J’ai même cru que nous n’en sortirions pas indemnes.

Heureusement, dès les premières minutes de la danse, les cris se sont arrêtés et très vite les applaudissements les ont remplacés. Finalement, tout s’est bien terminé. OUF !

En annexe, le 3ème extrait de l’article d’Anne Wuidar consacré aux montagnards. Dans ce troisième extrait, elle nous parle des chants, des danses et de Zakopane. Merci Anne.

11/03/2019 – JP Dz

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1.602 : KSMP Mons : Zbójnicki : Czesiu Kucharzewski ; Michel Mikolajczyk ; Alfred Materna ; Pierre Front ; (? ) ; ( ? ) ; Alexis Łagocki.
1603_KSMP_Mons
1.603 : KSMP Mons : Zbójnicki : Michel Mikolajczyk ; Marek Bujanowski ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Alexis Łagocki.
1604_KSMP_Mons
1.604 : KSMP Mons : Zbójnicki : Dans les coulisses : (? ) ; ( ? ) ; … ; Christian Nahorniak ; (? ) ; Alfred Materna ; Pierre Front ; Christian Wisła ; Géniu Bujanowski ; Marek Bujanowski.
1605_KSMP_Mons
1.605 : KSMP Mons : Zbójnicki : Géniu Bujanowski ; Alfred Materna ; Michel Mikolajczyk ; Pierre Front ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Christian Wisła ; Alexis Łagocki ; Marek Bujanowski.
1606_KSMP_Mons
1.606 : KSMP Mons : Zbójnicki : Alexis Łagocki ; (? ) ; … ; ( ? ).
1607_KSMP_Mons
1.607 : KSMP Mons : Zbójnicki : Czesiu Kucharzewski ; Didier Boucheï ; Géniu Bujanowski ; (? ) ; Michel Brzezicha ; (? ).
1608_KSMP_Mons
1.608 : KSMP Mons : Zbójnicki : Pascal Łagocki ; Pierre Front ; Freddy Motal ; Czesiu Kucharzewski ; Giovani Cortelletti.
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1.609 : KSMP Mons : Zbójnicki : Didier Boucheï ; Pierre Front ; Michel Mikolajczyk ; Patricia Dudziak ; Sylvie Warwzeniak ; Sylvie Motala.

 

  • Les GÓRALES ou Gourals ( suite ) – par Anne Wuidar

La danse : Les hommes dansent assez souvent avec leur piolet ou une hachette (outils qui se rapportent à leur vie quotidienne) ; et ce, sur un rythme d’enfer.

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Le chant : Contrairement à la plupart de leurs chants et danses très vifs, voici un chant nostalgique, dont les paroles, depuis deux siècles, bouleversent les Polonais – montagnards ou non – qui ont dû quitter leur patrie avec regret pour gagner leur pain : « Góralu, czy ci nie zal » (« Montagnard, n’es-tu pas nostalgique ? »)

Il paraît que c’était la chanson préférée du pape Jean-Paul II, né au pied des Tatras.

Montagnard, ne regrettes-tu pas,
De quitter le pays de tes parents,
Ces lacs, ces bois et ces collines,
Et ces ruisseaux d’argent ?

Goural, ne regrettes-tu pas,
Goural, reviens au pays (bis).

Mais le Goural regarde les montagnes,
Et essuie ses larmes avec sa manche,
Il faut bien quitter les montagnes,
Pour du pain, Monsieur, pour du pain.

Goural, ne regrettes-tu pas,
Goural, reviens au pays (bis).

Les chants caractéristiques ainsi que leurs danses vives, impressionnent toujours les touristes des basses terres.

Zakopane et les villages des alentours hébergent de nombreux groupes folkloriques qui se transmettent l’art du folklore de génération en génération. De nos jours, les jeunes portent de plus en plus souvent les habits traditionnels et soulignent leur appartenance à cette ancienne tradition des Tatras.

La plus grande fête de la région est le « Festival International de Folklore des Hautes Terres ». Il est organisé en fin d’août à Zakopane depuis 1968. Les górales du monde entier se retrouvent ainsi en compétition pour gagner les « ciupaga » (hache traditionelle) d’or d’argent et de bronze. Le touriste y revient souvent afin d’y revivre la joie d’être dans la tradition montagnarde, pour admirer les habits traditionnels et pour ressentir cette atmosphère inoubliable.

La région de Zakopane :

Depuis le 19eme siècle, elle est encensée par les poètes et les peintres ; par exemple, l’artiste-peintre Witkiewicz qui à la fin du 19ème siècle, lança, (en construisant sa célèbre maison appelée « Koliba »), ce qu’on a nommé « le style de Zakopane » désignant ces chalets pittoresques typiques. Cette région si excentrée au Sud, et cette localité de Zakopane si nichée au sein de montagnes, ont attiré depuis longtemps, les artistes les plus fameux de toute la Pologne. Ils se groupaient ici, discutant des évènements, dans ces « karczma » de bois, ou bien, dans les moments de paix, venant respirer et prendre les eaux. Il y eut Il y eut des écrivains, tels KRASZEWSKI, SIENKIEWICZ, GOMBROWICZ, WITKACY, des musiciens fameux tels Ignacy PADEREWSKI (retrouvant ici sa grande amie la célèbre comédienne Helena MODRZEJWSKA), Karol SZYMANOWSKI (dont subsiste la maison appelée « Atma »), et KARLOWICZ qui trouva la mort dans une avalanche aux alentours de Zakopane. Tous étaient sous le charme de cet endroit unique.

Quant à Karol WOJTYLA (Pape Jean-Paul II), né aux pieds de ces montagnes qu’il a escaladées, où il a skié, où il a randonné l’été, bien des photos le montrent dans ce coin de Pologne qu’il n’avait jamais oublié !

Promenades proches : Le mont Gubalowka est le départ de nombreux sentiers de promenades et de randonnées. Paysage bucolique, doucement vallonné où des vaches paissent en toute tranquillité. On peut aller jusqu’à Chocholow, qui est à 17 km vers l’ouest de Zakopane. Chocholow est un village dont la quasi-totalité des maisons ont été construites en bois au 19eme siècle, l’une d’elle a des poutres de 1m d’épaisseur. L’église de Chocholow est également intéressante.

Mode de vie : Les górales sont bergers de père en fils. Ils vivent paisiblement dans leurs maisons de bois, la plupart jouent du violon dès leur tendre enfance, les jeunes filles brodent, fabriquent du fromage avec le lait de leurs brebis.

Même les très nombreux touristes séjournant à Zakopane, qui les observent avec curiosité, ne les changent pas. Leur vie simple et joyeuse a résisté à tant de guerres meurtrières et de régimes politiques qu’il en faudrait plus pour bouleverser leurs habitudes.

Dans un journal précédent, où j’avais abordé les diverses étapes qui précédaient le tissage de la laine, j’avais parlé de la laine des chiens de bergers Podhale au poil particulièrement doux qui assure aux tisseuses et tricoteuses des vêtements d’hiver particulièrement légers. Ces chiens, ainsi que leur nom l’indique, proviennent de la région de Zakopane et sont d’excellents gardiens de moutons.

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Amicalement vôtre : Anne Wuidar  –  wuiwui007@hotmail.com

Extrait n° 3 des « Muses Vagabondes – Petit Journal Culturel et Artistique Slave » – n° 25 de décembre 2018.

 

0212 : Notre folklore ( 2 ) : « Za górami, za lasami »

Si les górale étaient importants … que dire des góralki ? C’est pour elles qu’ils s’affrontaient. C’est aussi pour elles – nos góralki à nous, celles de Comblain – que nous nous affrontions !

« Za górami, za lasami, za dolinami,
Pobili się dwaj górale ciupagami. 
»

Bien sûr, à Comblain elles n’avaient pas ces jupes si colorées, ni des chaussettes dans leurs kierpce, mais leurs tresses, avec un peu d’imagination, on pouvait presque se les partager :

« Hej górale, nie bijta się
Ma góralka dwa warkocze, podzielita się. 
»

Ça nous arrangeait bien de croire que, pour nous, elles avaient tout en double … « dwa warkocze », « dwoje oczu » et surtout un cœur immense « duże serce » qui pouvait contenir toutes nos passions et nous consoler de toutes nos défaites.

« Hej górale, czy dobrze wam ?
Mata na łbie wielkie guzy ja dziewczyne mam ! 
»

Mais nos góralki prenaient véritablement leurs éclats sur scène, dans les spectacles des KSMP. C’est là, dans l’habit traditionnel, comme sur les photos en annexe, qu’elles resplendissaient. Leurs chansons si particulières, avec cette tonalité et l’accent des montagnards, nous faisaient frissonner de plaisir. Quant à leur danse, elle tranchait singulièrement avec les autres chorégraphies, les Mazurs et les Polonaises aux gestes amples, aux pas allongés et aux mouvements lents et majestueux. Ici, tout paraissait concentré, millimétré … ajusté.

On les regardait tricoter avec leurs jambes légères, des petits pas si rapides, si précis, si resserrés qu’on ne pouvait pas s’empêcher de les imaginer sur les hauteurs des Carpates … là où l’espace manque et le temps est compté.

Autour d’elle, les garçons, les górale, s’appliquaient pour être remarqués. Ils rivalisaient d’adresse, de souplesse et de puissance vocale pour les séduire.

« W murowanej piwnicy,
Tańcowali zbójnicy,
Kazali se piknie grać,
I na nóżki pozirać. 
»

Parfois la douleur les faisait grimacer … jamais elle ne les arrêtait :

« Tańcowałbyk kiebyk móg,
Kiebyk ni mioł krzywych nóg.
Ale krzywe nózki mom,
Co podskoczem, to sie gnom. 
»

Et quand la danse se faisait Trojak, comme sur la photo 1.590, le góral était joyeux … il avait deux góralki pour lui tout seul … une dans chaque main … n’en lâchant aucune …

« Zasiali górale owies, owies,
Od końca, do końca, tak jest, tak jest ;
Zasiali górale żyto, żyto,
Od końca, do końca wszystko, wszystko ! 
»

Il profitait des mouvements plus lents pour contempler ses conquêtes et se préparait déjà à les faire virevolter autour de lui dès que rythme s’accélérerait …

« A mom ja ci trzy mendele
W domu dwa, w domu dwa
Zadna mi si
ę nie podoba
Tylko ta, tylko ta ! 
»

C’est là qu’il était le plus heureux … il savait déjà que la figure se terminerait inéluctablement par un bisou de chacune de ses deux góralki. Le bonheur !

En annexe, le 2ème extrait de l’article d’Anne Wuidar consacré aux montagnards. Dans ce deuxième extrait, elle nous parle, entre autres, des costumes et de la musique. Merci Anne.

25/02/2019 – JP Dz

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1.582 : KSMP Liège : Spectacle du « Printemps polonais » : Jeanine Grajesz ; Haline Migon ; Régine Paluszkiewicz ; Pani Majewska ; ( ? ) ; ( ? ) ; Krysia Wochen ; Irène Jamka ? ; Madame Jamka ; Madame Wochen ; Elziunia Walczak ; Mirka Patalas ; Aline Bień ; Richard Migon ; Stasiu Krolak ; Edouard Paluszkiewicz ; César Napora ; Mieciu Musial.
1583_KSMP_Liège
1.583 : KSMP Liège : Góralski du « Pintemps polonais » : ( ? ) ; … ; André Paterka ; … ; ( ? ).
1584_KSMP_Liège
1.584 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : ( ? ) ; … ; ( ? ) ; … ; ( ? ).
1585_KSMP_Liège
1.585 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : Avec à l’avant, Aline Bień ;  Gaby Stefanski ; Aline Jarosz ; Brigitte Witecki ; Helena Wochen ; Mirka Patalas. Derrière, Madame Wochen ; ( ? ) ; ( ? ) et … Georges Załobek.
1586_KSMP_Liège
1.586 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : Avec Stanis Debski ; Danielle Nieglos ; Régine Paluszkiewicz ; Jeanine Grajesz ; Zosia Bień ; ( ? ) ; ( ? ). Derrière, Monsieur Bolesław Chwoszcz ; Edouard Paluszkiewicz ; Edouard Jamka.
1587_KSMP_Liège
1.587 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : ( ? ) ; … ; Mirka Patalas ; … ; ( ? ).
1588_KSMP_Liège
1.588 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : Gaby Stefanski ; Mirka Patalas ; Christiane Stefanski ; Aline Bień ; Brigitte Witecki ; Helena Wochen ; Aline Jarosz ; Danielle Nieglos.
1589_KSMP_Liège
1.589 : KSMP Liège : Góralski du « Printemps polonais » : Mr Bolesław Chwoszcz ; Edouard Paluszkiewicz ; Jasiu Paluszkiewicz ; Edmond Walczak.
1590_KSMP_Ressaix
1.590 : KSMP Ressaix : Trojak : Eveline Ogonowski ; Vital Kciuk ; Dominique Ogonowski.

 

Les GÓRALES ou Gourals – par Anne Wuidar

 https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=en&u=https://www.slavorum.org/gorals-slavic-highlanders/&prev=search

https://www.zakopane.eu/fr/folklore-montagnard

https://www.mackoo.com/Pologne/zakopane-campagne.htm

https://pologneimmortelle.wordpress.com/category/6-folklore-et-traditions/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cor_des_Alpes

https://translate.google.com/translate?hl=fr&sl=pl&u=https://pl.wikipedia.org/wiki/Trombita&prev=search

Le peuple Góral :

Les Górales (prononcer gourals), littéralement « montagnards ». C’est un groupe de populations indigènes du sud de la Pologne, du nord de la Slovaquie et de la région de Cieszyn en République tchèque. Il existe également une importante diaspora dans la région de Bucovine dans l’ouest de l’Ukraine et dans le nord de la Roumanie.

En Pologne, ils vivent dans la région de Podhale, dans les Tatras, et dans certaines parties des Beskides (Silésie de Cieszyn, Beskides de Silésie, Beskides de Wywiec). Dans la Slovaquie actuelle, ils vivent dans 4 groupes distincts : dans le nord de Spiš (34 villages subdivisés en deux groupes), Orava et Kysuce (2 villages) et des groupes plus petits dans 7 autres villages enclavés du nord de la Slovaquie.

Leurs divers dialectes descendent de l’ancien polonais, mais avec une influence non négligeable du slovaque depuis ces derniers siècles. En plus du polonais, la langue contient un vocabulaire d’autres origines, y compris le slovaque, le « Vlach » (langue des Valaques, à consonance romano-orientale, très parlée dans certaines régions de Roumanie) et des mots d’origine incertaine qui ont des liens avec d’autres dialectes des bergers de la région des Carpates.

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Pour la plupart des Górales, le facteur décisif dans leur identification à une nationalité n’est pas ethnique mais territoriale. Ceci, à mes yeux, est compréhensible du fait que comme leurs troupeaux, les hommes n’avaient pas conscience des frontières conventionnelles entre états. Historiquement, la question de leur identité ethnique a été très débattue et a abouti à des réclamations et à des demandes reconventionnelles à la fois de la part de la Pologne et de la Slovaquie. Ceux qui vivent dans des régions appartenant de longue date à l’État polonais s’identifient comme polonais, tandis que ceux qui vivent en Slovaquie se sont identifiés comme slovaques mais gardent en tête leur identité première, ce qui est le cas de beaucoup de minorités d’ailleurs. C’est également le cas des Hutsuls, présents en Ukraine et en Roumanie – des Lemkos, présents en Pologne, Slovaquie et en Ukraine – des Boïkos, présents en Ukraine, en Pologne et en Slovaquie. Ces trois peuples étant souvent connus sous le nom de Ruthènes.

Le costume traditionnel des hommes – qu’ils portent encore dans la vie courante à Zakopane et alentours – car les górales sont des bergers – est constitué de pantalon moulant en peau de mouton brodée (débarrassée de sa laine) de couleur blanche ou grise, décoré d’une broderie appelée « parzenica ». La parzenica est faite d’un large fil de couleur rouge et gris.

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Le reste de l’habit traditionnel comprend une chemise blanche de lin avec des pinces décoratives sous le cou. Par-dessus, en été les górals mettent des vestes en cuir ou des « cuchy » (des vestes blanches brodées). En hiver ils se vêtent de manteaux de cuir ou de fourrure.

L’élément le plus populaire de cet habit est un chapeau décoré de coquilles ainsi qu’une plume d’aigle. Leurs chaussures s’appellent « kierpce » et elles sont créées en cuir taillés dans un seul morceau. Elles sont attachées aux mollets par des lanières. Un chapeau et une cape sur les épaules complètent cette tenue.

Le costume traditionnel des femmes – Elles portent des jupes plissées avec un motif floral.

On assiste, et ce dernièrement, à un retour des anciennes jupes sans plis avec une bande de crêpe cousue dans la partie basse. Ces dernières sont accompagnées d’une chemise blanche et d’un corset lui aussi brodé avec des perles, les « kierpce », ainsi que des colliers de perles rouges autour du cou.

La musique, dite « góralska » est tour à tour ardente ou douce dans l’accompagnement des chants et danses. On y entend beaucoup le violon et l’accordéon.

La  trembita (ou trabita, ou trombita,), instrument à vent folklorique en forme de tuyau droit ou légèrement coudé à la fin, atteignant parfois 4 mètres de long, utilisé comme trompette de berger, produisant un son grave et profond et qui, comme les cors des Alpes était utilisé initialement pour communiquer à distance en montagne. Cet instrument se trouve en Suisse, en Autriche, en Allemagne, en France et, la trembita en Pologne par les Górales et les Hutsuls (régions de Beskides et de Podhale), en Ukraine et en Roumanie.

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La trembita était probablement comme le cor des Alpes, utilisée pour prévenir un village d’un danger, ou pour appeler les villageois à l’église, car le son peut parcourir des longues distances, et faire écho dans les vallées. Il servait aussi aux bergers qui pratiquaient la transhumance alpine.

Elle est réalisée dans le bois d’un jeune arbre coupé en deux moitiés dans le sens de la longueur. Ensuite, celles-ci sont creusées et jointes, collées avec de la colle. L’instrument est ensuite enveloppé d’étroites lanières d’écorces. L’extrémité est évasée. La manière de se souffler dans l’embout permet d’émettre des tonalités harmoniques différentes.

Amicalement vôtre : Anne Wuidar  –  wuiwui007@hotmail.com

Extrait n° 2 des « Muses Vagabondes – Petit Journal Culturel et Artistique Slave » – n° 25 de décembre 2018.

0209 – Notre folklore ( 1 ) : « Góralu, czy ci nie żal ? »

Góralu, czy ci nie żal
Odchodzić od stron ojczystych ?

Combien de fois n’avons-nous pas chanté cette chanson à Comblain-la-Tour ? Par delà, les paroles si tristes et la mélodie si mélancolique, c’est tout le mythe des montagnards polonais – les górale(1) – qu’on nous faisait ressentir. « Góral na góry spoziera, i łzy rękawem ociera ; bo góry porzucić trzeba, dla chleba, panie dla chleba ! » ( Le Góral regarde les montagnes, et essuie ses larmes avec sa manche, il faut bien quitter les montagnes, pour du pain, Monsieur, pour du pain ! ).

Nous écoutions religieusement Pan Bardo – et les autres adultes qui nous apprenaient à chanter – nous parler de ces montagnards obligés de quitter leurs terres natales parce qu’elles ne pouvaient plus les nourrir. Nous étions fascinés par ces récits graves ( les « gawędy » ) qui dépeignaient des situations désespérées et on s’identifiait à ces hommes courageux qui étaient obligés de descendre vers les plaines pour trouver du travail.

Pour les enfants que nous étions, imaginer que les adultes puissent pleurer était insupportable … et qui plus est, se les représenter en larmes, quittant leur famille, leurs enfants, la gorge serrée et l’âme en peine, nous retournait les tripes. Du coup, ce que nous préférions, c’était les histoires de ces brigands, les « zbójniki », qui n’acceptaient pas toute cette misère et qui se révoltaient contre le système … déjà ! Les légendes autour de leur chef Janosik nous exaltaient. Il faut dire que Pan Bardo avait l’art de les raconter. Et comme il voyait dans nos yeux que ces récits nous passionnaient, il brodait encore un peu plus … Janosik devenait notre Robin des bois à nous, et nous, on devenait ses valeureux compagnons d’infortune.

Par bonheur, c’était relativement facile de s’identifier aux « zbójniki ». Eux, ils ne se séparaient jamais de leur « ciupaga » ( le piolet du montagnard ) ; alors nous, on se confectionnait nos « ciupagi » à nous, avec des branches qu’on ramassait dans les bois autour de Comblain, lors de nos randonnées quotidiennes. La ciupaga servait à tout … à s’aider pour monter un talus, à secourir les filles qui n’arrivaient pas à grimper, à retourner une pierre quand la curiosité l’exigeait, à taquiner les lézards ou les orvets, à transporter sa gourde, … mais surtout à se mesurer aux autres. Quel plaisir que ces joutes fraternelles. J’entends encore le bruit des ciupagi qui s’entrechoquent. Je revois nos gestes maladroits qui miment des combats fratricides tout en mesurant les coups pour ne surtout pas blesser l’adversaire … qui était notre meilleur ami.

Parfois, nous allions encore plus loin. C’est Piotr Rozenski qui m’a rappelé récemment quelques détails que ma mémoire avait enfui trop profondément. Cette année-là, j’étais son moniteur, et Géniu Bujanowski était le sous-moniteur. Ks Kurzawa avait décrété que chaque groupe devait avoir un nom ! Nous, après concertation, nous avions décidé qu’on s’appellerait ; « Zakopane » ! Tout un programme. Les garçons étaient heureux … Freddy Motala en tête. Pour affirmer notre identité, j’avais demandé à Richard Konarski de confectionner des ciupagi pour toute la joyeuse bande. Richard a passé tous ses temps libres à sculpter les bâtons, à graver des formes dans les écorces pour être le plus proches des véritables ciupagi. Elles étaient magnifiques.

Pour l’ognisko, on avait prévu que nos garçons exécuteraient un « zbójnicki » dans les règles de l’art. Ce choix était dicté par le nom de notre groupe, bien sûr, et aussi un peu, avouons-le, pour fatiguer ces « infatigables » garnements. Ils étaient tous hypermotivés. Et donc, un beau matin, nous avons commencé l’initiation. Géniu et moi, on se relayait pour montrer les différentes figures que nos élèves s’empressaient de reproduire. Ils étaient doués et c’était véritablement un plaisir de les voir accroupis enchaîner les ciseaux et autres mouvements. C’était à celui qui serait le plus résistant, le plus endurant. Nous les encouragions et en même temps … on souriait dans notre for intérieur parce qu’on savait, par expérience, que le lendemain serait difficile … et le lendemain a été extrêmement difficile !

Je les vois encore, les malheureux, avoir un mal de chien à se lever, à tenir debout. Les douleurs musculaires au niveau des jambes les empêchaient de marcher normalement. Il a fallu se résoudre à les descendre, un à un, dans nos bras car l’escalier paraissait être un obstacle infranchissable. Les jours qui ont suivi nos déplacements furent limités. Je ne me souviens plus si, lors de l’ognisko, la danse fut finalement montrée … ça m’étonnerait. Géniu et moi, nous étions très entraînés à cet exercice, et nous avons mal évalué l’impact de cette gymnastique intense sur des jeunes garçons sans expérience. Reste le souvenir …

Il n’y a pas qu’à Comblain qu’on pouvait croiser des górale … des jeunes, des plus âgés et même des très jeunes. Il faut dire que ce costume était typique, même si parfois, par manque de moyen, on a vu des versions plus « fantaisistes » comme sur les photos qui accompagnent ce texte. Mais il n’y avait pas un spectacle, pas une cérémonie, pas un pèlerinage, ni une procession sans góral … ces photos en témoignent.

Aujourd’hui, nous avons un peu oublié toute cette mythologie des montagnards. Heureusement, Anne Wuidar dans son journal « les muses vagabondes » a consacré un article extrêmement bien fait aux górale. On peut y lire tout ce qu’on doit savoir sur le sujet : histoire, géographie, coutumes et légendes. Puisque Anne nous autorise à le reproduire ici, nous n’allons pas nous en priver. J’ai découpé son article en 4 parties ; voici la première. Merci Anne.

04/02/2019 – JP Dz

( 1 ) : Il m’apparaît important de préciser que les mots polonais, qui représentent le mieux notre folklore, conservent leur fraîcheur quand ils ne sont pas systématiquement traduits. Ceci dit, ajoutons que la langue polonaise, et ses déclinaisons, fait varier la terminaison des mots : on dira un góral ( au singulier ), mais des górale ( au pluriel ). Ces mots n’étant pas francisés, nous avons décidé de ne pas ajouter le « s » final de la langue française au pluriel déjà existant.
Nous dirons donc : un góral – des górale ; une góralka ; des góralki ; une ciupaga ; des ciupagi ; …

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1.560 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1963 : L’ognisko présente un góralski : ( ? ) ; … ; ( ? ).
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1.561 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1963 : A l’avant plan, tout à droite de la photo, Henryk Ferdyn ( Winterslag ), fils de Bogus Ferdyn et Pani Wanda Biatuszewska. Tous les 2 étaient d’anciens scouts du Limbourg et Pani Wandzia a été monitrice à Comblain ; ( ? ) ; … ; ( ? ).
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1.562 : PERONNES-LEZ-BINCHE : Groupe folklorique des années 50 : Edouard Rozlach ; … ; Lydie Białecka ; …
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1.563 : ( ? ) : Góralski, dans les années 50 : ( ? ) ; … ; ( ? ).
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1.564 : RESSAIX : Procession du 15 août : Tout en haut, Geniu Perzyna ; Monsieur Młynarczyk ; Eveline Ogonowski ; Pietraszek ? ; Halina Ogonowski ; Janka Micklusziak ; Vital Kciuk ; Tadek Sitarz, en górale ; Casimir Nowicki en krakowiak ; Madame Romanowicz ; Lucette Kiełtyka ; Dominique Ogonowski ; Janina Romanowicz ; Christine Marszałkowski ; Ksiadz Okroj ; …
1565
1.565 : MONTAIGU : Procession : Groupe de Charleroi ; Ks Lewandowski ; … ; ( ? ).  Et derrière avec la vierge, KSMP Liège avec Mirka, la présidente ; César Napora ; Freddy Niedudziak, portant la Vierge ; avec des lunettes foncées, Michel Majewski.
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1.565 : ( ? ) : Góral et Krakowiak : A gauche, Henri Majchrowski et à droite Georges Majchrowski.

Cycle des Montagnards des CARPATES – Par Anne Wuidar

https://wwf.be/fr/regions/carpates/
http://www.transcarpatie.dubuis.net/carpates.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carpates

Un peu de GEOGRAPHIE et d’HISTOIRE

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La chaîne de montagnes des Carpates est séparée des Alpes par le Danube. Elle couvre l’Europe centrale et de l’Est sur 1.500 km. Les Carpates et les Alpes partagent les mêmes origines tectoniques et géologiques. Leur surgissement ayant commencé lorsque la tectonique des plaques a rapproché les plaques africaine et eurasienne. Le mouvement continue et provoque régulièrement des séismes en Roumanie (épicentre de Vrancea à la jointure des trois plaques, formant le « coude des Carpates »). Le volcanisme a été actif dans certaines régions, ainsi que le prouve un thermalisme résiduel et la composition des roches.

Les plus hauts sommets des Carpates se situent en Slovaquie dans le massif des Tatras avec le Gerlachovský štít à 2.655 mètres qui est le point culminant du massif. Le deuxième plus haut massif est celui des Fagaras en Roumanie avec le Moldoveanu qui culmine à 2.544 mètres (17ème sommet le plus haut des Carpates). Les autres massifs des Carpates ne dépassent pas les 2.500 mètres.

Cette chaîne de montagnes s’étend sur sept pays – la République tchèque, la Pologne, la Slovaquie, l’Ukraine, la Hongrie, la Roumanie, la Serbie – et forme un pont entre les forêts du Nord de l’Europe et celles du Sud et de l’Ouest. Ces montagnes sont donc d’une importance capitale pour la distribution des plantes et des animaux à travers le continent. En effet, riches d’une mosaïque de paysages encore intacts et d’une biodiversité inégalée en Europe, les Carpates sont la dernière grande zone sauvage du continent. Ses montagnes et ses forêts vierges ancestrales abritent près de 4.000 espèces de plantes, dont 481 sont endémiques.

Plus de la moitié des populations d’ours bruns, de loups et de lynx du continent y trouvent également refuge. Outre les grands carnivores, les Carpates hébergent également des espèces d’oiseaux menacées comme l’aigle impérial et la chouette de l’Oural. Les paysages y sont variés : forêts de hêtres, de sapins blancs et de feuillus, pâturages de montagne, prairies de fauche.

Les massifs les plus connus sont les Tatras en Slovaquie et Pologne, ainsi que les Maramures, Fagaras en Roumanie. Ces montagnes sont un véritable paradis pour les randonneurs, elles regorgent de milliers de kilomètres de sentiers de randonnée et d’une centaine d’espaces protégés (parcs nationaux, zones naturelles protégées, réserves naturelles, réserves de biosphères…)

Le développement économique et industriel rapide de la région entraîne dans son sillage d’importantes menaces pour la nature sauvage des Carpates.

Aussi, le WWF mène-t-il des projets de long terme pour que les Carpates restent un lieu de vie idéal pour tous et que les hommes gèrent la région de façon durable, dans le respect des espèces animales et végétales. À cette fin, il travaille avec les communautés locales, notamment dans les domaines de l’écotourisme et de la gestion durable des forêts (FSC), afin de sensibiliser les populations et de préserver les richesses naturelles de ces montagnes.

La chasse et le braconnage (principalement en Ukraine) constituent un danger pour certaines espèces de gibier. On constate malheureusement une pollution de l’air et de l’eau liée à diverses activités humaines dont la monoculture, aux dépends de l’agriculture traditionnelle.

La population humaine est attestée dès le Paléolithique (Néandertal est présent dans la grotte de Šipka en Slovaquie, les plus anciens Sapiens dans Peștera cu Oase en Roumanie), associés à la faune de l’époque, aujourd’hui en grande partie disparue (Mammouths).

Plus tard, au cours de l’histoire, les hommes ont marqué le paysage. Les Daces pendant l’Antiquité et les bergers valaques au Moyen Âge furent les premiers à habiter certaines zones à l’intérieur des montagnes. En brûlant et abattant les arbres, ils créèrent de nombreux prés et clairières, qui sont un élément typique du paysage des Carpates. L’agriculture n’est présente qu’au bas des pentes et dans les vallées ; une forme traditionnelle d’élevage de bovins, de moutons, et de chevaux survit dans le sud et l’est des Carpates en Ukraine et en Roumanie, mais disparaît rapidement à l’ouest. L’exploitation forestière est la source principale de revenus dans beaucoup de régions. À son plus fort aux XIXe et XXe siècles, elle a eu pour conséquence l’abattage de nombreuses forêts et leur remplacement par des épicéas communs. La coupe rase a encore lieu en Roumanie et en Ukraine. À l’ouest, l’aménagement forestier donne lieu plutôt à des coupes progressives de régénération et à des coupes de jardinage.

Les Carpates ont vu se succéder différents peuples avant l’arrivée des Slaves qui s’y installent à partir du Ve siècle, et sont à l’origine des états actuels de Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Ukraine et Serbie. Par la suite, d’autres sont venus en nombre ; une longue série de peuples cavaliers d’origines diverses dont les Huns, les Mongols et les Tatars.  Certains disparaîtront ensuite de la carte sinon des mémoires, tandis que d’autres, les Bulgares (slavisés) et les Magyars (appelés Hongrois), auront légué des « royaumes » avec des populations toujours présentes.

Comme tous les massifs montagneux, les Carpates ont été durant les nombreuses guerres du passé, l’enjeu de batailles acharnées notamment dans les passes, tandis que les massifs servaient de refuge aux populations chassées ou persécutées dans les plaines environnantes.

Toutes ces « strates historiques » ont laissé dans les Carpates des toponymes, des langues, des légendes, des architectures, des monuments, des musiques, des cuisines et des traditions où l’on perçoit à la fois les différences (que soulignent les nationalistes) et des influences communes.

Peuples GORALES – HUTSULES – LEMKOS – BOÏKOS

Pour moi, la rédaction d’un texte cohérent sur ce sujet précis a représenté un sérieux casse-tête. Je tenais pourtant absolument à l’aborder. Pourquoi tant d’acharnement ? Tout d’abord, parce que l’identité profonde de personnes se réclamant d’un même groupe social, maintenant des rituels vivaces en dépit de leur appartenance à des pays dont les frontières ont évolué suivant les partitions déterminées à l’issue de conflits armés, me semble profondément respectable.

Ensuite parce que ces personnes ont eu au fil des siècles un habitat constitué de montagnes, donc ils étaient particulièrement soumis à la rudesse des hivers, à la nécessité première de s’occuper de leurs troupeaux, de tirer parti de modestes ressources que leur offraient ces derniers (laine, produits laitiers, viande) ; ceci couplé au travail de la terre (légumes et céréales), au travail forestier (habitat et chauffage).

De telles conditions de vie tissent, à mon sens, des liens forts entre êtres humains, de manière différente des habitants des plaines, des villes. Un certain esprit d’entraide entre familles est nécessaire pour survivre et effectuer certaines tâches essentielles, surtout en prévoyant les hivers à venir. Le partage du travail, les moissons par exemple, crée des liens. Ces liens s’expriment aussi dans les petits actes quotidiens, dans les veillées, lors d’offices liturgiques ou de fêtes religieuses. Ces liens sont encore visibles dans les grands rassemblements qui ont encore lieu à l’heure actuelle.

Certains n’y verront « que » du folklore au sens péjoratif du terme, mais ils ont un sens bien plus profond qui est celui de l’appartenance à un groupe où chacun se reconnaît dans son semblable.

Ne soyez donc pas étonnés si je vous présente ces diverses ethnies en soulignant moins leur appartenance aux nations où ils vivent qu’à leurs identités respectives. Je vais commencer par vous parler des Górales mais il m’arrivera souvent de glisser sur les Hutsules, les Lemkos, les BoÏkos dans ces divers chapitres.

Le prochain journal sera consacré aux Husules.

Amicalement vôtre : Anne Wuidar  –  wuiwui007@hotmail.com

Extrait n° 1 des « Muses Vagabondes – Petit Journal Culturel et Artistique Slave » – n° 25 de décembre 2018.