0220 – Monseigneur Szczepan Wesoły

Je ne sais pas si l’habit fait le moine ? Mais le nom de famille peut faire l’humeur … Il en est la parfaite illustration ! Nom de famille : Wesoły ; Principale caractéristique : toujours joyeux ; profession : évêque ! ( Pour ceux qui ne maîtrisent pas le polonais, Wesoły est le mot polonais pour dire « joyeux » … ). Tous ceux qui l’ont approché peuvent en témoigner : cet homme était extraordinairement humain.

C’est à Loreto, où il officiait chaque année, que le personnage se révélait. Là, entouré d’une centaine de jeunes gens, il était dans son élément … parfaitement cool ( comme on dit aujourd’hui ). À aucun moment il ne nous faisait sentir le prestige de sa situation, au contraire. Je l’ai vu, sur la plage, boire à la paille dans les berlingots de jus de fruits qu’on se passait les uns les autres … dans une incroyable décontraction. Nous étions des adolescents, mais c’est presque lui qui nous provoquait … tant il ne correspondait pas à l’image qu’on se faisait d’un Monseigneur.

Quand il débarquait en Belgique, à Comblain-la-Tour, Ressaix, Liège ou ailleurs, nous étions stupéfiés de voir se précipiter vers lui nos autorités ecclésiastiques. Ks Kurzawa, Ks Szymurski, et tous les autres se jetaient à genoux devant Monseigneur Wesoły pour embrasser sa bague et témoigner ainsi leur soumission. L’évêque se prêtait un instant au cérémonial, mais très vite cherchait du regard sur qui il pouvait s’élancer pour « fraterniser ». Les prêtres n’étaient pas encore relevés, que l’évêque était déjà en train de bondir sur tel ou tel jeune qu’il avait reconnu. À notre plus grand étonnement, il se rappelait parfaitement nos noms et prénoms, et pour chacun d’entre nous il avait un souvenir à nous rappeler, une anecdote à évoquer. Derrière, les prêtres, enfin debout, suivaient la scène avec plus ou moins de frustration.

Les photos qui sont associées à ce texte ne sont malheureusement pas représentatives du personnage. On dirait même qu’il savait « figer » son sérieux le temps de la photo, mais … dès que la photo était prise … son naturel joyeux reprenait le dessus. Il avait cette noblesse de l’âme qui faisait qu’il n’avait pas besoin ni d’imposer, ni d’impressionner … il lui suffisait d’être.

J’ai discuté récemment avec un de nos prêtres les plus âgés qui l’a bien connu. Ce dernier m’a raconté que pour « taquiner » leur évêque, les prêtres lui faisaient régulièrement remarquer qu’il était plus souvent dans des avions que sur le plancher des vaches. Faut dire qu’avec une diaspora comme la diaspora polonaise, dont il avait la charge, Monseigneur Wesoły était le berger du troupeau le plus dispersé qui soit. Et donc, l’avion s’imposait naturellement pour visiter ses ouailles.

À force de prendre de la hauteur, il avait atteint ce stade de la sagesse qui permet de tout relativiser et d’utiliser le sourire pour désarmer les plus intransigeants. Finalement, même les anges et toutes les autres créatures qui peuplent le ciel ont fini par s’habituer à sa présence. Et quand il nous a définitivement quittés, c’était pour rejoindre modestement, mais le sourire aux lèvres, ceux qui l’avaient déjà tant côtoyé.

22/04/2019 – JP Dz

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1.662 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Monseigneur Szczepan Wesoły : Monseigneur Szczepan Wesoły entouré de ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Derrière, Christine Marszalkowski ; ( ? ) ; Casimir Nowicki ; ( ? ) ; Ks Rector Repka ; Janine Leracz ; Dominique Ogonowski.
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1.663 : – Ressaix ou Comblain-la-Tour ? : Monseigneur Szczepan Wesoły : Eveline Ogonowski ; Irène Sitarz ; Bernadette Marszalkowski ; Ks Kurzawa ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; Gieniu Perzyna ; Thérèse Ogonowski ; Dominique Ogonowski ; Nadine Deputat ; Janek Perzyna ; Casimir Nowicki ; Antoch Kiełbowicz ; Vital Kciuk ; Jean-Michel Deputat ; Edouard Nowicki.
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1.664 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Monseigneur Szczepan Wesoły : Casimir Swiderski ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Mgr Dujardin ; Ks Rector Repka ; Ks Kurzawa ; ( ? ).
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1.665 : Comblain-la-Tour – 1982 : Jamborée : ( ? ) ; …. ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; Dr Wilczek ; … ; ( ? ).
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1.666 : Comblain-la-Tour – 1982 : Défilé lors du Jamborée : ( ? ) ; …. ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; … ; ( ? ).
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1.667 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Inauguration de l’église : ( ? ) ; Ks Rector Repka ; Mgr Dujardin ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; ( ? ) ; … Devant, les enfants : ( ? ) ; … A gauche, le KSMP de Ressaix : Eveline Ogonowski ; Nadine Deputat ; Bernadette Marszalkowski ; ( ? ) ; … ; le KSMP de Mons : Stéphanie Goch ; Thérèse Tąporska ; ( ? ) ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Michel Mikolajczyk ; Czesiu Kucharzewski ; Mr et Mme Edmond Łagocki ; Richard Pawlak ; Max Mitka ; Mais aussi, Marcel Swiderski ; Casimir Swiderski ; Henri Szulz ; …
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1.668 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Messe : ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Jean Czajkowski ; ( ? ) ; Ks Kurzawa ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; ( ? ).
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1.669 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Messe : ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Jean Czajkowski ; ( ? ) ; Ks Kurzawa ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; ( ? ).
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1.670 : Ressaix – Ośrodek Św. Maksymiliana Kolbe : Messe : ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Ks Kurzawa ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; ( ? ) ; ( ? ) ; Ks Pożoga ; ( ? ) ; ( ? ) ; Ks Okroj ; les enfants de cœur : ( ? ) ; ( ? ).
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1.671 : Rome – 1979 : Audience Papale et Dominicale : Jean-Paul II ; Monseigneur Szczepan Wesoły ; Dominique Ogonowski.

 

0215 – Dr Stefan Glaser

Après Monsieur Edward Pomorski, voici l’histoire d’une autre sommité qui a choisi de se faire enterrer modestement dans le petit cimetière de Comblain-la-Tour : Dr Stefan Glaser.

C’est André Karasiński qui vous raconte cette biographie impressionnante.

« Stefan Glaser est né le 20 janvier 1895 à Tarnów. Il décédera le 30 Avril 1984 à Bruxelles. Il est enterré au cimetière de Comblain-la-Tour, aux côtés de son épouse Marta.

 Professeur et avocat, il a commencé ses études de droit à Vienne et les a continuées à Lvov où il a obtenu, en 1918, le titre de docteur. Il a obtenu le titre de docteur habilité1 à la Faculté de droit de l’Université Jagellonne à Cracovie, dans le domaine de la procédure pénale et du droit pénal. Dans les années 1920-1924, il a enseigné à l’Université catholique de Lublin, où il a également exercé la fonction de doyen de la Faculté de droit. En 1924, il a déménagé à l’Université de Vilnius, où il a occupé la chaire de droit pénal et de procédure pénale.

 En 1930, il a été l’initiateur et l’un des signataires de la « Protestation de Brześć » dans laquelle, avec de nombreux professeurs d’université polonais, il s’est élevé contre l’arrestation de députés de l’opposition, 2 contre leur emprisonnement à la citadelle de Brześć et leur condamnation dans ce que l’on a appelé le « Procès de Brześć ». En guise de représailles, il a été privé de sa chaire à l’université et, en 1934, à 39 ans, il « a été admis » à la retraite. Par la suite, et jusqu’au déclenchement de la guerre, Stefan Glaser a travaillé comme avocat à Varsovie. Il a pris part à plusieurs procès politiques célèbres, en défendant, entre autres, Stanisław Cywiński, Stanisław Mikołajczyk, Władysław Tempka. Il a également représenté Stanisław Kot. Tout au long de cette période, il a poursuivi ses travaux scientifiques et a publié plusieurs livres et plus d’une centaine d’articles et de publications diverses.

 Après la défaite de septembre 1939, il s’est enfui en France, où il a rejoint le gouvernement polonais en exil du général Sikorski.3 Il était, entre autres, le représentant du gouvernement à la Commission des crimes de guerre des Nations Unies. Durant la seconde guerre mondiale, en Angleterre, il a été l’initiateur, le co-fondateur et ensuite le doyen de la Faculté polonaise de droit à l’Université d’Oxford ainsi que le co-organisateur de la Faculté polonaise de médecine à l’Université d’Édimbourg et de l’École polonaise d’architecture près l’Université de Liverpool. Il a aussi été un des membres fondateurs de la Société scientifique polonaise à l’étranger.

 Après la guerre, Stefan Glaser a enseigné à l’Université de Liège, à l’Université catholique de Louvain et, pour un temps, à l’Université de Gand. Il est devenu une sommité mondiale dans le domaine du droit pénal international. Il a été l’un des initiateurs de la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, qui a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 26 novembre 1968.

 Stefan Glaser était un partisan de la coopération internationale et de l’intégration européenne. Il a participé au « Congrès de l’Europe » de La Haye où, le 8 mai 1948, au forum du Comité de la culture, il a présenté un rapport dans lequel il a plaidé pour que l’intégration en Europe ne se réalise pas seulement sur les plans politique et économique, mais également sur le plan éducatif. À cette fin, il a proposé, entre autres, la création d’une université internationale ».

Traduit et présenté par : André Karasiński

Source : https://pl.wikipedia.org/wiki/Stefan_Glaser

  1. L’habilitationest la plus haute qualification universitaire qu’une personne puisse recevoir dans certains pays, notamment européens. Faisant suite à un doctorat l’habilitation exige du candidat la rédaction d’une deuxième thèse, soutenue devant un jury analogue à celui du doctorat. Tandis qu’aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans la plupart des autres pays le doctorat est suffisant pour enseigner à l’université, dans certains autres pays (en Autriche, en Suisse, en Suède, en Bulgarie, en Pologne, en République Tchèque, en Roumanie, en Slovaquie en Estonie en Hongrie,…), seul ce supplément ouvre à l’enseignement académique ou à certains postes d’enseignement (niveau supérieur du professorat). En France, existe l’habilitation à diriger des recherches.
  2. Au maréchal Piłsudski.
  3. Après la défaite française de juin 1940, ce gouvernement ira s’installer à Londres.

 PS : Le Docteur Stefan Glaser était aussi brillant que discret. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pas trouvé de photo de lui ! Si quelqu’un possède une photo, ce serait gentil de la partager. Merci d’avance.

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1.610 : COMBLAIN-LA-TOUR : Tombe de Monsieur et Madame Stefan Glaser.

Et voici 2 photos du Dr Glaser ; Grand merci à Piotr Rozenski.

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Dr Glaser
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Dr Glaser
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1.611 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.612 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.613 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.614 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.615 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.616 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.617 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.618 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.
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1.619 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au fil de l’Ourthe.

 

0206 – Monsieur Edward Pomorski

Comme déjà annoncé, voici l’évocation d’une de ces personnalités essentielles de notre histoire polonaise en Belgique qui est enterrée dans le petit cimetière de Comblain-la-Tour. Une fois de plus, c’est notre ami André Karasiński qui nous en parle.

Monsieur Edward Pomorski ( 29 mars 1901 – 2 janvier 1995 ) était – du 11 décembre 1970 au 31 décembre 1988 – le dernier « Ministre plénipotentiaire du gouvernement polonais en exil » pour la Belgique. Il était commandant de la résistance polonaise ( organisation polonaise de lutte pour l’indépendance ) en Belgique et aux Pays-Bas ( 1940-1945 ).

 Monsieur Pomorski est né le 29 mars 1901 à Węgleszyn ( près de Kielce ), alors que cette partie de la Pologne d’avant le dernier partage en 1795, faisait partie de la Russie impériale. En 1919, il a servi comme volontaire, pendant plusieurs mois, dans la nouvelle armée polonaise pendant la guerre polono-soviétique de 1919 – 1921, et a combattu à la bataille de Varsovie. Puis il est retourné à l’école à Końskito pour terminer ses études secondaires. Il a étudié la philologie polonaise à l’Université Jagellonne de Cracovie ( 1921 – 1926 ). Il commence à travailler sur sa thèse de doctorat, ses intérêts sont centrés sur la littérature de la Renaissance polonaise, mais en 1927, il est rappelé pour compléter son service militaire interrompu en 1919 ; il atteint le grade de sous-lieutenant. Il a remporté une bourse à l’Université de Dijon ( France ), où il apprend le français. En juillet 1929, il épouse Jadwiga Górska, philologue, et commence à enseigner dans les écoles secondaires de Katowice et de Jędrzejów pendant deux ans jusqu’à leur départ pour la France en 1932.

Monsieur Pomorski est arrivé avec un passeport diplomatique à Monceau ( Centre de la France ) pour enseigner à la jeunesse polonaise et fournir un soutien social et culturel aux communautés polonaises de mineurs, de travailleurs et d’enseignants. Après 5 ans, il a été transféré à Liège, en Belgique. Il s’est inscrit à l’Université de Liège pour un diplôme en affaires consulaires et diplomatiques ( 1937 – 1939 ), mais la guerre a interrompu ce projet.

 Lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre 1939 et malgré la déclaration, le 3 septembre, de la neutralité de la Belgique, Monsieur Pomorski et sa femme recrutèrent des volontaires pour les forces alliées en France : 2.000 hommes furent envoyés, presque tous recrutés parmi les mineurs et les sidérurgistes. En 1941, la résistance polonaise en France, connue sous le nom de POWN ( Polska Organizacja Walki o Niepodległość ), qui se traduit par l’Organisation Polonaise de Lutte pour l’Indépendance, contacta Mr Pomorski qui diffusait déjà un bulletin clandestin ( Marsz ), La Marche. POWN était une organisation militaire non politique sous les ordres du général Sikorski et du gouvernement polonais en exil à Londres.
Monsieur Pomorski a été nommé commandant pour la Belgique et les Pays-Bas, avec « nom de Guerre » Bolesław ; il avait 500 membres. Les objectifs fixés par POWN étaient les mêmes pour les trois pays :
–    rassembler des informations sur la circulation des troupes et des activités autour des sites industriels ;
–    organiser des itinéraires d’évacuation pour les pilotes et prisonniers tombés et interférer avec le transport des renforts en préparation du D-Day ;
–    identifier des sites pour le parachutage des techniciens et du matériel.

Monsieur Pomorski a franchi la frontière verte en France à plusieurs reprises et grâce à la présence de Polonais des deux côtés de la frontière et grâce à leurs efforts conjugués, POWN a identifié 182 rampes de lancement souterraines pour les missiles V1 et V2 ( toutes dirigées vers Londres ) dont 163 ont été détruites par les alliés. Une autre ligne de ces rampes a été découverte le long de la frontière belgo-néerlandaise. Des techniciens de sabotage ont été envoyés de Londres, mais leur action a été annulée, laissant Liège exposé aux missiles V1 pendant trois mois alors que les alliés étaient bloqués dans les Ardennes. Pendant les années de guerre, Monsieur Pomorski a subvenu aux besoins de sa famille en enseignant le russe dans une école de commerce à Liège, en Belgique.

 Lorsque la Belgique fut libérée en septembre 1944, Monsieur Pomorski, en tant qu’unique représentant de l’émigration polonaise, prit en charge le consulat à Bruxelles. POWN a enrôlé des volontaires pour rejoindre les forces militaires polonaises à Londres. Le 5 octobre 1944, 800 hommes quittent la Belgique. Après la venue de Londres de deux diplomates, Monsieur Pomorski est devenu attaché culturel et nommé inspecteur scolaire par le gouvernement en exil. Cela signifiait la reconstruction d’un réseau d’écoles polonaises, mais aussi la mise en place d’un système scolaire rudimentaire dans les camps de déportation en Allemagne où de nombreuses familles, réticentes à retourner en Pologne, attendaient une chance d’émigrer.

Après la reconnaissance de la Pologne communiste en 1947, Monsieur Pomorski et sa famille se sont retrouvés dans une position précaire. Le gouvernement de Varsovie a fait pression sur Mr Pomorski pour s’assurer que, s’il restait avec eux, il utiliserait sa position influente au sein de l’émigration pour promouvoir leur idéologie. Sinon, il ne serait pas autorisé à retourner en Pologne.

Ainsi, Monsieur Pomorski a terminé sa thèse et a obtenu son doctorat en histoire et littérature slaves de l’Université libre de Bruxelles ( 1951 ). Au cours des 40 années suivantes, il ouvre et développe un bureau de traduction où il fait lui-même des traductions en 12 langues et plusieurs dialectes. Il a été élu par ses pairs président de l’Ordre des traducteurs de Belgique.

 Après la phase de résistance armée, POWN a dû redéfinir ses objectifs puisqu’il a été créé en tant qu’organisation militaire. POWN a désigné un Comité Général de Lutte pour l’Indépendance le 14 mai 1945, avec Monsieur Pomorski comme commandant pendant 6 mois. POWN est devenu par la suite l’Union des Polonais en Belgique ( Związek Polaków w Belgii ou ZPB ) dont Mr Pomorski a été le Secrétaire pendant 5 ans et Président durant les 27 années suivantes.

Au fil des années, Monsieur Pomorski a continué à organiser des écoles polonaises, même en Allemagne de l’Ouest, et à suivre de nouveaux enseignants, dont beaucoup ont été recrutés parmi les déportés des camps nazis. Pendant quelques années, le gouvernement de Londres en exil paya jusqu’à 30 d’entre eux, enseignant jusqu’à 3.000 enfants en 1948 en Belgique. En 1949, Monsieur Pomorski fonda le Lycée Polonais de Bruxelles, une école par correspondance pour permettre aux jeunes déplacés de terminer leurs études secondaires.

Note : DP Displaced Person – Personne déplacée  est une personne contrainte à vivre en dehors de son territoire à cause de la guerre ou d’une oppression politique.

Lorsque les fonds ont disparu, Monsieur Pomorski a continué à gérer le système scolaire sous le patronage de l’Union des Polonais ( ZPB ) et des Polonais Libres de Belgique ( Macierz ). Ils ont écrit leurs propres manuels et soutenu les enseignants grâce à des dons, ainsi qu’à des événements sociaux, culturels et sportifs.

Monsieur Pomorski est resté dévoué au mouvement du Scoutisme jusqu’à ses dernières années. Il a organisé des camps d’été et formé des animateurs. Avec l’aide d’autres Polonais dévoués, Macierz a acquis une propriété « Le Centre Millennium » dans les Ardennes à Comblain-la-Tour où de nombreuses activités ont encore lieu, y compris les camps d’été.

Jusqu’à sa mort en 1995, il a organisé des cérémonies annuelles dans les cimetières militaires polonais et prononcé de nombreux discours les jours d’armistice. Les frais / honoraires ( anglais : fees ) ont été financés grâce aux recettes provenant d’événements sociaux et culturels. Il a publié un bulletin Polak w Belgii ( Un Polonais en Belgique ) pendant de nombreuses années et après la mort de sa femme, il a repris Brukselskie Nowiny ( Nouvelles de Bruxelles ). Il a continué à s’intéresser à la littérature, en particulier celle touchant l’intelligentsia en exil. Il a donné de nombreuses conférences sur des sujets très sensibles aux écrivains exilés : à Londres, au Congrès polonais des sciences et de la culture contemporaine ( 1970 ), à Liège ( 1956 ), à Heidelberg ( 1957 ) et au Symposium littéraire international de Strasbourg ( 1966 ).

En 1993, il crée le Centre polonais d’études culturelles et scientifiques à Bruxelles. Ce centre, aujourd’hui très réduit, poursuit quelques activités dans le cadre de la bibliothèque polonaise de Bruxelles.

De 1957 à 1985, Monsieur Pomorski était le délégué du gouvernement en exil pour tout ce qui concernait l’émigration polonaise. En décembre 1970, le Premier ministre en exil Zygmunt Muchniewski nomma Monsieur Pomorski, ministre plénipotentiaire de Pologne pour la Belgique, un poste qu’il occupa jusqu’à la fin de 1988. Il succéda à Jerzy Korab-Brzozowski ( 1957-1970 ).

En 1975, Monsieur Pomorski a été délégué à Washington pour assister au Congrès culturel polonais ( tenu une fois tous les 10 ans ), en tant que représentant de l’émigration polonaise dans le monde entier. Il a été élu membre du Conseil national de la République par l’émigration polonaise de Belgique le 30 avril 1989.

Lorsque le président Walesa se rendit à Bruxelles pour une visite officielle, il invita Monsieur Pomorski à venir à Varsovie pour donner une conférence sur les activités de l’émigration polonaise avant, pendant et après la guerre. Le public a été surpris par l’ampleur du travail accompli par Monsieur Pomorski et sa femme, à titre gratuit.

En 1991, le président Walesa l’a nommé membre permanent du Parlement et l’a invité à assister à toutes les sessions parlementaires. Il est nommé Commandeur de l’Ordre de Polonia Restituta en 1991. Il meurt à Bruxelles le 2 janvier 1995 et est enterré au cimetière de Comblain-la-Tour avec son épouse Jadwiga, décédée à Bruxelles le 15 mai 1979. Il a eu 3 enfants, Anna, Andrzej et Alina, nés en Pologne, en France et en Belgique.

 Distinctions honorifiques :

Française : La Croix du Combattant pour l’action dans la Résistance 1940 – 1945 ;

Belges : –   La Croix des Valeureux pour la Résistance 1940 – 1945 ;
–       Mr Pomorski a été reconnu combattant armé en 1952 par le ministre de la Défense ;
–       A été honoré avec la médaille commémorative 1940 – 1945 avec des sabres croisés par le royaume de Belgique en 1956 ;

Polonaises :   –   Polonia Restituta, Knight ( 1970 ) et Officer niveaux ( 1988 ) décerné par le gouvernement polonais en exercice à Londres ;
–          Polonia Restituta, la Croix du Commandeur ( 1991 ) décernée par Lech Walesa, Président de la République ;
–          Cross des valeureux donné en 1945 par les forces armées polonaises à Londres pour l’action dans le mouvement de résistance POWN ;
–          Cross des valeureux pour la défense de la patrie 1918 – 1921, attribué en 1992 par le président Lech Walesa ;
–          Médaille de Bronze avec des sabres croisés pour 10 ans de service à la nation, 1938 ;
–    Croix de mérite en argent avec sabres croisés pour services rendus en Pologne avec les services diplomatiques en France, 1936 ;

Yougoslave : – Médaille commémorative de l’Armée royale yougoslave donnée par le Roi Pierre II en exil pour le 20ème anniversaire de la fin des hostilités 1941 – 1945.

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Pomorski

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0185 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le perron : Monsieur Pomorski ; Irena Małek ; Mme Kołodziejka – ce sont d’anciens scouts.
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0708 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur l’escalier du perron : Mr Mirosław Wochen et Marianna, son épouse ; Pani Merta et son mari Wacek ; Mr Pomorski ; Mr Jan Stefanski et son épouse ; Mme Nioucka Bień ; Aline Bień ; Mr Dulak ; Pan Bardo ; Mme Marianna Koldziejka ; Mr Marysia et Bolek Chwoszcz ; Mirka Chwoszcz ; … ; Mr Kiełtyka et Mme Kiełtyka ; André Paterka ; Danielle Paterka ; Mr Kaziu Rogacki ; Mme Irène Drabina et son mari ; Mr Tadek Plichta ; Mr Angowski ; ( ? ) ; Béatrice Laffut.
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1.536 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur la tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski : Madame Stefania Ludwikowski entourée par les enfants de la colonie.
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1.537 : COMBLAIN-LA-TOUR : Tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski.
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1.538 : COMBLAIN-LA-TOUR : Tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski : Et à sa droite, la tombe de Madame Józefa Żubel.
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1.539 : COMBLAIN-LA-TOUR – 30 septembre 2017 : Hommage aux personnalités polonaises : Son Excellence, Mr l’Ambassadeur de Pologne en Belgique, Mr Artur Orzechowski ; les représentants du parlement polonais, des chancelleries du Sénat et de la Présidence Polonaises ; Monsieur Piotr Ładomirski ; Madame Barbara Wojda ; ( ? ).
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1.540 : COMBLAIN-LA-TOUR – 30 septembre 2017 : Hommage aux personnalités polonaises : Son Excellence, Mr l’Ambassadeur de Pologne en Belgique, Mr Artur Orzechowski ; les représentants du parlement polonais, des chancelleries du Sénat et de la Présidence Polonaises ; Monsieur Piotr Ładomirski ; Madame Barbara Wojda ; ( ? ).
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1.541 : COMBLAIN-LA-TOUR : Hommage à Monsieur Edward Pomorski.

 

0197 – 11 novembre 1954

Voici encore une évocation de notre Ks Kurzawa. Ce texte nous entraîne en 1980. C’est un article écrit dans le Narodowiec, traduit comme d’habitude par André Karasiński. Merci André. Ce document rappelle quelques épisodes de la vie bien remplie du prélat qui, rappelons-le, sera élevé à la dignité de « protonotaire apostolique ». J’aimerais ainsi commémorer avec vous un anniversaire. En effet, Ks Kurzawa a rejoint la Région de Centre le 11 novembre 1954 … c’est-à-dire : il y a exactement 64 ans. Avec lui, la communauté des polonais du Centre écrira les plus belles pages de son Histoire.

Narodowiec du 02/10/1980

 CÉLÉBRATIONS À L’OCCASION DU JUBILÉ DE
MONSEIGNEUR BOLESŁAW KURZAWA À RESSAIX

 Il y a peu de temps furent célébrés au Centre polonais de Ressaix, les 25 ans de l’existence d’une école polonaise indépendante et la messe d’indulgence du Bienheureux Maximilien Kolbe. Le 13 septembre dernier, a eu lieu la célébration solennelle des 35 ans de sacerdoce du père prélat B. Kurzawa, le fondateur du Centre de Ressaix.

 Monseigneur Kurzawa est né en 1912, dans une famille nombreuse dont le père était forestier, à Pieczyska dans le diocèse de Włocławek. À la fin de ses études secondaires à Kalisz, il a entamé des études à l’école des candidats-officiers de Szczypiorno. Il change cependant sa décision et entre en 1935 au Grand séminaire de Włocławek. Les années de fin de ses études coïncident avec les années de guerre. Il est arrêté et avec ses collègues séminaristes et l’archevêque Michał Kozal, emprisonné à Ląd, dans un premier temps, à Dachau par la suite. [NdT : Monseigneur Kozal, très affaibli par près de 2 ans d’enfermement, fut achevé par une injection, le 26 janvier 1943, à l’infirmerie du camp].

 En 1940, ses souffrances furent accrues par une épreuve douloureuse, l’assassinat brutal par les Allemands de son frère [NdT : Józef, de 2 ans son aîné], ecclésiastique comme lui.

 En 1945, après sa libération de Dachau, il est ordonné prêtre le 29 juillet au Séminaire Saint-Sulpice à Paris. Il part à Fribourg en Suisse où, tout en soignant sa santé détruite par les années de camp, il étudie la théologie dogmatique. En 1950, il obtient le titre de docteur en théologie dans le domaine de la dogmatique. La même année, il part pour Louvain où pendant 4 ans il étudie la philosophie thomiste et décroche le grade de licencié dans ce domaine.

 Le 11 novembre 1954, l’abbé Bolesław Kurzawa est nommé à une charge pastorale dans la région du Centre où il réside jusqu’à ce jour. L’année dernière, le cap de 25 années de mission pastorale dans le Centre a été franchi. Durant ces années il a accompli beaucoup de choses : il a complété ( sic ) l’Action catholique, organisé la jeunesse et les enfants ainsi que les Dames du Rosaire et les Hommes catholiques. Durant tout ce temps il s’est dépensé sans compter dans sa mission pastorale ou son travail d’éducation en dehors du Centre polonais de Ressaix ; on peut citer, par exemple, la formation de la jeune génération à Comblain-la-Tour. Notre jubilaire œuvre également au sein du bureau de l’Association des œuvres de la Mission catholique polonaise dont le souci est que l’émigration polonaise dispose de locaux adéquats nécessaires pour communiquer avec pour objectif de raviver la foi et l’identité polonaise. Un de ces foyers ( centre de rencontre ) de la « Polonitude » parmi les plus agréables est le Centre de Ressaix avec la chapelle du Bienheureux Maximilien Kolbe. L’Église a reconnu les mérites de l’abbé Kurzawa en lui conférant la dignité de Prélat.

 À 17 heures, une messe solennelle a été concélébrée dans la chapelle polonaise de Ressaix par le Père recteur H. Repka, Monseigneur Kurzawa et le père L. Lewandowski. Au cours de la messe, le Père recteur s’est adressé aux fidèles et a souligné combien le jubilaire a mérité de l’Église et de la « Polonitude » en insistant aussi sur l’action de la grâce de Dieu. À la fin du discours, l’orateur a souligné que « le jubilé est une fête de joie, d’examen de conscience et le début d’une nouvelle étape de la vie mais aussi l’occasion de formuler des vœux. Nous souhaitons que cette nouvelle étape soit aussi lumineuse que les précédentes, marquée par l’amour des cœurs humains et l’amour de Dieu, qu’elle procure, durant de nombreuses années, la force et la santé de servir Dieu et le peuple polonais, qu’elle soit auréolée de la bénédiction du ciel et de la protection de la Sainte Mère, Reine de notre Nation et Mère de l’Église et de son chevalier infatigable le Bienheureux Maximilien Kolbe ».

 Après la messe, le jubilaire accompagné de porte-étendards, d’enfants en costumes folkloriques de la région de Cracovie, de fidèles et d’invités s’est rendu dans le local de l’école polonaise où on l’a congratulé et souhaité de vivre 100 ans en entonnant le chant polonais traditionnel « sto lat ». Le jubilaire a également pris la parole remerciant toutes les personnes présentes pour leur bon souvenir, leurs prières, leurs souhaits et pour la peine qu’elles se sont donnée dans l’organisation de cette célébration de ses 35 années de sacerdoce.

 Ensuite, tous se sont assis à une table commune très accueillante, abondamment garnie par l’Association des Dames du Rosaire, avec la présidente Madame Młynarczyk en tête et Madame Herod du Bureau central ainsi que le président du Comité des écoles, et très dévoué au Centre, Monsieur Gieniu Perzyna.

Sœur Beniamina
Passioniste

12/11/2018

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1.457 : RESSAIX – 07/06/1980 : En route vers l’église : Vincent Perzyna ; Marek Swiderski ; Madame Jurek ; ( ? ) ; … ; ( ? ) ; Mr Józek Młynarczyk ; Monsieur Nowicki ; Ks Kurzawa ; Ks Okroj ; Ks Kuchcinski ; Ks Henryk Repka ; Danielle Czajkowski ; Dominique Ogonowski ; Madame Miklusiak ; …
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1.458 : RESSAIX – 07/06/1980 : Le petit garçon qui tient le « L » serait Janowski ; le petit garçon à sa droite, on le surnommait « cucuch » ; le fils de Mme Jurek ; son 2ème fils est le plus grand à l’arrière qui tient le drapeau ; celui qui tient le « T » est le petit-fils Pietraszek.
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1.459 : RESSAIX – 07/06/1980 : Derrière l’autel : Ks Kuchcinski ; Ks Kurzawa ; Ks Henryk Repka ; Ks Okroj.
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1.460 : RESSAIX – 07/06/1980 : Sous le chapiteau : Ks Kurzawa ; Ks Henryk Repka ; Ks Okroj.
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1.461 : RESSAIX 07/06/1980 : Sous le chapiteau : Ks Kurzawa ; Laurence Perzyna ; Lodia Perzyna ; Mr Janeczko Marcin ; ( ? ).
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1.462 : RESSAIX : A l’école polonaise : Mr Tadek Szymczak ; Gieniu Perzyna ; ( ? ), la soeur de Ks Kurzawa ; Ks Kurzawa ; Danielle Perzyna ; Laurence Perzyna ; Madame Perzyna ; Mme et Mr Nowicki ; Mr Tomasz ; ( ? ) ; Mesdames Czajkowski ; Ciocia Franca et assise Madame Chudzicka.
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1.463 : RESSAIX : A l’école polonaise : Ks Kurzawa.
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1.464 : RESSAIX : A l’école polonaise : Première rangée, Ks Kurzawa ; Danusia Napierala, la sœur de Ks Kurzawa ; Ks Pralat Witold Kiedrowski – qui présentait les nombreuses émissions religieuses du vendredi à « Radio Lille » ; Mme Rusowicz ; ( ? ) ; Deuxième rangée, Danielle Czajkowski ; Marek Swiderski ; Danielle Perzyna ; Malvina Rusowicz ; Dorothée Swiderski ; Troisième rangée, Mme Bernadette Ogonowski ( la maman d’Eveline et Dominique ) ; Mme Czajkowski ; Michel Spiewak ; Sébastien Perzyna ; André Walasczyk ; Stanis ? ; ( ? ).
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1.465 : Narodowiec du 2 octobre 1980.

 

0177 – Le bureau de Ks Kurzawa

Mesdames et Messieurs, nous sommes aujourd’hui en direct du bureau de Ks Kurzawa ! C’est une première ! C’est d’ailleurs pour ça qu’exceptionnellement cet article est publié un dimanche.

D’habitude, je diffuse les textes à partir de chez moi, à Gottignies, à 160 Km de Comblain … ( oui, je sais, si je prenais l’autoroute pour y aller, ce serait moins loin … mais moi, je préfère prendre les chemins de traverse … à l’ancienne. Du coup, je passe par Beaumont, Philippeville, Dinant, Ciney et Hamoir, ce qui me fait 160 Km. Un jour, je vous raconterais pourquoi ). Notez au passage que cette petite diversion n’apporte rien à mon propos d’aujourd’hui, à part le plaisir de vous expliquer mes tics et mes tocs.

Donc, nous sommes dans le bureau de Ks Kurzawa. Il est 19 heures. Dehors, c’est toujours la fête, Powitanie lata ; et nous l’avons bien accueilli. On était assez nombreux … déjà au bal d’hier soir et encore aujourd’hui pour le traditionnel spectacle de Wisła. C’était super-agréable même si beaucoup d’Anciens de Comblain manquaient à l’appel. Il faut dire que de nombreuses manifestations polonaises étaient organisées en même temps … et puis il y avait foot … alors …

Pour moi, l’occasion était trop bonne pour m’adresser aux Anciens de Comblain directement à partir du point le plus névralgique du Centre Millennium. J’étais impatient de vous décrire les lieux. Je me suis donc isolé, je me suis faufilé discrètement et me voici installé dans la place. Ça me fait quand même un peu bizarre. Jadis, quand nous étions « invités » à entrer dans cette pièce, c’était pour se faire « remonter les bretelles ». Est-ce que Ks Kurzawa aurait imaginé que 40 ans plus tard, on parlerait encore de lui ? Qu’on viendrait jusqu’ici pour se souvenir ? Jusque dans son repaire ? Quelque part, ça doit lui faire plaisir.

La pièce a bien changé depuis. Elle était plutôt austère, à présent, elle est fonctionnelle. On se rend compte très vite que ce sont des dames qui y règnent aujourd’hui, c’est chaleureux, accueillant, sympathique. On se met à l’aise très facilement. Pour peu que personne ne vienne me rappeler où je suis, je me sentirais presque comme à la maison.

Le vieux téléphone noir à cadran a disparu. A sa place, on trouve des ordinateurs portables … des câbles, des clés USB, une imprimante … Visiblement, le progrès est passé par là.

Tout le centre de la pièce est occupé par une grande table ovale. On se croirait à la maison blanche ! Pas de doute, cette table sert à des réunions ; on s’installe autour pour débattre ; l’autorité n’est plus verticale mais horizontale, la collégialité aussi est passée par là !

Le plafond est toujours magnifique. Il a été restauré dernièrement comme toute la pièce, et le résultat est parfait. Tout ça dénote bien du bon goût et de l’attention particulière que les gestionnaires d’aujourd’hui apportent à l’entretien de cet héritage.

Ce qui frappe aussi, c’est le nombre de papiers, de fardes, de dossiers qui sont entassés un peu partout. Ils sont le signe d’une activité débordante. Ici, on planifie, on organise, on prend les réservations, on gère… et ce n’est pas une mince affaire. Je profite de l’occasion pour relayer les demandes des gestionnaires qui souhaiteraient avoir de l’aide. Malgré toute leur bonne volonté, elles sont souvent trop peu nombreuses pour s’occuper de tout et verraient d’un bon œil que de nouvelles recrues bénévoles viennent les épauler. Avis aux candidates ( et aux candidats ) et merci d’avance.

Par la fenêtre, je peux voir quelques personnes qui discutent en polonais sur le gravier ( qu’on a d’ailleurs renouvelé cette année ), tout en admirant la façade du bâtiment. Je souris à l’idée que Ks Kurzawa avait trouvé certainement ici un point d’observation idéal. Il pouvait scruter qui rentrait et qui sortait, sans que nous nous en rendions compte. Pas étonnant qu’il savait tant de chose sur nous !

Je vous laisse regarder les quelques photos que j’annexe. Moi, je ne résiste pas à l’envie d’aller faire un dernier tour du parc avant la prochaine fois … en septembre. Espérons que plus d’Anciens de Comblain viendront alors nous rejoindre …

24/06/2018 – JP Dz

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1.261 : COMBLAIN-LA-TOUR : Le bureau de Ks Kurzawa, aujourd’hui.
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1.262 : COMBLAIN-LA-TOUR : Le bureau de Ks Kurzawa, aujourd’hui.
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1.263 : COMBLAIN-LA-TOUR : Le bureau de Ks Kurzawa, aujourd’hui.
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1.264 : COMBLAIN-LA-TOUR : Le bureau de Ks Kurzawa, aujourd’hui.
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1.265 : COMBLAIN-LA-TOUR : Le bureau de Ks Kurzawa, aujourd’hui.

 

0160 – Monsieur Józef Zaniewski

Voici donc, le 3ème opus des textes consacrés à ces personnages que nous avons tant côtoyés à Comblain-la-Tour mais qui « revenaient de l’enfer ». Cette fois-ci, c’est Monsieur Józef Zaniewski qui décrit son calvaire.

Ses mémoires, comme celles de Ks Kurzawa et de Pan Bardo avant lui, sont extraites du livre :
« Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ).

Pour nous, qui nous sommes donné comme mission d’entretenir la mémoire de la communauté polonaise de Belgique, il est essentiel de rappeler ce passé là aussi. L’âme polonaise s’explique aussi par sa faculté de résister et de croire en l’avenir. Au moment de l’achat du Centre Millennium, Monsieur Józef Zaniewski faisait partie des généreux donateurs, il a fait un prêt de 100.000 BEF remboursable en 15 ans.

Le gigantesque travail de traduction est réalisé, comme à chaque fois, par André Karasiński.

Voici comment André présente ce document : « Ce témoignage est très précis au point qu’il peut sembler froid et détaché. On a l’impression que Jozef Zaniewski est un spectateur qui relate sa propre histoire tragique. Sans doute sa formation d’ingénieur explique-t-elle sa démarche. Personnellement je trouve que ce témoignage, que j’aime beaucoup, complète très bien celui de Ks. Kurzawa, très intellectuel et philosophique ainsi que celui de Zbigniew Bardo, plus simple, plus émotionnel. ».

Combat de boxe au camp de concentration …

Par Józef Zaniewski – Belgique

Je suis né le 2.IX.1912 au domaine Otkienszczyzna, dans le district de Suwałki. Je réside en Belgique. J’ai été arrêté par la gestapo le 15.VIII.1943 à Varsovie.

Après avoir été auditionné allée Szucha, j’ai été transféré à la prison de la rue Pawia1 où j’ai séjourné jusqu’au 26.VIII.1943. Durant cette période, j’ai été interrogé trois fois par des « spécialistes » SS, confronté à d’autres prisonniers sur place, transféré deux fois pour interrogatoire dans les bâtiments de la gestapo de l’allée Szucha. De ces interrogatoires, je garde le souvenir de la file d’attente dans ce qu’on appelait « le tramway ».

Fin août 1943, dans des conditions bestiales, traité comme un animal, j’ai été transféré à Auschwitz-Birkenau. A la gare, entourés par un groupe de SS, débarqués précipitamment (schnell, schnell), traqués par des chiens, nous avons été amenés aux bains. Après m’avoir rasé la tête, on m’a attribué le n° 150 554. Ensuite, on nous a placés en quarantaine.

Ce fut le début de l’enfer. Je vais vous en narrer certains faits :

Séances d’entraînement disciplinaire. Ces séances avaient lieu dans des fossés remplis de boue ; nous étions encerclés par des chefs de bloc et des kapos munis de bâtons et de pelles. Parmi les exercices habituels, il y avait la flexion-extension des jambes, les bras chargés de lourdes pierres et la succession de « à terre-debout ». Suivait le traditionnel « hüpfen2, hüpfen, schnell » agrémenté d’une séance de coups portés au malheureux qui, exténué, avait chancelé dans les rangs.

Un jour, à la fin d’un « entraînement », on nous refoule vers un baraquement vide avec une porte de chaque côté et une cloison centrale. Les prisonniers martyrisés, fuyant leurs tortionnaires, s’agglutinent le plus loin possible de l’entrée et de leurs tyrans c’est-à-dire près de la cloison. A ce moment, la porte de la cloison s’ouvre et surgissent quelques chefs de bloc armés de bâtons qui éparpillent à grands cris le groupe vers la gauche et la droite. S’ensuivent débandade, cris d’effroi et fuite vers la porte d’entrée qui entretemps avait été refermée. Un engorgement se crée, les gens tombent, d’autres, qui veulent échapper aux coups, piétinent ces infortunés afin de se retrouver le plus rapidement possible à l’extérieur.

Accueil d’un Zugang. Le deuxième souvenir de la quarantaine est le traitement infligé à des nouveaux arrivants. Vers midi, on amène au camp un groupe de villageois de la région de Radom. Alignés en rangs, ils attendent leur ration de nourriture et l’attribution de leur bloc. Le soir est tombé, les prisonniers du camp ont rejoint leurs blocs et le silence s’est installé. Soudain, une grande confusion semble régner à l’extérieur, on entend des cris et puis des rafales de mitrailleuse tirées depuis les miradors. Il s’avère que, fatigués par leur long voyage, affamés, les membres du « Zugang » ont eu l’outrecuidance de réclamer la ration de nourriture qui leur était due. Aucun d’entre eux ne savait encore qu’au camp, hormis les coups de bâtons et les balles, rien n’était dû aux prisonniers. Aucun ne savait non plus que leur pitance serait partagée entre les chefs de bloc et les SS. Le groupe a été terrorisé à un tel point que quelques-uns, pensant trouver leur salut dans la fuite, face à la bande de chefs de bloc, pour la plupart des Allemands avec des triangles verts3, se sont approchés inconsciemment de l’enceinte barbelée et  ont été abattus par les gardes SS.

Quelques instants plus tard, le « Lagerältester »4 – un Allemand portant également le triangle vert – avec quelques chefs de bloc, pousse un vieillard du nouveau groupe dans le bloc 2, mon bloc. Déjà battu et désorienté, ce prisonnier est à nouveau brutalisé devant les autres détenus : on lui assène des coups avec une pelle jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Lorsque le manche de la pelle s’est rompu, un des chefs de bloc a donné au tortionnaire son bâton et le « prisonnier politique » a été assassiné de manière bestiale. Ensuite, le « Lagerältester » a ordonné au « sztubowy »5 d’évacuer le cadavre et de nettoyer les traces de sang puis il a appellé deux prisonniers qu’il connaissait bien, des boxeurs (Czortek et Chmielewski), et les a contraints à disputer un match de boxe sur le lieu même de l’exécution. Après ce combat, je m’en souviens, les deux boxeurs sont retournés dans leur couchette les yeux remplis de larmes. Apparemment, l’odeur de sang frais ne s’était pas encore complètement dissipée … A la fin, le tortionnaire principal s’est adressé aux prisonniers du bloc en ces termes :

« Savez-vous ce qu’il s’est passé ici ? Il y a eu un combat de boxe et rien de plus ! » Et personne ne s’est aventuré à murmurer ne fût-ce qu’un mot sur ce qui s’était produit juste avant.

Souvenirs du camp de travail. Incorporé dans un commando qui partait travailler à l’extérieur du camp, j’ai eu la possibilité, durant l’été et l’automne 1944, d’observer l’arrivée de nombreux nouveaux transports : la sélection sur le quai de Brzezinka6, le désespoir des parents et des enfants que l’on sépare. Une partie des arrivants étaient affectés au camp et les autres dirigés directement vers le crématorium. Pour ces derniers, cela commençait par un « bain » obligatoire dans un bâtiment attenant. Le scénario était le suivant : introduction dans les « bains », souvent en poussant les réticents.  Des scènes dramatiques se déroulaient parfois, de gens se rendant compte au dernier moment en quoi consistait cette « douche ». Puis fermeture bruyante des portes et admission du gaz Cyklon n° 27. Après environ une minute et demie, j’entendais des cris effroyables devenant petit à petit inaudibles et enfin un silence profond s’installait.

Transfert. À l’automne 1944, j’ai été emmené dans un camp de transit près de Berlin dans des bâtiments de la firme Heinkel8. On y a dormi à même le béton, sans couverture, dans des conditions inhumaines. Ensuite, j’ai été transféré au camp de Sachsenhausen où on m’a attribué le n° 113 282. Peu de temps après, nouveau transfert dans un camp plus petit dans un commando de travail dénommé « Klinkiernia ». Nous y avons été les témoins oculaires de fréquents raids aériens sur Berlin. C’est ainsi que le 20.IV.1945, voyant le largage des bombes, nous réjouissions-nous de cette orientation prise par la justice. Mais cette fois, les bombes commencèrent à exploser à côté de nous. Il y eut un début de panique, on cherchait n’importe quel endroit où se cacher ; dans le bunker, si on y trouvait de la place. Je fus un de ces chanceux. Quelques minutes d’attaque nous semblèrent une éternité. Le bunker tanguait au rythme des bombes. Heureusement, elles épargnèrent justement cette parcelle de terrain. Après la fin de l’alarme, nous avons contemplé un tableau de malheur et de désespoir. Le fer, les hangars en béton de la Klinkiernia9 étaient éparpillés sur le sol, il n’en restait que des débris. Le résultat fut que, le jour même, les survivants furent ramenés au camp principal de Sachsenhausen. De notre commando comptant près de 3.000 prisonniers, une bonne centaine seulement revinrent au camp.

Evacuation ultérieure. Après quelques jours, nouvelle évacuation. Départ du camp et marche vers ce qui était alors pour nous une destination inconnue et qui s’avéra être Lübeck. Notre affectation : les navires bombardés. Durant la marche, interdiction de faiblir ou de s’écarter du groupe. En cas de désobéissance, un SS s’arrêtait à côté du malchanceux, on entendait le bruit d’un tir et les randonneurs continuaient à réciter : « Seigneur, donne-lui le repos éternel »… En raison de l’avancée des fronts de l’Est et de l’Ouest, la situation générale devint incertaine. Aussi, pendant une semaine restâmes-nous à la lisière des forêts. Nous dormions à la belle étoile et ne recevions aucune nourriture, à l’affût du bruit du cliquetis fatal d’une arme. Un jour enfin retentit l’ordre de départ. Je dois mentionner ici un fait inoubliable illustrant l’amitié qui  régnait au camp. Epuisé par la marche et le manque de nourriture et d’eau, je m’évanouis pendant l’appel. Grâce à l’aide de mes codétenus (ceux de Auschwitz) j’ai pu me relever et, soutenus par eux, rejoindre l’étape suivante. C’est comme cela que, quelques jours avant la libération, j’ai pu échapper au sort de ceux qui n’arrivaient pas à suivre le groupe.

Enfin, le 2.V.1945, la pause de la mi-journée se prolonge. En regardant autour de nous, nous constatons qu’il n’y a plus de gardes : nous sommes enfin libres mais toujours encerclés par les Allemands. Cela se passait dans la forêt près de Schwerin. Nous prenons rapidement la décision de marcher vers cette ville (10 km).

Peu avant Schwerin, nous apercevons un soldat anglais et la ville est abandonnée. Nous passons la nuit dans un parc à la belle étoile. Le lendemain, c’est ce beau jour du 3 mai  et nous le fêtons spontanément dans toute la ville, avec le sentiment de nous être affranchis et d’avoir enfin retrouvé la liberté…

La liberté. Par la suite, camp des anciens prisonniers politiques à Schwerin puis à Lübeck. Prise de contact avec mes frères, Edouard prisonnier de guerre à Murnau et Romuald, prêtre, prisonnier politique lui-aussi, interné aux camps de Neugamen et de Dachau et qui résidait déjà à Leuven en Belgique. Suite à ces contacts, je pars pour faire des études en Belgique. Titulaire d’un titre d’ingénieur de la Polytechnique de Varsovie, j’obtiens un dipôme complémentaire d’ingénieur en constructions navales. Cela va me permettre de décrocher un emploi dans le plus grand chantier naval belge de réparation de navires, « Mercantile Marine Engineering » et de m’installer définitivement dans la ville portuaire d’Anvers.

Entretemps, je contacte mon amie de Varsovie, elle-aussi ancienne internée du camp de Ravensbrück, Eugenia Szyszkowska, séjournant alors en Suisse. Je la convie à venir en Belgique et nous nous marions en 1947.

Actuellement, avec mes amis, nous sommes toujours en procès avec la Bundesrepublik pour obtenir  le rembousement des frais médicaux engagés pour retrouver la santé.

Texte de Monsieur Józef Zaniewski – Traduction d’André Karasiński

[1] NdT : La « ulica Pawia – rue du Paon » a donné son nom à la prison – Pawiak – qui y a été construite en 1835. Ce fut la principale prison pour hommes de Varsovie. Après l’invasion de la Pologne par les Allemands en 1939, les locaux ont été transformés en prison de la Gestapo et firent partie du camp de concentration de Varsovie.

2 NdT : le verbe allemand « hüpfen » se traduit par sauter, bondir

3 Grüne « Vert », prisonnier de droit commun portant un triangle vert sur ses vêtements. Ce seront souvent des bourreaux sadiques et sans pitié pour les prisonniers, car les « verts » constituent en général l’encadrement des détenus (Blockälteste », Kapos…)

4 Doyen du camp : détenu ayant la responsabilité de la gestion interne du camp. Il est placé sous l’autorité directe du Lagerführer SS. C’est la plupart du temps un droit commun. Le suffixe « Ältester » qui signifie littéralement « le doyen d’âge » n’est qu’une formule vide de sens. Ce n’est pratiquement jamais le plus âgé.

5 Stube : terme allemand pour désigner la chambre des prisonniers ; traduit en polonais par sztuba. Sztubowy était un prisonnier chargé de l’entretien de la chambre.

6 NdT : Birkenau

7 NdT : Zyklon B

8 NdT : Heinkel Flugzeugwerke était une société allemande de fabrication d’avions fondée par Ernst Heinkel. Durant la Seconde Guerre mondiale, constructeur de bombardiers pour la Luftwaffe.

9 NdT : le substantif allemand Klinker se traduit par mâchefer, scorie, déchet qui sort du fer soumis à la forge, au fourneau, ou battu rouge sur l’enclume La Klinkiernia était peut-être une forge ? Il pourrait aussi s’agir d’une briqueterie ?

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1.124 : Monsieur Józef Zaniewski. Extrait du livre : « Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ) – page 270.
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1.125 : Monsieur Józef Zaniewski. Extrait du livre : « Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ) – page 271.

 

0159 – Madame Bardo

Du couple formé par Pan et Pani Bardo, on retiendra surtout l’incroyable vivacité de Monsieur … toujours en mouvement, toujours en train de courir, de sourire, de s’agiter, de travailler. Véritable Zébulon, monté sur ressort et chargé comme une pile atomique, il en faisait des kilomètres sur sa journée. Après ça, on pensait qu’il avait besoin de dormir … pour récupérer … que nenni ! Il faut croire que sa lampe de poche souffrait d’insomnie, tellement il se sentait obligé de la promener partout, dans les couloirs, dans tous les recoins de la maison et du parc, jusque très tard dans la nuit. Quand dormait-il ?

Nous le soupçonnions d’être équipé d’une oreille bionique et d’un sixième sens extraordinaire … sinon comment aurait-il fait pour être partout, et surtout là où on ne l’attendait pas ? Il était capable de nous prendre la main dans le sac, avant même que le sac ne soit ouvert. C’est ça l’expérience ! Il y en a même qui disent qu’il aurait eu le don d’ubiquité … Finalement, les seuls moments où il s’arrêtait, c’était quelques secondes quand on lui demandait de faire une photo.

De Madame, on retiendra surtout le sourire plein de tendresse et de douceur. Si Comblain-la-Tour devait être représenté par un seul visage, c’est sans nul doute le sien qui serait le plus représentatif.

Elle a connu tout le monde. Présente dès les premières années, son dévouement au service de la communauté polonaise n’a connu aucun répit au cours du temps. Du coup, elle en a vu passer des enfants, des ados, des moniteurs, des monitrices, mais aussi des cuisinières, des factotums, et tous les parents qui passaient par Comblain. Pour chacun, elle avait un sourire et quelques phrases accueillantes et apaisantes. On aurait dit, que la nature, qui est bien faite, les avait réunis – elle si douce et lui si speed – l’un pour compenser l’autre … l’autre pour équilibrer l’un. Saviez-vous que Pani Bardo avait aussi été monitrice la première année ?

La dernière fois que j’ai eu le plaisir de la revoir, c’était fin des années 199.., peut-être 1999 ? En arrivant à Comblain-la-Tour, comme ça à l’improviste, alors que je n’y avais plus mis les pieds depuis tant d’années, je n’imaginais pas qu’elle puisse être encore là … Quand je l’ai aperçue, perchée sur le perron, je me suis dit : « Quel bonheur, ici rien n’a changé ! ». Quand à son tour elle nous a aperçus, Eveline et moi, on lisait sur son visage qu’elle nous avait reconnus, mais que c’était devenu impossible de mettre un nom sur nos visages.

Nous nous sommes approchés, nous l’avons embrassée, et pour répondre à la question que ses yeux posaient, on s’est présenté. On a vu alors son sourire s’illuminer. « Ah, oui … je me souviens ! ». Sa mémoire revenait et éclairait son sourire, comme un rayon de soleil après une matinée brumeuse … Maintenant, elle se souvenait de la maman d’Eveline et de la mienne … des petites bêtises qu’ensemble elles avaient vécues dans la cuisine et ailleurs. Le souvenir des papas reprenait forme aussi. Elle resituait des épisodes lointains qu’elle s’étonnait que nous ignorions. Et quand son mari est apparu dans l’encoignure de la porte, elle s’est empressée de lui dire : « Tu les reconnais ? C’est la fille d’Ogonowski et le fils de Martha ».

Les cheveux gris du couple nous paraissaient tellement inattendus … comme si eux ne pouvaient pas vieillir.
Bien sûr, Pan Bardo n’avait plus cette énergie qu’on lui avait connue ; il semblait fatigué, mais quel plaisir de voir son sourire intact et son enthousiasme toujours aussi communicatif. Dieu merci, le destin avait compris que ces deux-là étaient inséparables … il n’avait pas osé les séparer. Nous avons évoqué quelques souvenirs, quelques banalités, dans un polonais de plus en plus approximatif … Je m’en suis voulu de ne pas pouvoir leur offrir mieux … eux qui ont tant fait pour nous apprendre à parler et à chanter en polonais.

Pani Bardo se souvenait, à présent, de nos ognisko … elle se rappelait qu’elle aimait venir s’asseoir à côté d’Eveline et Dominique pour chanter sa chanson préférée « Colonine Tango » …

« I choć nas dzieli,
Może tysiące wiosek i mil,
Nie zapominaj razem spędzonych chwil.
Tę leśną serenadę śpiewam dla Ciebie,
Colonine tango, które nam wspomnienia śle 
».

Ensuite, nous sommes repartis après les avoir embrassés une dernière fois.

Sur la route du retour, avec Eveline, nous partagions nos impressions ; on se disait : « Quel couple fusionnel … ces deux-là ne pourraient pas vivre l’un sans l’autre ». Les revoir après tant d’années, les cheveux gris et la mémoire défaillante, nous a profondément touchés. Madame Bardo, celle qui connaissait mieux que personne tous les polonais qui passaient par Comblain … la mémoire des lieux … la seule qui savait les prénoms et les noms de tous les enfants … qui avait pris la peine, et le temps, d’écouter chacun de nous, de consoler les uns et de rire avec les autres … Madame Bardo commençait à ne plus se souvenir de nous … Peut-être que sa mémoire était trop pleine de nous … peut-être que son cœur débordait de cette gentillesse qu’elle avait en trop ?

Quelque temps plus tard, nous avons appris, par hasard, qu’elle nous avait quittés … et que son mari l’avait suivi peu de temps après. Ils n’auraient pas supporté de vivre l’un sans l’autre.

Madame, soyez rassurée, le souvenir de tout ce qui s’est passé à Comblain est inscrit profondément en nous. Vous étiez comme un livre ouvert où chaque page racontait une tranche de vie de Comblain … Vous étiez comme une petite encyclopédie recueillant des connaissances sur tout et tous … Vous nous avez donné l’envie de ne rien oublier … jamais. Ces souvenirs ont laissé tant de traces en chacun de nous qu’on s’est donné pour mission de les entretenir, de les perpétuer en revisitant les années « Comblain », pour capter, inscrire et faire vivre cette mémoire …

On vous le doit bien … Cette histoire, que vous avez tant contribué à écrire, on fera tout pour qu’elle continue de rayonner et qu’elle s’éparpille, ici et là, au gré du temps … Chacun de ces souvenirs est comme une petite graine qu’on aurait plantée en nous … qui a trouvé là un terrain fertile … et qui commence à ressembler à un magnifique jardin qui s’appelle « les Anciens de Comblain ».

Madame … nous ne sommes pas près de vous oublier …

26/02/2018 – JP Dz

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1.115 : COMBLAIN-LA-TOUR : La famille Bardo au complet : Jerzy Bardo ; Pani Bardo ; Pan Bardo ; Alice Bardo ; André Bardo.
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1.116 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le perron : A l’avant plan : Zdzisław Blaszka ; Pani Bardo. A l’arrière plan : Elzbieta Kowalska ; Danielle Mironczyk ; Didier Chmielecki. ( collection Zdzisław Blaszka ).
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1.117 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans la cuisine : Pani Bardo ; ( ? ) ; … ; Kz Kurzawa ; Pani Załobek ; ( ? ) ; …
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1.118 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le terrain de volley : ( ? ) ; ( ? ) ; Pani Bardo et ses petits-enfants, ? Brismez et son frère David Brismez ; ( ? ) ; …
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1.119 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le parc : Pani Bardo ; Pani Kołodziejka ; ( ? ) ; Pani Stanislawa Gzresinska ( épouse Andzej Paluskiewicz ) ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.120 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le terrain de volley : ( ? ) ; Pani Bardo et ses petits-enfants, ? Brismez et son frère David Brismez ; … A l’arrière plan : Isabelle Swiderski ; Fabienne Laffut ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.121 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Dans les bois : ( ? ) ; … ; Pani Bardo ; ( ? ) ; …
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1.122 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1990 : Dans la cuisine : Pani Bardo ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.123 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1990 : Sur le perron : ( ? ) ; ( ? ) ; Pani Bardo ; ( ? ).