0160 – Monsieur Józef Zaniewski

Voici donc, le 3ème opus des textes consacrés à ces personnages que nous avons tant côtoyés à Comblain-la-Tour mais qui « revenaient de l’enfer ». Cette fois-ci, c’est Monsieur Józef Zaniewski qui décrit son calvaire.

Ses mémoires, comme celles de Ks Kurzawa et de Pan Bardo avant lui, sont extraites du livre :
« Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ).

Pour nous, qui nous sommes donné comme mission d’entretenir la mémoire de la communauté polonaise de Belgique, il est essentiel de rappeler ce passé là aussi. L’âme polonaise s’explique aussi par sa faculté de résister et de croire en l’avenir. Au moment de l’achat du Centre Millénium, Monsieur Józef Zaniewski faisait partie des généreux donateurs, il a fait un prêt de 100.000 BEF remboursable en 15 ans.

Le gigantesque travail de traduction est réalisé, comme à chaque fois, par André Karasiński.

Voici comment André présente ce document : « Ce témoignage est très précis au point qu’il peut sembler froid et détaché. On a l’impression que Jozef Zaniewski est un spectateur qui relate sa propre histoire tragique. Sans doute sa formation d’ingénieur explique-t-elle sa démarche. Personnellement je trouve que ce témoignage, que j’aime beaucoup, complète très bien celui de Ks. Kurzawa, très intellectuel et philosophique ainsi que celui de Zbigniew Bardo, plus simple, plus émotionnel. ».

Combat de boxe au camp de concentration …

Par Józef Zaniewski – Belgique

Je suis né le 2.IX.1912 au domaine Otkienszczyzna, dans le district de Suwałki. Je réside en Belgique. J’ai été arrêté par la gestapo le 15.VIII.1943 à Varsovie.

Après avoir été auditionné allée Szucha, j’ai été transféré à la prison de la rue Pawia1 où j’ai séjourné jusqu’au 26.VIII.1943. Durant cette période, j’ai été interrogé trois fois par des « spécialistes » SS, confronté à d’autres prisonniers sur place, transféré deux fois pour interrogatoire dans les bâtiments de la gestapo de l’allée Szucha. De ces interrogatoires, je garde le souvenir de la file d’attente dans ce qu’on appelait « le tramway ».

Fin août 1943, dans des conditions bestiales, traité comme un animal, j’ai été transféré à Auschwitz-Birkenau. A la gare, entourés par un groupe de SS, débarqués précipitamment (schnell, schnell), traqués par des chiens, nous avons été amenés aux bains. Après m’avoir rasé la tête, on m’a attribué le n° 150 554. Ensuite, on nous a placés en quarantaine.

Ce fut le début de l’enfer. Je vais vous en narrer certains faits :

Séances d’entraînement disciplinaire. Ces séances avaient lieu dans des fossés remplis de boue ; nous étions encerclés par des chefs de bloc et des kapos munis de bâtons et de pelles. Parmi les exercices habituels, il y avait la flexion-extension des jambes, les bras chargés de lourdes pierres et la succession de « à terre-debout ». Suivait le traditionnel « hüpfen2, hüpfen, schnell » agrémenté d’une séance de coups portés au malheureux qui, exténué, avait chancelé dans les rangs.

Un jour, à la fin d’un « entraînement », on nous refoule vers un baraquement vide avec une porte de chaque côté et une cloison centrale. Les prisonniers martyrisés, fuyant leurs tortionnaires, s’agglutinent le plus loin possible de l’entrée et de leurs tyrans c’est-à-dire près de la cloison. A ce moment, la porte de la cloison s’ouvre et surgissent quelques chefs de bloc armés de bâtons qui éparpillent à grands cris le groupe vers la gauche et la droite. S’ensuivent débandade, cris d’effroi et fuite vers la porte d’entrée qui entretemps avait été refermée. Un engorgement se crée, les gens tombent, d’autres, qui veulent échapper aux coups, piétinent ces infortunés afin de se retrouver le plus rapidement possible à l’extérieur.

Accueil d’un Zugang. Le deuxième souvenir de la quarantaine est le traitement infligé à des nouveaux arrivants. Vers midi, on amène au camp un groupe de villageois de la région de Radom. Alignés en rangs, ils attendent leur ration de nourriture et l’attribution de leur bloc. Le soir est tombé, les prisonniers du camp ont rejoint leurs blocs et le silence s’est installé. Soudain, une grande confusion semble régner à l’extérieur, on entend des cris et puis des rafales de mitrailleuse tirées depuis les miradors. Il s’avère que, fatigués par leur long voyage, affamés, les membres du « Zugang » ont eu l’outrecuidance de réclamer la ration de nourriture qui leur était due. Aucun d’entre eux ne savait encore qu’au camp, hormis les coups de bâtons et les balles, rien n’était dû aux prisonniers. Aucun ne savait non plus que leur pitance serait partagée entre les chefs de bloc et les SS. Le groupe a été terrorisé à un tel point que quelques-uns, pensant trouver leur salut dans la fuite, face à la bande de chefs de bloc, pour la plupart des Allemands avec des triangles verts3, se sont approchés inconsciemment de l’enceinte barbelée et  ont été abattus par les gardes SS.

Quelques instants plus tard, le « Lagerältester »4 – un Allemand portant également le triangle vert – avec quelques chefs de bloc, pousse un vieillard du nouveau groupe dans le bloc 2, mon bloc. Déjà battu et désorienté, ce prisonnier est à nouveau brutalisé devant les autres détenus : on lui assène des coups avec une pelle jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Lorsque le manche de la pelle s’est rompu, un des chefs de bloc a donné au tortionnaire son bâton et le « prisonnier politique » a été assassiné de manière bestiale. Ensuite, le « Lagerältester » a ordonné au « sztubowy »5 d’évacuer le cadavre et de nettoyer les traces de sang puis il a appellé deux prisonniers qu’il connaissait bien, des boxeurs (Czortek et Chmielewski), et les a contraints à disputer un match de boxe sur le lieu même de l’exécution. Après ce combat, je m’en souviens, les deux boxeurs sont retournés dans leur couchette les yeux remplis de larmes. Apparemment, l’odeur de sang frais ne s’était pas encore complètement dissipée … A la fin, le tortionnaire principal s’est adressé aux prisonniers du bloc en ces termes :

« Savez-vous ce qu’il s’est passé ici ? Il y a eu un combat de boxe et rien de plus ! » Et personne ne s’est aventuré à murmurer ne fût-ce qu’un mot sur ce qui s’était produit juste avant.

Souvenirs du camp de travail. Incorporé dans un commando qui partait travailler à l’extérieur du camp, j’ai eu la possibilité, durant l’été et l’automne 1944, d’observer l’arrivée de nombreux nouveaux transports : la sélection sur le quai de Brzezinka6, le désespoir des parents et des enfants que l’on sépare. Une partie des arrivants étaient affectés au camp et les autres dirigés directement vers le crématorium. Pour ces derniers, cela commençait par un « bain » obligatoire dans un bâtiment attenant. Le scénario était le suivant : introduction dans les « bains », souvent en poussant les réticents.  Des scènes dramatiques se déroulaient parfois, de gens se rendant compte au dernier moment en quoi consistait cette « douche ». Puis fermeture bruyante des portes et admission du gaz Cyklon n° 27. Après environ une minute et demie, j’entendais des cris effroyables devenant petit à petit inaudibles et enfin un silence profond s’installait.

Transfert. À l’automne 1944, j’ai été emmené dans un camp de transit près de Berlin dans des bâtiments de la firme Heinkel8. On y a dormi à même le béton, sans couverture, dans des conditions inhumaines. Ensuite, j’ai été transféré au camp de Sachsenhausen où on m’a attribué le n° 113 282. Peu de temps après, nouveau transfert dans un camp plus petit dans un commando de travail dénommé « Klinkiernia ». Nous y avons été les témoins oculaires de fréquents raids aériens sur Berlin. C’est ainsi que le 20.IV.1945, voyant le largage des bombes, nous réjouissions-nous de cette orientation prise par la justice. Mais cette fois, les bombes commencèrent à exploser à côté de nous. Il y eut un début de panique, on cherchait n’importe quel endroit où se cacher ; dans le bunker, si on y trouvait de la place. Je fus un de ces chanceux. Quelques minutes d’attaque nous semblèrent une éternité. Le bunker tanguait au rythme des bombes. Heureusement, elles épargnèrent justement cette parcelle de terrain. Après la fin de l’alarme, nous avons contemplé un tableau de malheur et de désespoir. Le fer, les hangars en béton de la Klinkiernia9 étaient éparpillés sur le sol, il n’en restait que des débris. Le résultat fut que, le jour même, les survivants furent ramenés au camp principal de Sachsenhausen. De notre commando comptant près de 3.000 prisonniers, une bonne centaine seulement revinrent au camp.

Evacuation ultérieure. Après quelques jours, nouvelle évacuation. Départ du camp et marche vers ce qui était alors pour nous une destination inconnue et qui s’avéra être Lübeck. Notre affectation : les navires bombardés. Durant la marche, interdiction de faiblir ou de s’écarter du groupe. En cas de désobéissance, un SS s’arrêtait à côté du malchanceux, on entendait le bruit d’un tir et les randonneurs continuaient à réciter : « Seigneur, donne-lui le repos éternel »… En raison de l’avancée des fronts de l’Est et de l’Ouest, la situation générale devint incertaine. Aussi, pendant une semaine restâmes-nous à la lisière des forêts. Nous dormions à la belle étoile et ne recevions aucune nourriture, à l’affût du bruit du cliquetis fatal d’une arme. Un jour enfin retentit l’ordre de départ. Je dois mentionner ici un fait inoubliable illustrant l’amitié qui  régnait au camp. Epuisé par la marche et le manque de nourriture et d’eau, je m’évanouis pendant l’appel. Grâce à l’aide de mes codétenus (ceux de Auschwitz) j’ai pu me relever et, soutenus par eux, rejoindre l’étape suivante. C’est comme cela que, quelques jours avant la libération, j’ai pu échapper au sort de ceux qui n’arrivaient pas à suivre le groupe.

Enfin, le 2.V.1945, la pause de la mi-journée se prolonge. En regardant autour de nous, nous constatons qu’il n’y a plus de gardes : nous sommes enfin libres mais toujours encerclés par les Allemands. Cela se passait dans la forêt près de Schwerin. Nous prenons rapidement la décision de marcher vers cette ville (10 km).

Peu avant Schwerin, nous apercevons un soldat anglais et la ville est abandonnée. Nous passons la nuit dans un parc à la belle étoile. Le lendemain, c’est ce beau jour du 3 mai  et nous le fêtons spontanément dans toute la ville, avec le sentiment de nous être affranchis et d’avoir enfin retrouvé la liberté…

La liberté. Par la suite, camp des anciens prisonniers politiques à Schwerin puis à Lübeck. Prise de contact avec mes frères, Edouard prisonnier de guerre à Murnau et Romuald, prêtre, prisonnier politique lui-aussi, interné aux camps de Neugamen et de Dachau et qui résidait déjà à Leuven en Belgique. Suite à ces contacts, je pars pour faire des études en Belgique. Titulaire d’un titre d’ingénieur de la Polytechnique de Varsovie, j’obtiens un dipôme complémentaire d’ingénieur en constructions navales. Cela va me permettre de décrocher un emploi dans le plus grand chantier naval belge de réparation de navires, « Mercantile Marine Engineering » et de m’installer définitivement dans la ville portuaire d’Anvers.

Entretemps, je contacte mon amie de Varsovie, elle-aussi ancienne internée du camp de Ravensbrück, Eugenia Szyszkowska, séjournant alors en Suisse. Je la convie à venir en Belgique et nous nous marions en 1947.

Actuellement, avec mes amis, nous sommes toujours en procès avec la Bundesrepublik pour obtenir  le rembousement des frais médicaux engagés pour retrouver la santé.

Texte de Monsieur Józef Zaniewski – Traduction d’André Karasiński

[1] NdT : La « ulica Pawia – rue du Paon » a donné son nom à la prison – Pawiak – qui y a été construite en 1835. Ce fut la principale prison pour hommes de Varsovie. Après l’invasion de la Pologne par les Allemands en 1939, les locaux ont été transformés en prison de la Gestapo et firent partie du camp de concentration de Varsovie.

2 NdT : le verbe allemand « hüpfen » se traduit par sauter, bondir

3 Grüne « Vert », prisonnier de droit commun portant un triangle vert sur ses vêtements. Ce seront souvent des bourreaux sadiques et sans pitié pour les prisonniers, car les « verts » constituent en général l’encadrement des détenus (Blockälteste », Kapos…)

4 Doyen du camp : détenu ayant la responsabilité de la gestion interne du camp. Il est placé sous l’autorité directe du Lagerführer SS. C’est la plupart du temps un droit commun. Le suffixe « Ältester » qui signifie littéralement « le doyen d’âge » n’est qu’une formule vide de sens. Ce n’est pratiquement jamais le plus âgé.

5 Stube : terme allemand pour désigner la chambre des prisonniers ; traduit en polonais par sztuba. Sztubowy était un prisonnier chargé de l’entretien de la chambre.

6 NdT : Birkenau

7 NdT : Zyklon B

8 NdT : Heinkel Flugzeugwerke était une société allemande de fabrication d’avions fondée par Ernst Heinkel. Durant la Seconde Guerre mondiale, constructeur de bombardiers pour la Luftwaffe.

9 NdT : le substantif allemand Klinker se traduit par mâchefer, scorie, déchet qui sort du fer soumis à la forge, au fourneau, ou battu rouge sur l’enclume La Klinkiernia était peut-être une forge ? Il pourrait aussi s’agir d’une briqueterie ?

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1.124 : Monsieur Józef Zaniewski. Extrait du livre : « Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ) – page 270.
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1.125 : Monsieur Józef Zaniewski. Extrait du livre : « Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ) – page 271.

 

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0159 – Madame Bardo

Du couple formé par Pan et Pani Bardo, on retiendra surtout l’incroyable vivacité de Monsieur … toujours en mouvement, toujours en train de courir, de sourire, de s’agiter, de travailler. Véritable Zébulon, monté sur ressort et chargé comme une pile atomique, il en faisait des kilomètres sur sa journée. Après ça, on pensait qu’il avait besoin de dormir … pour récupérer … que nenni ! Il faut croire que sa lampe de poche souffrait d’insomnie, tellement il se sentait obligé de la promener partout, dans les couloirs, dans tous les recoins de la maison et du parc, jusque très tard dans la nuit. Quand dormait-il ?

Nous le soupçonnions d’être équipé d’une oreille bionique et d’un sixième sens extraordinaire … sinon comment aurait-il fait pour être partout, et surtout là où on ne l’attendait pas ? Il était capable de nous prendre la main dans le sac, avant même que le sac ne soit ouvert. C’est ça l’expérience ! Il y en a même qui disent qu’il aurait eu le don d’ubiquité … Finalement, les seuls moments où il s’arrêtait, c’était quelques secondes quand on lui demandait de faire une photo.

De Madame, on retiendra surtout le sourire plein de tendresse et de douceur. Si Comblain-la-Tour devait être représenté par un seul visage, c’est sans nul doute le sien qui serait le plus représentatif.

Elle a connu tout le monde. Présente dès les premières années, son dévouement au service de la communauté polonaise n’a connu aucun répit au cours du temps. Du coup, elle en a vu passer des enfants, des ados, des moniteurs, des monitrices, mais aussi des cuisinières, des factotums, et tous les parents qui passaient par Comblain. Pour chacun, elle avait un sourire et quelques phrases accueillantes et apaisantes. On aurait dit, que la nature, qui est bien faite, les avait réunis – elle si douce et lui si speed – l’un pour compenser l’autre … l’autre pour équilibrer l’un. Saviez-vous que Pani Bardo avait aussi été monitrice la première année ?

La dernière fois que j’ai eu le plaisir de la revoir, c’était fin des années 199.., peut-être 1999 ? En arrivant à Comblain-la-Tour, comme ça à l’improviste, alors que je n’y avais plus mis les pieds depuis tant d’années, je n’imaginais pas qu’elle puisse être encore là … Quand je l’ai aperçue, perchée sur le perron, je me suis dit : « Quel bonheur, ici rien n’a changé ! ». Quand à son tour elle nous a aperçus, Eveline et moi, on lisait sur son visage qu’elle nous avait reconnus, mais que c’était devenu impossible de mettre un nom sur nos visages.

Nous nous sommes approchés, nous l’avons embrassée, et pour répondre à la question que ses yeux posaient, on s’est présenté. On a vu alors son sourire s’illuminer. « Ah, oui … je me souviens ! ». Sa mémoire revenait et éclairait son sourire, comme un rayon de soleil après une matinée brumeuse … Maintenant, elle se souvenait de la maman d’Eveline et de la mienne … des petites bêtises qu’ensemble elles avaient vécues dans la cuisine et ailleurs. Le souvenir des papas reprenait forme aussi. Elle resituait des épisodes lointains qu’elle s’étonnait que nous ignorions. Et quand son mari est apparu dans l’encoignure de la porte, elle s’est empressée de lui dire : « Tu les reconnais ? C’est la fille d’Ogonowski et le fils de Martha ».

Les cheveux gris du couple nous paraissaient tellement inattendus … comme si eux ne pouvaient pas vieillir.
Bien sûr, Pan Bardo n’avait plus cette énergie qu’on lui avait connue ; il semblait fatigué, mais quel plaisir de voir son sourire intact et son enthousiasme toujours aussi communicatif. Dieu merci, le destin avait compris que ces deux-là étaient inséparables … il n’avait pas osé les séparer. Nous avons évoqué quelques souvenirs, quelques banalités, dans un polonais de plus en plus approximatif … Je m’en suis voulu de ne pas pouvoir leur offrir mieux … eux qui ont tant fait pour nous apprendre à parler et à chanter en polonais.

Pani Bardo se souvenait, à présent, de nos ognisko … elle se rappelait qu’elle aimait venir s’asseoir à côté d’Eveline et Dominique pour chanter sa chanson préférée « Colonine Tango » …

« I choć nas dzieli,
Może tysiące wiosek i mil,
Nie zapominaj razem spędzonych chwil.
Tę leśną serenadę śpiewam dla Ciebie,
Colonine tango, które nam wspomnienia śle 
».

Ensuite, nous sommes repartis après les avoir embrassés une dernière fois.

Sur la route du retour, avec Eveline, nous partagions nos impressions ; on se disait : « Quel couple fusionnel … ces deux-là ne pourraient pas vivre l’un sans l’autre ». Les revoir après tant d’années, les cheveux gris et la mémoire défaillante, nous a profondément touchés. Madame Bardo, celle qui connaissait mieux que personne tous les polonais qui passaient par Comblain … la mémoire des lieux … la seule qui savait les prénoms et les noms de tous les enfants … qui avait pris la peine, et le temps, d’écouter chacun de nous, de consoler les uns et de rire avec les autres … Madame Bardo commençait à ne plus se souvenir de nous … Peut-être que sa mémoire était trop pleine de nous … peut-être que son cœur débordait de cette gentillesse qu’elle avait en trop ?

Quelque temps plus tard, nous avons appris, par hasard, qu’elle nous avait quittés … et que son mari l’avait suivi peu de temps après. Ils n’auraient pas supporté de vivre l’un sans l’autre.

Madame, soyez rassurée, le souvenir de tout ce qui s’est passé à Comblain est inscrit profondément en nous. Vous étiez comme un livre ouvert où chaque page racontait une tranche de vie de Comblain … Vous étiez comme une petite encyclopédie recueillant des connaissances sur tout et tous … Vous nous avez donné l’envie de ne rien oublier … jamais. Ces souvenirs ont laissé tant de traces en chacun de nous qu’on s’est donné pour mission de les entretenir, de les perpétuer en revisitant les années « Comblain », pour capter, inscrire et faire vivre cette mémoire …

On vous le doit bien … Cette histoire, que vous avez tant contribué à écrire, on fera tout pour qu’elle continue de rayonner et qu’elle s’éparpille, ici et là, au gré du temps … Chacun de ces souvenirs est comme une petite graine qu’on aurait plantée en nous … qui a trouvé là un terrain fertile … et qui commence à ressembler à un magnifique jardin qui s’appelle « les Anciens de Comblain ».

Madame … nous ne sommes pas près de vous oublier …

26/02/2018 – JP Dz

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1.115 : COMBLAIN-LA-TOUR : La famille Bardo au complet : Jerzy Bardo ; Pani Bardo ; Pan Bardo ; Alice Bardo ; André Bardo.
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1.116 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le perron : A l’avant plan : Zdzisław Blaszka ; Pani Bardo. A l’arrière plan : Elzbieta Kowalska ; Danielle Mironczyk ; Didier Chmielecki. ( collection Zdzisław Blaszka ).
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1.117 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans la cuisine : Pani Bardo ; ( ? ) ; … ; Kz Kurzawa ; Pani Załobek ; ( ? ) ; …
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1.118 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le terrain de volley : ( ? ) ; ( ? ) ; Pani Bardo et ses petits-enfants, ? Brismez et son frère David Brismez ; ( ? ) ; …
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1.119 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le parc : Pani Bardo ; Pani Koldziejka ; ( ? ) ; Pani Stanislawa Gzresinska ( épouse Andzej Paluskiewicz ) ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.120 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le terrain de volley : ( ? ) ; Pani Bardo et ses petits-enfants, ? Brismez et son frère David Brismez ; … A l’arrière plan : Isabelle Swiderski ; Fabienne Laffut ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.121 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Dans les bois : ( ? ) ; … ; Pani Bardo ; ( ? ) ; …
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1.122 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1990 : Dans la cuisine : Pani Bardo ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.123 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1990 : Sur le perron : ( ? ) ; ( ? ) ; Pani Bardo ; ( ? ).

 

0157 – L’accueil des Comblinois

Le petit garçon assis, à côté de son papa, devant le magasin familial, Rue des Écoles, à quelques dizaines de mètres de la maison polonaise de Comblain-la-Tour, c’est Patrick. Nous sommes début des années soixante ( photo 1.093 ).

Le papa de Patrick était boulanger et venait, tous les jours nous livrer le pain quotidien que nous dévorions comme des petits ogres. Patrick accompagnait souvent son père. Nous l’avons donc croisé à maintes reprises.

Aujourd’hui, comme nous, il a grandi et il est devenu Monsieur Patrick LECERF, le Député Bourgmestre de HAMOIR. De cette époque, il a gardé un souvenir touchant. Voici ce qu’il nous en dit :

« Je suis né à Comblain le 20 septembre 1959, en face de l’école du village, dans la boulangerie que tenaient mes parents depuis le printemps 1958.

Mes premiers souvenirs de la maison polonaise remontent au début des années 60, lorsque durant l’été je venais au parc avec mon père pour livrer le pain quotidien.

Je me souviens que ça grouillait de jeunes gens et que l’ambiance était très chaleureuse. Je me souviens également qu’il y avait une petite friterie à côté du parc.

Et puis ces années ont été marquées par les nombreuses courses cyclistes qui se terminaient dans la rue des écoles, en face de la salle Talier.

 Pour la petite histoire, mes parents ont construit une boulangerie à Hamoir en 1967 et nous venons d’en fêter les 50 ans. C’est aujourd’hui mon frère qui en est le propriétaire.

Pour ma part, je suis devenu bourgmestre de la commune de Hamoir en 1993 et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé la maison polonaise et que j’ai modestement aidé les responsables à satisfaire aux obligations en termes de sécurité incendie.

 Un autre souvenir dont je n’ai malheureusement pas de photo est la rencontre de football entre les jeunes Polonais et la toute nouvelle équipe locale de cadets ( je pense ) ».

Patrick LECERF  –  Député Bourgmestre de HAMOIR

Merci Monsieur le Député pour ce témoignage … et aussi pour avoir contribué à nous nourrir à une époque où notre croissance – et notre appétit – exigeaient une alimentation pantagruélique.

J’ajoute que Monsieur LECERF est trop modeste. Je sais de source sûre que sa contribution au maintien du Centre Millénium dépasse largement le cadre légal de ses obligations en matière de sécurité incendie. Il a fait preuve de beaucoup de compréhension et s’est énormément investi pour préserver le bâtiment durant les heures noires qu’a traversé la maison polonaise.

Mais revenons en arrière … Depuis le début – depuis que les polonais ont débarqué à Comblain-la-Tour, en 1961 – l’accueil qui leur a été reversé, par les comblinois et leurs autorités communales, a toujours été excellent. J’en veux pour preuve ces photos anciennes où le Bourgmestre de l’époque, Monsieur Raoul WARROQUIERS ( photos 1.095 et suivantes ), participe aux messes et aux fêtes du mois de juin. Ces documents datent du début des années 1970. On peut y voir également des réceptions, organisées en soirée, qui se déroulent dans notre réfectoire.

Monsieur Raoul WARROQUIERS sera le dernier Bourgmestre de la commune de Comblain-Fairon de 1968 jusqu’à la fusion des communes en 1976. Depuis, Comblain-la-Tour est repris dans l’entité d’Hamoir. Monsieur WARROQUIERS continuera malgré tout d’exercer des missions au sein du collège communal de l’entité, puisqu’il sera Échevin des Finances et de l’État civil de 1976 à 1982.

Monsieur André PHILIPPE, natif de Comblain-la-Tour ( en 1944 ) et actuel responsable de la salle Talier, attenante au café des Sports, et où il organise toutes sortes d’activités ( théâtre, tennis de table, marches ADEPS, cinéma pour les enfants et soupers ), est le beau-fils de feu Monsieur Raoul Warroquiers.

Il nous précise que : « En ce qui concerne l’arrivée des polonais dans le village, l’entente avec la population de Comblain a toujours été bonne. Au mois de juin, lors de votre fête, les comblinois étaient invités à participer et les conversations allaient bon train « Ah, les polonais arrivent … » ».

En dehors des manifestations officielles, des amitiés sincères se sont nouées entre les villageois et les nouveaux arrivants. Nous avons déjà évoqué comment « Jan la belote » avait été intégré à la vie locale.

Plus tard, ce fut le tour de Monsieur Stéphane PATERKA, qui appréciait particulièrement les festivités du comité Saint Nicolas organisées « au Parc Polonais ». Il était d’ailleurs devenu fort ami avec les familles Bougelet et Larock.

Monsieur André PHILIPPE se souvient également : « Qu’étant responsable du club de tennis local, le directeur de l’époque ( sans doute Ks KURZAWA ) m’ autorisait à pénétrer dans le domaine du parc pour apprendre la pratique du ping-pong ; Mr et Mme Bardo n’étaient pas trop d’accord ». Pourtant, il connaissait particulièrement bien les lieux. En effet, « J’ai fait une bonne partie de ma jeunesse à l’Hôtel du Parc avec le fils de Mr et Mme Marie-Louise Gavage, propriétaire. En 1955, ceux-ci ont racheté un hôtel à Chaudfontaine ». Merci à Mr André pour ce témoignage.

Pour terminer, je me dois d’associer encore Monsieur LEGROS, Bourgmestre ff de l’entité d’Hamoir ( dont dépend Comblain-la-Tour ), à ce concert de remerciements pour l’excellent accueil que vous avez, de tout temps, réservé aux émigrés, et fils d’émigrés, que nous sommes.

12/02/2018 – JP Dz

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1.093 : COMBLAIN-LA-TOUR : Rue des Ecoles : Mr Patrick Lecerf ( le Député / Bourgmestre d’Hamoir ) et son papa, Monsieur Lecerf, notre boulanger.
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1.094 : COMBLAIN-LA-TOUR : Devant le perron : ( ? ) ; le porteur de fleurs : Pan Wladysław  Wojciechowski ; … ; ( ? ).
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1.095 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers, ancien Bourgmestre de Comblain-la-Tour de 1968 à 1976.
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1.096 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers.
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1.097 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Bardo ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers.
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1.098 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; … ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ) ; … ; ( ? ).
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1.099 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; … ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ) ; … ; ( ? ).
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1.100 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ) ; ( ? ).
1101
1.101 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ).
1102
1.102 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ).
1103
1.103 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ).
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1.104 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Mr Raoul Warroquiers ; ( ? ).

 

0143 – Pan Zbigniew Bardo

Vous souvenez-vous de vos 20 ans ? N’était-ce pas la période la plus heureuse de votre vie ? Et entre 20 et 25 ans qu’avez-vous fait ? Peut-être vous êtes-vous mariés … peut-être avez-vous eu votre premier enfant … que des souvenirs d’une grande douceur.

Lui, quand il a eu 20 ans, la guerre s’est abattu sur son pays … Et comme il était scout et qu’il voulait défendre ses idéaux … il a été enfermé dans les camps de la mort.

Voici donc le deuxième témoignage poignant d’un des nôtres qui évoque ses années d’enfer. Après Ks Kurzawa, c’est le tour de Pan Zbigniew Bardo.

Aujourd’hui, Monsieur et Madame Bardo reposent en paix au cimetière d’Houdeng-Goegnies. Si vous souhaitez un jour leur rendre hommage, c’est facile. Le cimetière est immense, mais il n’y a qu’un seul arbre, là-bas tout au fond, et c’est au pied de cet arbre qu’ils ont choisi de se blottir pour l’éternité.

Anna Platek, née le 21/07/1925 et décédée le 09/12/2011
Zbigniew Bardo, né le 10/03/1919 et décédé le 25/01/2012.

Schutzhäftling Nr 10735 meldet sich zum Stelle – Le détenu Nr 10735 déclare son arrivée au travail

 Zbigniew Bardo – Belgique

C’est après l’avoir perdue que l’on mesure la valeur d’une chose.1

Il en fut de même avec nous, jeunes fréquentant encore l’école ou l’ayant quittée depuis peu, la tête pleine de rêves, de projets pour l’avenir. La vie n’était-elle pas devant nous ? Personne n’imaginait ce qui allait frapper notre Patrie, et par là même chacun de nous, ce 1er septembre 1939 de funeste mémoire. L’invasion barbare venue de l’ouest, l’occupation de notre Pays, la perte de la liberté.

Quelle horrible réalité – personne ne pouvait l’accepter et … nous ne l’avons pas fait. Dès 1939 apparurent les germes d’un mouvement de résistance qui réunit en ses rangs non seulement des militaires mais également des étudiants et des scouts. Au printemps de l’année suivante, la Gestapo effectua des arrestations dans toute la région des Carpathes, de Jarosław à Cracovie. Les victimes en furent, pour la plupart, les intellectuels et les jeunes gens, déportés vers l’inconnu. Par après, après un court séjour à la prison de Tarnów, ils furent transportés à Auschwitz.

Ce sont Eux – les 728 prisonniers politiques du transport de Tarnów – que l’histoire retiendra comme étant les premiers internés du camp de concentration « K.L. Auschwitz » et la date du 14 juin 1940 comme la mise en œuvre de cet horrible camp de destruction et d’extermination.

Le nombre de prisonniers crût rapidement suite aux actions zélées menées par la Gestapo sur l’ensemble du territoire du Gouvernement général.2

Les transports provenant de Varsovie, de Tarnów, de la Silésie, de Cracovie et d’autres régions firent grimper le nombre de prisonniers. La mortalité décima les rangs de la population du camp. L’inscription « Arbeit macht frei » 3 surmontant la grille d’entrée devint ici une parodie : libre, oui mais via la cheminée des fours crématoires.

Le programme du jour était varié ; les kapos et les SS s’en chargeaient. C’était à celui qui ferait preuve de plus d’inventivité dans les tortures infligées à des innocents.

Durant les premières semaines du camp de concentration nouvellement mis sur pied, il n’y avait pas beaucoup de travail. Pour empêcher l’inactivité, on nous obligeait toute la journée à pratiquer du sport, sous les coups et les coups de pieds. Et quel sport ! Sauter, tourner, danser, s’accroupir, courir, etc. La pratique de ce sport a entraîné nombre de décès, surtout parmi les prêtres et les Juifs qui étaient particulièrement soumis aux brimades.

Parmi ces malheureux qui ont étrenné le camp se trouvaient beaucoup de mes camarades de classe. J’ai partagé leur sort quelques mois plus tard. Arrêté par la Gestapo, je me suis retrouvé au camp de concentration d’Auschwitz après être également passé par la prison de Tarnów.

Le train pénètre sur une voie d’évitement, le bruit régulier des roues des wagons brisant le silence de la nuit nous indique que nous roulons toujours … et soudain, le silence. Les portes des wagons s’ouvrent brutalement et quelqu’un hurle de l’extérieur : « Loos ! loos ! alles raus ! verfluchte banditen » (sic).

Nous sautons les uns par-dessus les autres, du haut des wagons directement sur les SS qui forment une haie ininterrompue jusqu’à la porte d’entrée de ce qu’on appelle « bauhof » 4. Effrayés, battus, piétinés, nous nous rangeons par cinq. Après un comptage méticuleux, on nous fait entrer à l’intérieur du camp où, entassés dans une seule salle, nous avons attendu le signal annonçant le début de la journée.

Le 24 juin 1944 fut un jour mémorable dans la vie du camp. L’alarme retentit à 11 heures 45 puis ce fut l’enfer sur terre. Pendant une dizaine de minutes, les terrains jouxtant le camp furent bombardés.

Plus de 700 prisonniers et autant de civils et de militaires furent tués. Mais en même temps furent détruits les ateliers et les garages contenant tout l’équipement d’une division blindée.

Tels furent mes débuts et ceux de mes 786 compagnons amenés au camp de concentration de Oświęcim depuis la prison de Tarnów.

Et après …. Chacun de nous a connu un sort différent et malheureusement tous n’ont pas eu la chance de survivre et de retrouver la liberté. J’appartiens à ceux, très peu nombreux, qui sont restés afin de témoigner de ce qu’il s’était passé.

Nous, les prisonniers politiques, avons vécu des moments semblables, à l’exception de ces chanceux qui faisaient partie du groupe que l’on appelait « les prominents » 5. Chacune de leur vie constituait une page de l’histoire tandis que nous, masse des anonymes, nos vies ne différaient guère.

Les multiples travaux obligatoires effectués au sein des commandos de travail, avec une alimentation minimale, sous les coups et brimades des kapos, nous épuisaient et nous amenaient rapidement à l’état de « musulmans » 6.

Appel matinal. Le responsable du bloc débite une série de numéros et j’entends subitement : « 10735 ». C’est le mien et je prends peur car je ne sais pour quelle raison on me dit de me présenter devant la grille après l’appel. Effrayé, j’attends avec le groupe des autres « élus » devant la porte du chef de bloc. Qu’elles sont longues ces minutes d’attente dans l’incertitude ! Cette fois pourtant, cela valait la peine d’attendre car j’ai été muté pour le travail au D.A.V. ( Deutsche Ausristung Verke ), à la menuiserie, c’est-à-dire sous un toit.

Ô mon Dieu ! Est-ce possible ? Est-ce vrai que mes rêves se réalisent ? Merci à Vous Seigneur et à Vous Très Sainte Mère pour votre protection.

J’ai été affecté au travail dans un hall où grondaient 70 machines pendant toute la journée et où nous étions exposés à un nuage très dense de poussière de bois. En revanche, il faisait chaud et sec. J’ai travaillé avec un prisonnier de guerre russe remplacé peu après par un Français. Ensuite, suite à un accident de ce dernier, j’ai eu pour compagnon de travail, et jusqu’à la fin, Mietek venu d’Oświęcim.

Au début de l’année 1945, l’atmosphère au camp deveint tendue ; différentes nouvelles, différentes rumeurs circulent. Nos autorités – ces messieurs du « Herrenvolk » 7 – ne cachent plus leurs doutes … Notre nombre croît rapidement jusqu’à atteindre, fin mars, 66.000 unités ; nous partageons à quatre un lit étroit. On commence à entasser les nouveaux arrivants sur le territoire du D.A.V. Le travail est interrompu.

Toute notre équipe de pompiers est transférée définitivement à la menuiserie pour aider au maintien de l’ordre.

Il se passe quelque chose. Nous ressentons à la fois de la joie et de l’inquiétude. Que va-t-il se passer et comment ? Cette question que chacun se pose et dont il quémande la réponse auprès des autres, reste l’inconnue suivante.

L’évacuation du camp dure depuis trois jours. Différents groupes – grands ou plus petits – sont emmenés ; vers l’inconnu. Au début, le camp est évacué par commandos et ensuite par blocs afin que le plus grand nombre possible de détenus quittent le camp. Le 10 mars, après l’appel du soir, exceptionnellement chaotique, chacun part rejoindre son bloc. Mietek – 10945 – se précipite chez moi, énervé, porteur d’une triste nouvelle : le lendemain son bloc sera évacué.

« Sais-tu ce que cela veut dire ? Plus jamais, sans doute …. ».

Il ne put terminer sa phrase, des larmes inondèrent ses yeux. On ne se connaissait que par nos prénoms et nos numéros mais nous étions unis par la misère et le travail.

« Bien, lui répondis-je, viens ici très tôt demain matin, on verra. ».

Je ne pus fermer l’œil de toute la nuit. Les idées se bousculaient dans ma tête. Qu’allions-nous subir le lendemain ? Comment sauver Mietek ? Je me suis abandonné à la Très Sainte Mère. Elle nous protégera, Elle ne nous abandonnera pas !

Au matin du 11 avril ( sic ) 1945, la tension et l’excitation étaient à leur comble. Mietek entra brusquement.

« Et alors, on pourra faire quelque chose ? » demanda-t-il apeuré ?

Le sauver, oui mais comment ? Soudain, me vint une idée. « Viens ! ».

Dans le noir, nous entrâmes dans le hangar où l’on stockait le fer. Mietek entra dans le tas de ferraille disposé dans un coin, je lui apportai des couvertures. Je vins régulièrement lui faire part des nouvelles.

Jusque midi, 45.000 de nos compagnons furent emmenés dehors, vers l’inconnu ; pour la plupart, ce fut leur dernier voyage.

Et nous ? Nous restâmes sur place car, les troupes américaines encerclant toute la montagne, les évacuations furent stoppées à midi.

Depuis le matin, nous entendions le bruit des tirs. Le front se rapprochait rapidement. Les heures se traînaient. Interdiction de sortir du bloc. Aux fenêtres, on apercevait des visages aux yeux exorbités, à l’affût de la liberté. Vers trois heures nous remarquâmes que les troupes allemandes se repliaient rapidement depuis les bois environnants. Les tirs se rapprochèrent, nous les entendions de plus en plus distinctement, les balles sifflaient au-dessus des blocs.

Soudain … à 16 heures, on entendit un cri dans le camp, un cri de bonheur.

Je me précipitai vers le portail … je regardai …. un drapeau blanc y flottait déjà. Le portail était ouvert. Je courus vers le hangar où se trouvait mon ami et je lui hurlai : « Mietek !!! Mon Dieu !!! La Liberté !!! »

Cette date du onze avril mille-neuf-cent-quarante-cinq, aucun de nous ne l’oubliera jamais.

Ce jour sera pour moi, et pour nous tous qui avions survécu au camp, un jour mémorable pour le reste de notre vie. Nous l’avions attendu ô combien d’années !! Nous l’avions attendu, nous en avions douté, nous en avions rêvé. Et ce jour était arrivé.

Je ressentis une immense satisfaction, plus grande sans doute à cet instant que la joie même de vivre. J’étais satisfait d’avoir survécu. Satisfait qu’Hitler ne vivait plus, que l’hitlérisme était mort, que la bête avait été abattue. Que les miens avaient été vengés et que moi je vivais la défaite de leurs meurtriers.

De tous les blocs se répandirent des foules de gens qui hurlaient de joie, couraient vers le portail, n’en croyant ni leurs yeux ni leurs oreilles qu’ils avaient vécu assez longtemps pour retrouver la liberté. Ce n’est qu’à 18 heures que le premier char américain pénétra dans le camp. Eux seuls, nos premiers libérateurs, sont à même de décrire la joie qu’ils ont vue et les cris qu’ils ont entendus.

Les prisonniers – non, plus des prisonniers mais, à nouveau, des hommes libres – embrassent l’acier du tank, embrassent les mains des Américains, se hissent sur leurs orteils afin de pouvoir les toucher, leur serrer la main.

Le lendemain matin, NOUS avons organisé l’appel. Il restait 21.000 prisonniers vivants et un grand nombre de morts qui n’avaient pu survivre jusqu’à ce jour tant désiré : le jour de la LIBERTE.

Après l’appel, les groupes se rassemblèrent : Polonais, Français, Russes, Tchèques, Belges, Hollandais. Des drapeaux apparurent, des chants se firent entendre, des hymnes retentirent, les premiers hymnes indépendants à Buchenwald (sic). Les gens chantent et pleurent. Même ceux qui, confrontés à ces nombreuses années de mort, sont restés sans pleurs ne peuvent retenir leurs larmes et n’ont pas honte de ces larmes versées devant la vie renaissante.

Au-dessus du groupe des Polonais flotte le drapeau blanc et rouge et on entend un chant : … Póki my żyjemy …8

Les soldats américains, debout sur leurs chars, saluent les drapeaux et les hymnes et ils nous saluent.

Par les larmes et les chants, le regard s’échappe à travers ce portail grand ouvert qui annonce la liberté et la vie, et se porte plus loin vers les sommets et même au-delà, vers le nord, vers l’est, là où se trouve la POLOGNE !!!!!

1 : NdT : à rapprocher des vers célèbres d’Adam Mickiewicz dans Pan Tadeusz  (Messire Thadée)

Litwo, Ojczyzno moja! ty jesteś jak zdrowie ;        Lituanie, ô ma patrie ! Tu es comme la santé;

Ile cię trzeba cenić, ten tylko się dowie,                Seul celui qui te perdra, pourra découvrir
Kto cię stracił.                                                       Combien il faut t’apprécier.

2 : NdT : Le Gouvernement général de Pologne est une entité administrative mise en place sur la partie du territoire de la République de Pologne contrôlée – mais non incorporée – par le Troisième Reich, selon le décret signé par Hitler le 12 octobre 1939. Le Gouvernement général fut confié au Reichsleiter Hans Frank, nommé pour l’occasion Gouverneur Général de Pologne.

3 : « Le travail rend libre »

4 : NdT : Bauhof est un espace de stockage pour les matériaux de construction et les machines des entreprises de construction et des administrations.

5 : NdT : Prominent : privilégié, personnage important, doyen, chef de Bloc, chef de chambrée, Kapo et sous-Kapo ; personnalité.

6 : NdT : L’état de Musulman est caractérisé par l’intensité de la fonte musculaire ; il n’y a littéralement plus que la peau sur les os. On voit saillir tout le squelette et, en particulier, les vertèbres, les côtes et la ceinture pelvienne. Cette déchéance physique s’accompagne d’une déchéance intellectuelle et morale. Elle en est même souvent précédée. Lorsque cette double déchéance est complète, l’individu présente un tableau typique. Il est véritablement sucé, vidé physiquement et cérébralement. Il avance lentement, il a le regard fixe, inexpressif, parfois anxieux.

7 : NdT : La race des seigneurs est un terme inventé par les Nazis. «Les individus de « sang allemand » appartenaient à la « race des seigneurs » promise à un destin particulier et héroïque, et avaient donc le droit, dans leur recherche « d’espace vital », de soumettre, dominer ou exterminer les autres « races et peuples. »  Source : Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

8 : NdT : L’hymne national polonais est le « Mazurek Dąbrowskiego » – « La mazurka de Dąbrowski ». Les paroles ont été écrites en 1797 par Józef Wybycki. L’auteur de la mélodie, basée sur les motifs d’une mazurka du folklore, est inconnu. Le « Mazurek Dąbrowskiego » a été adopté en tant qu’hymne national le 26 février 1926.

Il commence par ces mots : « Jeszcze Polska nie zginęła, kiedy my żyjemy » – « La Pologne n’a pas encore disparu, tant que nous vivons ». Beaucoup de gens déforment le deuxième vers et remplacent « kiedy » par « póki ».

Un immense merci à André Karasinski pour ce travail titanesque de traduction.

06/11/2017

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0977 : Cimetière d’HOUDENG-GEOGNIES : La tombe de Mr et Mme Bardo.
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0978 : Cimetière d’HOUDENG-GEOGNIES : La tombe de Mr et Mme Bardo.
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0979 : Cimetière d’HOUDENG-GEOGNIES : La tombe de Mr et Mme Bardo.
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0980 : Cimetière d’HOUDENG-GEOGNIES : La tombe de Mr et Mme Bardo.
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0981 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 31 : Pan Zbigniew Bardo.
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0982 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 32 : Pan Zbigniew Bardo.
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0983 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 33 : Pan Zbigniew Bardo.

 

0138 – Ks Kurzawa raconté par Ks Kurzawa

Le texte d’aujourd’hui est historique et majeur.

En effet, si personne n’ignorait que Notre Directeur emblématique, Ks Kurzawa, avait « séjourné » dans les camps de concentration durant la guerre, très peu d’entre nous ont entendu le prélat en parler. C’est un sujet qu’il évitait. À titre personnel, je ne l’ai entendu qu’une seule fois évoquer cet épisode si douloureux. Je ne sais plus à quelle occasion, il m’avait expliqué que ses tortionnaires les avaient obligés lui, et ses compagnons d’infortune, à déplacer une montagne de cailloux vers l’autre extrémité du camp. Quand la montagne fut complètement reconstruite de l’autre côté, l’ordre a été donné de la replacer dans l’endroit initial. C’était le mythe de Sisyphe réinventé par les nazis.

Le texte d’aujourd’hui, est un extrait d’un livre : « Biografia byłych więźniów politycznych niemieckich obozów koncentracyjnych » ( Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands ).

Ce livre, de 1974, écrit en polonais et édité aux États-Unis, à Philadelphie, retrace le calvaire de 100 prisonniers des camps de la mort. Chacun d’eux explique, avec ses propres mots et son propre ressenti, ses années de profonde misère. Parmi ces 100 martyrs, il y en a deux que nous connaissons très bien : Ks Kurzawa et Zbigniew Bardo. C’est d’ailleurs extraordinaire que ces 2 personnages, qui ont tant marqué Comblain-la-Tour, se retrouvent ensemble dans pareil ouvrage. On y trouve aussi le témoignage de Józef Zaniewski qui a été actif, après la guerre, au sein de la communauté polonaise d’Anvers. Nous le connaissons sans doute moins – et nous n’arrivons pas à retrouver des membres de sa famille ou de ses amis qui pourraient nous le faire découvrir. Rappelez-vous cependant : au moment de l’achat du domaine de Comblain-la-Tour, il a fait un prêt d’une durée de 15 ans pour un montant de 100.000 FB. ( voir document 60 du blog « Anciens de Comblain » daté du 2 mai 2016 ).

Une fois de plus, c’est notre ami André Karasinski qui a traduit ce texte si précieux. Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ces quelques mots d’André quand il m’a transmis sa traduction :

« Bonjour Jean-Pierre, comme toi, j’ai été ému et bouleversé en lisant le témoignage de Ks Kurzawa ; mais aussi déconcerté, décontenancé. Sa narration est à la fois très dure, car les événements qu’il a vécus ont été atroces et remplie d’espoir et de confiance dans l’avenir. Que dire de l’humour qui ne l’a pas quitté dans ces moments où beaucoup ont plongé dans le désespoir le plus profond. Cet humour et sa foi en la bonté de Dieu l’ont aidé à surmonter l’insurmontable. Sur les plans intellectuel et humain, ce texte est un des plus beaux qu’il m’a été donné de lire… Je vais m’attaquer à la traduction du récit de Zbigniew Bardo. Il donne une autre vision de la même expérience de vie traumatisante. Les deux ressentis s’entrecroisent, se rejoignent, se complètent. Ils doivent être portés tous les deux à la connaissance des Anciens de Comblain. Alors qu’ils auraient pu se refermer sur eux en maudissant le genre humain, nos deux devanciers courageux et exemplaires se sont dévoués pour leur communauté et particulièrement pour sa jeunesse. Et nous avons profité du fruit de leur travail. Amitiés. André ».

Je me dois d’ajouter que ce témoignage unique nous a été confié par Géniu Perzyna. En effet, si ce livre a été offert par l’éditeur à chaque co-auteur, Ks Kurzawa a offert son exemplaire à Géniu. Merci à lui pour cette découverte.

Voici donc le texte écrit par Ks Kurzawa. C’est Ks Kurzawa raconté par Ks Kurzawa.

Il y explique son calvaire, l’assassinat, par les allemands, de son propre frère et aussi comment il a commencé, dans sa tête à construire l’église qui sera érigée à Ressaix quelques décennies plus tard.

Ce texte est plus long que d’habitude … mais comment aurions-nous pu l’interrompre ?

Le 02/10/2017 – André Karasinski et Jean-Pierre Dziewiacien

Bribes de souvenirs … par le Père Bolesław Kurzawa – Belgique

J’ai dû me faire violence pour écrire quoi que ce soit sur les camps de concentration.

En effet, se remémorer implique de retourner vers ces lieux horribles, vers ces temps et ces gens à la frontière de l’inhumain. De revenir, en outre, en costume rayé et redevenir un numéro anonyme avec lequel on remplit un bloc, une unité de travail et que l’on dénombre lors de la distribution d’un maigre bouillon qui ne nourrit pas … Et pourtant, lorsque j’étais au camp, je brûlais du désir de faire connaître au monde tout ce qui s’y passait.

Dès la fin de la guerre, la Pologne a connu une des occupations parmi les plus épouvantables et les plus barbares mais la nation ne fut pas vaincue.

7 novembre 1939. Au retour d’une tentative d’exode en direction de Varsovie – Lublin, je me suis retrouvé à Włocławek avec un petit groupe de séminaristes. A l’exception de la bibliothèque, tous les bâtiments du séminaire étaient occupés par l’armée allemande. Nous logions dans la bibliothèque. Nous avions entamé le sauvetage des livres en les transportant en un lieu sûr car les Allemands avaient commencé à les brûler dans la cour intérieure. Nous avions travaillé jusqu’au soir dans la poussière, la transpiration perlant sur nos fronts, afin de terminer le travail au plus vite et sauver ainsi les œuvres les plus précieuses de l’inestimable bibliothèque des abbés Chodyński.

Ce jour-là, au matin, Monseigneur l’évêque Michał Kozal et le Père recteur Dr Korzyński avaient obtenu des autorités allemandes l’autorisation d’entamer une année académique au séminaire. Le soir de ce même jour, à 21 heures, nous avons tous été arrêtés : séminaristes, professeurs, l’évêque, les prêtres de Włocławek. On nous a donné 15 minutes pour faires nos bagages ! Seule recommandation des auxiliaires de police : emporter valeurs et argent liquide.

« Et les couvertures ? » demandons-nous,
« Vous pouvez» nous répond-on.
« Motif de notre arrestation ?»
« Vous partez en formation».
« Où ?»
« On ne sait pas».

C’est à ce moment-là que m’est revenu à l’esprit le proverbe appris par cœur au cours de langue allemande : « Wer einmal lügt, dem glaubt nicht, wenn er auch die Wahrheit spricht » ( traduction : On ne croit pas un menteur même lorsqu’il dit la vérité ). Ainsi donc, pensais-je, ceux qui ont menti ce matin, ne disent probablement pas la vérité ce soir.

Exactement 15 minutes plus tard, escortés par la police allemande, nous sortîmes du séminaire. En passant devant la chapelle, le groupe s’agenouilla et pria dans un grand recueillement. Ce fut un assaut vers le ciel et un appel vibrant à l’Aide divine. Après cette courte prière, naquit en moi une grande confiance dans la divine Providence ainsi qu’une paix profonde ; j’aurai suffisamment de force pour supporter le plus dur.

Un peu plus tard, la porte de fer de la prison de Włocławek se referma sur nous. On ne peut décrire par des mots ce que ressent un individu dont le seul fait d’être Polonais, prêtre, d’aimer son pays et son peuple, de les servir honnêtement, devient subitement une faute.

Chaque crissement de la clef ouvrant ou fermant la porte de notre cellule ravivait et renforçait le sentiment que la dignité humaine et que les droits humains les plus élémentaires étaient bafoués. Nous étions entassés à une cinquantaine dans l’ancienne chapelle, petite et vide, de la prison. Nous dormions à même le sol ; les manteaux servaient de couverture et la couverture, pour celui qui l’avait emportée avec lui, faisait office de couchage. Après plusieurs jours, nous reçûmes un peu de paille. Mgr Kozal était dans une cellule séparée.

Dans le registre de la prison, notre groupe était qualifié de « Sicherheitsschutzgefangenschaft » ( traduction : Détention pour des raisons de sécurité et de protection ). Que signifiait cette longue expression ? Selon l’explication sophistiquée de l’agent pénitentiaire, cela signifiait que s’il se passait quelque chose à Włocławek le 11 novembre, nous serions alors en sécurité sous la protection du Reich !

La vérité était tout autre : nous étions des otages et s’il advenait quelque chose lors de la fête du 11 novembre, nous serions fusillés. Du reste, le 11 novembre de nombreuses exécutions nocturnes eurent lieu dans la prison de Włocławek.

Au travers des fenêtres de notre prison, nous observions les mouvements des trains et voyions comment les Allemands pillaient la Pologne ainsi que le nombre de choses que, durant des mois, ils s’autorisèrent à emporter.

De tristes nouvelles nous parvenaient de la ville : la terreur y faisait rage. La population polonaise ne pouvait utiliser les trottoirs, elle devait marcher au milieu de la rue. L’usage de la langue polonaise était interdit. L’édition de livres et la parution de la presse étaient également prohibées ; les écoles polonaises étaient fermées. Les instituteurs étaient arrêtés. Seul paraissait un magazine allemand : « Leslauer Bote ».

Le quartier le plus pauvre « Grzywno » avait été détruit par le feu. La population était maltraitée et emprisonnée sans raison. On racontait aussi comment un groupe de personnes amenées dans la cour de notre prison furent alignées contre le mur, furent battues et obligées de se cogner la tête contre le mur … Des photos de ces événements paraissaient dans les journaux allemands avec la légende : « polnische Verbrecher » ( traduction : Criminels polonais ).

Le 16 janvier 1940, la température était très basse, une tempête de neige faisait rage. On nous a transférés à l’abbaye cistercienne des pères Salésiens à Ląd. Nous y fûmes internés et coupés du monde ; nous étions privés de liberté mais avions, au moins la possibilité de poursuivre nos études. Nous recevions par différents canaux des nouvelles du diocèse et du monde. Subitement, après la Fête-Dieu, un messager secret apporta à Mgr  l’évêque la nouvelle de l’exécution à Osięciny, dans la nuit du 23 mai, de deux prêtres: mon propre frère Józef et le chanoine Matuszewski. Apparemment, leur seul crime avait été l’organisation la procession de la Fête-Dieu à l’extérieur de l’église. Ce fut pour moi un choc très douloureux.

Le 26 août, jour de la fête de Notre-Dame de Częstochowa, notre séjour « bucolique » à Ląd prit fin de manière surprenante. Au matin, subitement, nous vîmes apparaître des SS enragés. Des voitures noires, semblables à des corbillards, s’arrêtèrent près du bâtiment. Comptage. Deux personnes manquent à l’appel. Menaces d’exécution.

Très vite, nous nous sommes retrouvés dans le camp de transition de Szczeglin, près d’Inowrocław.

Trois jours derrière les barbelés. A nouveau on nous a fait part des sévices atroces qu’on fait subir les colons allemands aux personnes arrêtées et envoyées au travail forcé. Pour le moindre manquement, voire même sans raison, les gardiens frappaient avec des triques en noisetier. Ceux que l’on achevait à coups de bâton étaient enterrés dans le jardin. J’ai pensé à m’évader mais ce n’était pas envisageable et encore moins possible.

Le 29 août, nouveau départ vers l’inconnu : à pied jusque Inowrocław, puis en train jusque Berlin.

Les SS  se comportaient avec nous de façon  de plus en plus brutale. De Berlin, on nous a envoyés plus loin,  dans des voitures noires ornées d’une tête de mort. Mais où allons-nous ? Où allons-nous ? En cours de route nous déchiffrons l’inscription sur un poteau indicateur : Oranienburg. Ensuite un bois. Dans le bois, des baraquements. Les voitures s’arrêtent. Qu’est-ce que c’est ? Nous n’en croyons pas nos yeux. « Koncentrazionslager Sachsenhausen ». Porte cochère métallique surmontée par l’inscription : « Arbeit macht frei » ( Traduction : Le travail rend libre ). Est-ce vrai ? Un camp de concentration ? Pour quel motif ? Pour quel motif ? Et qu’est-ce qu’un camp de concentration ?

Sous les coups et les cris des gestapistes : « los, los », nous entrâmes dans un camp de baraquements extrêmement propre. Cet ordre et cette propreté contrastaient de manière choquante avec ce qui s’y passait. Oui, même l’ordre et la propreté peuvent mentir !

C’était la nuit. Le camp était fortement éclairé. Les prisonniers dormaient déjà. En ce moment, ils étaient au moins libres en songe ! On nous a emmenés dans notre baraquement via la place d’Armes, immense et vide. Nous avons pu remarquer sur cette place les allers-retours effectués en courant par des prisonniers en costume rayé, les coursiers « Läufer ». Il fallait toujours traverser la place en courant – « im Laufschritt ». Lorsque je vis ces prisonniers-coureurs, j’eus l’impression qu’ils étaient fous. Nous reçûmes de la soupe du camp, soupe que personne ne but.

Le deuxième sentiment désagréable ressenti au camp le fut à la vue des gens tirant des charrettes – image parfaite de l’esclave du XXe siècle. Par la suite, je ressentis beaucoup d’autres émotions, ô combien horribles.

Le camp fut une réinvention de la machine à déshumaniser l’homme, un procédé complexe de fabrication d’une mentalité d’esclave. Tout ce qui s’y passait était subordonné au principe suivant : l’homme est un numéro, sans aucune valeur. Ici, on lui retirait tout : son nom, ses vêtements, ses effets personnels et le droit à un traitement humain. La faim constante, le froid, le travail souvent absurde et les chicaneries continuelles ainsi que l’incertitude liée au sort faisaient partie intégrante des journées sombres du prisonnier.

L’hôpital, appelé « rewir – le quartier » faisait aussi partie du système hypocrite du camp. On y soignait les blessures, on y mesurait la fièvre provoquée par la faim, le froid, le travail éreintant, les coups, … Et en même temps, c’était là que l’on constatait le bon fonctionnement de l’appareil de destruction des gens.

La seule admission au « quartier », à condition d’avoir de la fièvre ou d’être blessé, se déroulait selon un cérémonial qui, pour nous les prisonniers, était amusant. Après l’appel du matin, les malades étaient conduits en colonne. Ils attendaient dans le froid, la pluie et le gel, debout pendant des heures, quel que fût le temps. Et le froid à Sachsenhausen était intense ! Outre les prisonniers, les infirmiers, des médecins SS exerçaient à l’hôpital. Ils arrivaient plus tard. A leur arrivée, les ordres tombaient : Achtung ! Kehrt um ! Mützen ab ! Garde à vous ! Demi-tour ! Otez vos bonnets ! Comme ils interdisaient aux prisonniers de les regarder, les malades leur rendaient donc les honneurs en leur tournant le dos, avec mépris. Cette cérémonie nous causait beaucoup de satisfaction. Pour un instant, elle nous exaltait littéralement. Nietzsche y aurait trouvé une illustration parfaite pour son « Umwertung aller Werte » ( Traduction : Renversement ( ou réévaluation ) des valeurs ou encore transvaluation de toutes les valeurs ).

En nous imposant un travail pénible, inutile souvent et improductif, on nous détruisait physiquement et moralement. Ainsi, en automne 1940, on nous a obligés à porter une brique, les bras tendus, d’un endroit à un autre. Interdiction absolue d’alléger la tâche de quelque manière que ce soit en utilisant un fil ou un bout de ficelle ou en plaçant du papier. Toute la colonne de prêtres, entourée de gardiens, se déplaçait lentement, pas après pas, dans la pénombre. Sous les effets combinés de la fatigue et du froid, les mains s’engourdissaient, défaillaient, tout le corps, à peine protégé par le treillis à rayures, se raidissait. Une question nous obsédait : « Pourquoi faisons-nous cela ? ». Nos tortionnaires le savaient : c’était du mépris, de la torture mentale ! Afin de ne pas me soumettre à cette ineptie, afin de me calmer, de ne pas me révolter, je cherchais ma propre réponse, ma raison d’être.

Je l’ai trouvée grâce à mon imagination et ma réflexion : «  Avec cette brique que tu portes dans tes mains, tu bâtis une belle, une superbe église en action de grâce pour ton salut. Manqueras-tu de force pour la réalisation d’une telle œuvre ? ». Et toute la journée, en pensée, j’étais libre … Je faisais ce qu’on me disait de faire au camp mais dans un autre but, fictif en réalité, mais choisi par moi. Et cet objectif, pour un temps, a mobilisé toutes mes ressources dans le seul but de survivre.

Un peu avant la Noël est arrivé l’ordre de transférer tous les prêtres à Dachau. « Comment cela va-t-il se passer là-bas ? ». Mais le plus important, en ce moment, c’était que quelque chose changeait dans nos vies. Lorsque le 14 décembre notre train s’arrêta à la gare de Dachau, nous confiâmes notre sort futur entre les mains de la Mère de Dieu. À la stupéfaction des SS et de la population locale, de plusieurs centaines de poitrines jaillit le cantique « Serdeczna Matko » ( Mère Affectueuse ), Et à nouveau nous fûmes face à la porte cochère surmontée de la même inscription qu’à Sachsenhausen : « Arbeit macht frei ».

De l’autre côté de la porte, c’était plus ou moins la même chose, à l’exception du climat qui me paraissait plus supportable et de l’organisation du camp dont le fonctionnement interne dépendait de communistes allemands et de prisonniers de longue date qui, pour certains, avaient connus les débuts des camps en Allemagne. Nous retombâmes dans le système retors et hypocrite du recensement et des mensonges. Nous venions d’arriver et on s’inquiétait déjà de la cause de la mort à communiquer à nos familles si notre carrière de prisonnier devait s’achever ici. On nous pèse, et comment ! Ce n’est pas pour cela qu’on nous donnera une ration supplémentaire de pain s’il nous manque quelques kilos. On nous mesure. On définit même notre type anthropologique. Ensuite, des lèvres des bureaucrates SS, fusent les questions suivantes : « De quelles maladies avez-vous souffert ? A quelles maladies êtes-vous sujet ? Quelles sont les maladies infantiles dans votre famille » …

On m’a attribué le numéro 22.817. Au début, tous les prêtres, et puis, presque tous les prêtres, ont été affectés aux tâches les plus dures et les plus difficiles « dans les plantations ». Personnellement, le sort m’a un peu souri par la suite car pendant un temps j’ai travaillé dans la menuiserie, « à l’intérieur », ce qui était le rêve de chaque prisonnier.

Dans ce camp également, le travail était planifié pour épuiser et exterminer physiquement et moralement mais après la déroute de Stalingrad, il a été décidé d’exploiter nos forces pour un travail productif et utile.  Nous devions à ce fait providentiel l’autorisation de recevoir des colis en provenance de nos familles. Mais après un certain temps, les colis aussi disparurent. Et s’ensuivirent, à nouveau, une grande famine, le typhus, des jours de grande terreur.

Les gens tombaient comme des mouches et parmi eux des personnes de grande valeur : le séminariste Tadeusz Dulny, le prêtre Frelichowski, l’évêque Kozal, le prélat Kaczorowski, … et beaucoup, beaucoup d’autres. En général, de nombreux intellectuels polonais périrent à Dachau.

Si, d’une part, nous étions effarés par la rapidité avec laquelle les gens périssaient, nous étions étonnés, d’autre part, par les résistances morale et physique miraculeuses d’un grand nombre de prisonniers face à tout ce qu’ils subissaient au camp.

La dernière période de notre vie à Dachau a été très dramatique. La guerre touchait à sa fin. Le front se rapprochait. La liberté approchait et notre vie était très incertaine et menacée. « Qu’est ce qui nous attend ?  Soit nous allons périr pendant l’évacuation du camp, soit les SS vont nous exterminer dans le camp avant de se rendre ». Des évacuations fictives furent organisées. Nous, les prêtres, célébrâmes une neuvaine à Saint-Joseph. Le dernier jour de la neuvaine tombait le dimanche 29 avril 1945. Ce fut le jour de notre libération.

Ks Kurzawa

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0930 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Couverture.
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0931 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Exemplaire de Ks Bolesław Kurzawa.
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0932 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Comité de rédaction.
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0933 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 140 : Ks Bolesław Kurzawa.
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0934 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 141 : Ks Bolesław Kurzawa.
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0935 : Biographie d’anciens prisonniers politiques des camps de concentration allemands : Page 142 : Ks Bolesław Kurzawa.

 

0132 – Le clergé

À Comblain, nous étions régulièrement « confrontés » au clergé polonais. Ks Kurzawa, évidemment, était omniprésent – comme directeur de la colonie – entre 1961 et 1979. Ks Kiek, est venu très souvent pour le seconder. À partir de 1980, Ks Ryszard Sztylka a remplacé Ks Kurzawa ( photos 870 et 871 ).

Mais d’autres ecclésiastiques polonais ont joué également un rôle important dans l’existence du Centre Millénium … dès le début du projet. On a déjà expliqué l’implication de Ks Karol Kubsz, alors recteur de la mission catholique polonaise, dans l’achat de la maison ( voir article 60 ). Les recteurs suivants ont maintenu des liens étroits avec la PMSz ( Macierz Szkolna Wolnych Polaków w Belgii ) propriétaire du lieu.

Personnellement, celui dont je me souviens le plus, c’est Ks Repka. Nous l’avons vu régulièrement à Comblain.

D’autres prêtres se sont impliqués aussi, notamment ceux qui dirigeaient des paroisses dans la Province de Liège et qui avaient l’avantage de la proximité, comme Kz Szymurki, par exemple. D’autres, ne venaient que pour concélébrer des messes. D’autres enfin, contribuaient à la mesure de leurs capacités, comme ceux, par exemple, qui « chargeaient », dans leur voiture, les enfants et qui les conduisaient à Comblain-la-Tour pour les colonies.

Kz Okroj ( photo 869 ) était de ceux-là. Mais le voyage devenait alors … assez pénible. Entassés trop nombreux dans la petite coccinelle, tous les bagages sur les genoux, il fallait en plus chanter « comme à l’église ».
Quel soulagement d’arriver enfin à Comblain. Mais Kz Okroj a su garder un capital de sympathie important … surtout auprès des enfants et de certains fidèles. Doté d’une grande douceur et d’une extrême gentillesse, Kz Okroj avait un débit très rapide  lorsqu’il s’exprimait et lorsqu’il célébrait la messe, elle n’en était que plus courte de quelques minutes ( ce qui  n’était pas pour nous déplaire … )

Parfois, c’est l’autorité de l’église qui débarquait. Les photos 872, 873, 874 et 875 illustrent une de ces visites.

Ce jour-là, c’est l’Evêque Monseigneur Władysław Rubin qui était en visite. Remarquez que sur la photo 872, à la droite de Monseigneur, c’est Francine Zalobek … déjà … On reconnaît aussi, à l’arrière, Ks Repka.

Monseigneur Władysław Rubin ( né le 20/09/19 ; décédé le 28/11/90 ), a été nommé Evêque en 1964 et Cardinal en 1979. Ces photos datent de 1964. Monseigneur Rubin fut, de 1964 à 1980, le délégué du Primat de Pologne Stefan Wyszynski en charge de l’immigration et des réfugiés polonais et des prêtres polonais à l’étranger. Avant lui, cette mission avait été confiée à Mgr Józef Gawlina et après lui à Mgr Szczepan Wesoły.

Mais incontestablement, le jour de l’année où le parc était le plus « envahi » par les curés, c’était les jours du pèlerinage à Banneux. Ces jours-là, toute la communauté polonaise qui s’était réunie à Banneux, venaient se restaurer à Comblain. Évidemment, tout l’encadrement suivait.

Pour être complet, il faudrait aussi signaler que de temps en temps, nous étions rejoints tantôt par un moine, tantôt par des « ma chère sœur » qui débarquaient d’on ne se sait où.  Ah, oui, il y avait aussi les séminaristes … mais ça … c’est une autre histoire.

Encore un dernier mot, ce 14 septembre n’oubliez pas d’avoir une petite pensée émue pour Notre Ks Kurzawa. C’est son anniversaire … il aurait eu 105 ans … eh oui … il était né sous le signe de la vierge.

21/08/2017 – JP Dz

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0869 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Le clergé en route vers le réfectoire : Ksiadz Kurzawa ; Ksiadz Okroj ; Mr Paterka ; Georges Załobek ; Richard Chwoszcz ; Irène Malek ; Hélène Piech ; … ; ( ? ).
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0870 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1980 : Le clergé, dans le parc : Eddy Kamynski ; André Warchulinski ; Pascal Łagocki ; Georges Załobek ; Henri Zapałowski ; Ks Ryszard Sztylka ; Richard Chwoszcz ; Philippe Rouls.
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0871 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1980 : Le clergé, lors d’un cours de moniteur : Hélène Piech ; Anne-Marie Kantyka ; ( ? ) ; Ks Ryszard Sztylka ; ( ? ) ; ( ? ).
0872
0872 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1964 : Visite de Mgr Władysław Rubin : ( ? ) ; … ; Francine Załobek ; l’Evêque Monseigneur Władysław Rubin ; ( ? ) ; Ks Repka ; Mme Koldziejka ; Ks Kurzawa.
0873
0873 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1964 : Visite de Mgr Władysław Rubin : Mr et Mme Wilczek ; Francine Załobek ; l’Evêque Monseigneur Władysław Rubin ; Ks Kurzawa ; ( ? ).
0874
0874 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1964 : Visite de Mgr Władysław Rubin : Mr Wilczek ; l’Evêque Monseigneur Władysław Rubin ; Ks Kurzawa ; ( ? ).
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0875 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1964 : Visite de Mgr Władysław Rubin : ( ? ) ; …; ( ? ) ; l’Evêque Monseigneur Władysław Rubin ; ( ? ) ; Francine Załobek ; Mme Koldziejka.

 

0122 – Bolek

Le 4 juillet prochain, n’oubliez pas d’avoir une pensée émue pour celui que nous surnommions affectueusement : « Bolek ». Ce sera le 16ème anniversaire de son décès.

Nous avions déjà pour lui un profond respect. Après avoir lu ce qui suit, sa biographie, je suis sûr, que chacun d’entre vous éprouvera une immense fierté … Ce fut un grand Monsieur avec qui nous avons eu l’occasion de partager tant de chose.

Biographie de Monseigneur B. Kurzawa, protonotaire apostolique – Texte original en polonais1

Kurzawa Bolesław – prêtre du diocèse de Włocławek. Né le 14 septembre 1912 à Pieczyska près de  Kalisz. Fils de Jan et de Józefa née Archańska.  Après ses études secondaires à Kalisz et l’obtention du baccalauréat, il a étudié pendant un an à l’école des officiers de réserve de Szczypiorno. Ensuite il est entré au Grand séminaire de Wloclawek. En tant que diacre, le 7 novembre 1939, il a été arrêté par la Gestapo avec un groupe de séminaristes, de professeurs du séminaire et de l’évêque Michał Kozal. Emprisonné d’abord à Ląd et Szczeglin, il fut transporté le 29 août 1940 au camp de concentration de Sachsenhausen, puis le 14 décembre 1940 à Dachau.

Après la libération, le 29 avril 1945, il se rendit à Paris où, le 29 Juillet de la même année, il fut ordonné prêtre par l’évêque de Włocławek Karol Radański. Aumônier des réfugiés polonais dans un camp à Vevey ( Suisse ), il s’est rendu à Fribourg et a entamé des études théologiques, obtenant son doctorat en 1951. Vu le refus des autorités de la République Populaire de Pologne pour un retour au pays, il a entrepris des études de philosophie à l’université de Louvain, études couronnées par le titre de licencié en philosophie scholastique.

Parallèlement, durant les années 1951-1954 il a été aumônier des militaires polonais à Gand, St. Nicolas, Anvers et dans la région minière du Centre. Devant le manque persistant des autorités d’une autorisation pour retourner en Pologne, Il a rejoint la pastorale des Polonais en Belgique, dans la région du Centre ( Saint Vaast, Boussoit, Ressaix ). Il fonde des écoles pour les enfants polonais. A Levant-de-Mons ( sic ), dans des bâtiments cédés par le curé belge, outre l’école, il crée le club polonais. Il a acheté le terrain à Ressaix, y a initié la construction de l’église dédiée à Saint Maximilien Kolbe, y a construit un presbytère.

En 1981, il est devenu recteur de la Mission catholique polonaise en Belgique mais n’a pas renoncé à accomplir ses fonctions pastorales dans le Centre, continuant à gérer le Foyer Saint Maximilien Kolbe à Ressaix et à favoriser l’intégration socio – culturelle de la diaspora polonaise de Belgique.

Durant son rectorat la Pologne a connu les remous sociaux et le soulèvement de « Solidarnośċ »,  l’instauration de la loi martiale et, suite à ces événements, une autre vague d’émigration du pays. Il est venu en aide aux militants de « Solidarnośċ ».  Il a lancé des appels à ses compatriotes de Belgique afin de venir en aide aux arrivants et à tous ceux qui étaient restés au pays. Il a pris contact avec le directeur de l’antenne de « Solidarnośċ » à Bruxelles, Jan Kułakowski. Il a fait parvenir au pays la littérature paraissant à l’étranger qui ne pouvait pas apparaître en Pologne. Il a accueilli des militants ayant réussi à émigrer et a organisé leur séjour.

Son attitude a provoqué la réaction des évêques belges qui, après l’instauration de la loi martiale en Pologne, ont publié le 17 décembre 1981 leur « Appel pour la Pologne » tandis que le cardinal Danneels Godfried, primat de Belgique, a célébré une messe à l’intention de la Pologne, le 20 décembre à 10 heures en la cathédrale des Saints Michel et Gudule à Bruxelles. Il a demandé également aux évêques belges d’intervenir auprès des autorités polonaises au sujet de la disparition du père Jerzy Popiełuszko.

En 1995, en reconnaissance des services rendus à l’Eglise, il a été élevé à la dignité de protonotaire apostolique. Il est décédé le 4 Juillet 2001 pendant son congé au pays. Il est enterré dans le cimetière paroissial de Brzeziny près de Kalisz.

  • SZYMAŃSKI, Józef. T.1. Duszpasterze Polonii i Polaków za granicą, p. 85-87.

Lublin 2010. BIBLIOTEKA Ośrodka Archiwów, Bibliotek i Muzeów Kościelnych Katolickiego Uniwersytetu Lubelskiego Jana Pawła II Nr 16 .

Texte traduit par André Karasinski – Un tout grand merci à lui.

Un tout grand merci aussi à Casimir Nowicki.

Pour les Anciens de Comblain, Casimir a retrouvé la tombe de Ks Kurzawa et y a déposé une gerbe de fleurs. Je suis sûr que le prêtre a du trésaillir de plaisir en voyant arriver Casimir et son épouse.

« Si vous aussi, vous en avez l’occasion, je vous invite à lui rendre visite. La tombe de Ks. Kurzawa se trouve dans la localité de Brzeziny ( Kaliski ) au sud, sud-est de la ville de Kalisz et à 25 km de celle-ci et à 100 km à l’ouest  de Lodz. Plus simplement expliqué : sur la carte trouver Lodz et à gauche de Lodz trouver Kalisz et légèrement en bas et à droite Brzeziny ».

Casimir Nowicki

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0794 : MONTAIGU – 07/06/1954 : Pèlerinage de la communauté polonaise de St Niklaas : … ; Ks Kurzawa ; …
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0795 : COMBLAIN-LA-TOUR – 28/07/1966 : Dans le parc : Ks Kurzawa.
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0796 : RESSAIX – ??/05/1970 : Pendant la messe : Ks Kurzawa.
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0797 : RESSAIX – 1977 : L’église Saint Maximilien Kolbe, construite par Ks Kurzawa.
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0798 : BRZEZINY ( KALISKI ) : La tombe de Ks Kurzawa.
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0799 : BRZEZINY ( KALISKI ) : La tombe de Ks Kurzawa.
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0800 : BRZEZINY ( KALISKI ) : La tombe de Ks Kurzawa : Casimir Nowicki.
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0801 : BRZEZINY ( KALISKI ) : La tombe de Ks Kurzawa : Casimir Nowicki.
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0802 : Ks Kurzawa : biographie.