« Pour moi, notre Comblain, c’est le plus beau village
Le plus beau village qu’on puisse rencontrer
Tout autour de nous.
Nulle part vous ne trouverez plus fraîches jeunes filles
Plus vigoureux jeunes gens, ni plus éveillés.
La joie est semée sur tous les villages
Là où on aime rire, se plaire et chanter. »
Ce n’est pas moi qui aie écrit ces quelques lignes … c’est un poète natif de Comblain-la-Tour : Joseph Huberty. Et ce n’est pas moi, non plus, qui dirais le contraire.
Il avait raison, ce brave Joseph, nulle part ailleurs il n’y avait d’aussi belles filles qu’à Comblain.
Et encore … Huberty est décédé en 1957, c’est-à-dire à peine quelques années avant l’arrivée, à la colonie, des belles polonaises. Je suis sûr qu’il serait, lui aussi, tombé sous votre charme. Lui, le chantre de Comblain, il aurait trouvé les mots – dans son patois local – pour sublimer votre fraîcheur, Mesdemoiselles.
Mais ne cherchez pas, Mesdames … il n’y a aucune photo de vous, dans cet article.
Si j’avais dû y mettre les plus belles … vous y seriez toutes. Et … il n’y aurait pas eu assez de place. Vous étiez toutes plus belles les unes que les autres. Et comme je refuse d’exclure même une seule d’entre vous … j’ai préféré illustrer par des photos du village.
Joseph Huberty était amoureux de son village. Il n’est pas le seul.
Il pensait que la beauté d’un endroit est le reflet des beautés qu’on y rencontre. Il avait raison. Si le décor nous paraissait si exceptionnel, à l’époque, c’est sans doute parce que vous en faisiez partie. Si aujourd’hui, j’ai tellement envie de revisiter Comblain, c’est peut-être pour vous retrouver.
En tout cas, j’espère que vous sera là ce dimanche … et je ne suis pas le seul à l’espérer.
Ah, oui, encore une petite chose … j’ai utilisé l’imparfait depuis le début de ce texte … mais c’était juste pour vous embêter … pour vous énerver … en réalité, vous êtes toujours très belles … à dimanche !
20/06/20016 – Jean-Pierre Dziewiacien
Nosse Comblain ( Sur l’air du « Temps des cerises » de Jean-Baptiste Clément )
Por mi nosse Comblain, c’est l’pus bê viyèdje
Li pus bê viyèdje qu’on pôye rescontrer
Tot- åtou d’nos ôtes
Nole på vos n’trouv’rez pus frissès crapôdes
Plus vigreûs djônes, ni plus dispiertés
Li djôye est K’sèmêye so tos les vizèdjes
Wicse qu’on inme dè rire, di s’plêre, dè tchanter.
Por mi nosse Comblain, c’est l’pus bê viyèdje
Avou s’clére êwe d’Oûte, si p’tit ry d’Boé
Ses tiérs, ses hadrènes
Po nos aksègni l’grandeûr di l’Ardène
N’s’avans l’Heid Quisson, l’Tchirmont, l’Nid Blanc Heid
Dji n’a måy vèyou d’vins tos mes voyèdjes
On pus bê côp d’oûy qui nosse hôt rocher
Por mi nosse Comblain, c’est l’pus bê viyèdje
Onk dès pus påhûles qui seûye dimoré
Awå l’Walonerèye
Les djins à l’bone môde vikèt sins fåstrèye
Brognant lès grandeûrs comme les mêtchancetés
Et nos p’tits scolis d’vins tos leûs messèdjes
Crohet co l’walon tot rempli d’firté
Por mi nosse Comblain, c’est l’pus bê viyèdje
Avou sès manires dè bon timps passé
Sès vilès d’morances
Et qwand c’est qu’dji r’veû divins mes r’mimbrances
Li toûr qui s’dressîve dizeus nosse cité
I m’sonle vèy riv’ni tot nosse parintèdje
Qui r’pwèse bin påhule ås pîds d’nos åtés.
Joseph HUBERTY ( 1886 – 1957 )
0376 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0377 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0378 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0379 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0380 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0381 : COMBLAIN-LA-TOUR : Panorama.0382 : COMBLAIN-LA-TOUR : Place du Wez : Plaque commémorative consacrée à Joseph Huberty sur la maison où il est né.
Aujourd’hui c’est, pour moi, un jour un peu spécial …
Je m’excuse déjà de me mettre ainsi à la lumière et de prendre … toute la place dans le lit.
Je serai, sans doute, encore plus nostalgique que d’habitude …
Pardonnez-moi … mais aujourd’hui c’est, pour moi, un jour un peu spécial …
Hier ( avant-hier ? ), c’était le temps de l’enfance ( photos 65 ; 90 ).
Je courrais encore en culotte courte dans le parc de Comblain. Je m’y vois encore.
Mais je revois aussi – déjà – Ks Kurzawa qui m’appelle et qui m’explique qu’il a un énorme problème avec le groupe des petits allemands. Le moniteur est seul et débordé. Il n’en sort plus … « Et toi, Janek, tu n’as pas encore l’âge d’être sous-moniteur, mais tu fais preuve de tellement de maturité … j’ai tout de suite pensé à toi pour … blablabla ».
Je me suis fait avoir comme un enfant de chœur ( que j’étais par ailleurs ). J’ai laissé mes copains continuer à s’amuser et j’ai assumé. C’était la fin de l’enfance. Le début de la vanité ?
Les quinze derniers jours de la colonie, je les ai passés à balader des « un-peu-plus-jeunes-que-moi » avec qui je n’avais que 5 mots en allemand à échanger. Mais ce n’était pas le pire. Le pire, c’était cette odeur d’urine dans laquelle ma nouvelle chambre baignait ; j’ai mis très longtemps à me débarrasser de cette odeur. Merci encore pour la promotion …
Hier encore, c’était le temps de l’adolescence.
C’était loin d’être désagréable. J’avais l’impression d’être pris au sérieux, d’être mieux considéré.
J’montais des échelons … j’prenais du grade … j’pouvais enfin dire « Maintenant … je sais ».
Et pourtant, je ne savais rien … et même si c’était énervant de voir si souvent Ks Kurzawa … juste derrière … au moindre petit évènement … finalement … quel soulagement ! ( 106 ; 364 ).
Hier encore, c’était le temps de la jeunesse ( 365, 366, 367 ).
La mienne fut polonaise, colorée, folklorique, virevoltante, responsable et passionnante. La vôtre aussi. Nous nous sommes rencontrés souvent.
C’était le temps du « góralski » et de la souplesse, le temps des « kaftan » et des plumes de paon, le temps des bottes rouges et des applaudissements.
C’était le temps des traditionnelles Majówka à Comblain-la-Tour. Moi, j’attendais fébrilement ces fins d’années scolaires qui se terminaient si bien, avec tous les autres KSMP, à Comblain.
Hier encore, c’était le temps des premiers émois … de l’Amour que j’ai rencontré dans le parc, le long de l’Ourthe, un jour de juillet.
C’était le temps des petits baisers qu’on s’échangeait furtivement dans l’arbre aux singes ou dans le petit bosquet du côté du chemin de fer. Et puis, on rentrait au réfectoire, main dans la main, en pensant que jamais rien ne pourrait jamais nous arriver … et en essayant d’être discret …juste assez que pour être sûr que tout le monde nous voyait.
Et quand j’avais envie de lui voler – par surprise – un dernier « petit bisou », alors qu’elle était déjà remontée dans sa chambre, je m’assurais que la voie était libre, que personne ne nous avait épié, que Ks Kurzawa était assez loin, que je pouvais enfin m’élancer dans la cage d’escalier … mais – malgré toutes mes précautions – à chaque fois, à chaque fois … à chaque fois, j’étais à peine sur la deuxième marche qu’une main s’abattait sur mon avant-bras !
Avant même de me retourner, je savais déjà à qui appartenait cette main. Pourtant je l’avais vu, à peine quelques minutes plus tôt, dans le fond du réfectoire. Comment faisait-il ? Je me retournais lentement en suivant la main … la soutane …l’épaule … et Ks Kurzawa qui me regardait … même pas fâché … même pas en colère. On aurait dit comme de la lassitude dans son regard.
Au bout d’un moment, il disait : « Janek, Janek, où tu vas encore ? ». Il n’attendait pas de réponse. Il savait bien vers où je tentais de m’élancer. Pour faire bonne figure, je baragouinais une réponse du genre « J’ai prêté mon pull hier soir, et j’en ai besoin ». Mais aucun de nous deux n’y croyait … surtout qu’il faisait 30° dehors. Alors, je repartais dans le parc, tout seul et désespéré, en ruminant contre cette main si castratrice.
C’est à ça que je pensais – ce 28 juin 80 – quand j’ai vu, encore une fois, cette main se lever devant moi … Cette main qui m’avait si souvent freiné dans mon élan. Mais heureusement … cette fois-ci, elle s’élevait seulement pour nous bénir. J’ai eu envie de crier à Ks Kurzawa « Alors, mon vieux, c’est lequel de nous deux qui a gagné maintenant, hein ? ». Mais je savais déjà que c’était « tous les deux qu’on avait gagné » ( 368 ; 369 ).
Excusez-moi encore d’avoir été si long … si personnel … si mélancolique …
J’avais envie de me retourner un peu et de sourire à tout ça. Et pas seulement de sourire.
Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que vous êtes très courageux. Bravo, je vous félicite … et merci.
Aujourd’hui, c’était pour moi un jour un peu spécial. Aujourd’hui … 6 juin … j’ai 60 ans.
Upływa szybko życie,
Jak potok płynie czas,
Za rok, za dzień, za chwilę,
Razem nie będzie nas.
I nasze młode lata,
Popłyną szybko w dal,
A w sercu pozostanie
Tęsknota, smutek, żal …
06/06/2016 – Jean-Pierre Dziewiacien
0065 : COMBLAIN-LA-TOUR devant le perron : Debout : Pierre Front ; Richard Konarski ; Accroupis ; Jean-Pierre Dziewiacien ; ( ? ) ; Pierre-Marie Pytel0090 : COMBLAIN-LA-TOUR – Halte dans les bois : Devant, Francis Leleux ; allongé aux pieds d’Alice Bardo, Jean-Pierre Dziewiacien ; à la droite d’Alice, Bernard Pytel ; au fond, au centre Raymond Mielcarek, avec à sa droite Pierre Front et à sa gauche, Mirka Tchajka.0106 : COMBLAIN-LA-TOUR – Ognisko : Alexandre Persik ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Ks Kurzawa.0364 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le parc : Jean-Pierre Dziewiacien ; Daniel Pietka.0365 : KSMP Mons : Michel Mikolajczek ; Marek Bujanowski ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Alexis Łagocki ; et tous les autres.0366 : KSMP Ressaix / Centre : Accroupis : Jean-Michel Deputat ; Daniel Kowal ; André Walaszyk ; Michel Spiewak ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Vital Czuk. Debout : Dominique Ogonowski ; Marilyne Desmet ; Simone Wattiez ; Danièle Perzyna ; Eveline Ogonowski ; Malvina Rusowicz.0367 : KSMP Ressaix / Centre : Devant : Eveline Ogonowski ; Danièle Czajkowski ; Danièle Perzyna ; Simone Wattiez ; Marilyne Desmet ; Malvina Rusowicz. Derrière : Jean-Pierre Dziewiacien ; Michel Spiewak ; Vital Czuk ; Janek Perzyna ; Jean-Michel Deputat ; André Walaszyk.0368 : RESSAIX – 28/06/1980 : A l’église : Ksiadz Kurzawa ; Eveline Ogonowski ; Jean-Pierre Dziewiacien.0369 : Narodowiec : 27/06/1980.
La langue française est extraordinaire. On y trouve des expressions si imagées et tellement ambiguës.
L’une d’entre elle m’a toujours fait penser à Comblain : « Prendre langue ».
Définition du dictionnaire : « Prendre langue » = Locution verbale – signifie : se rapprocher de quelqu’un, créer une relation, se mettre en contact, établir un lien ; synonyme : s’aboucher !
Même si l’expression est quelque peu surannée – Chateaubriand, Stendhal et Blaise Cendrars en faisaient usage – elle reste très chaste, très pure et totalement dépourvue de connotation à double sens.
Mais j’imagine qu’à notre époque, si aseptisée, on trouvera aisément des détracteurs mal pensants qui feront la « fine bouche ». Moi, j’éviterai les pièges. On peut « prendre langue » sans qu’il n’y ait « prise de bec ».
Pourquoi cette expression me fait penser à Comblain ? Pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, quand on débarquait à Comblain pour la première fois, on n’y connaissait pas grand monde.
Il fallait bien entrer en contact avec tous les autres … sous peine de rater ses vacances. Alors, on était bien obligé de faire face à sa timidité et de « prendre langue » avec les autres.
Ensuite, et très vite, on se rendait compte que les autres étaient différents ; que même notre façon d’utiliser la langue ( française ) variait selon notre région d’origine. On apprenait d’autres mots, d’autres expressions.
On découvrait l’accent des uns et des autres. La langue se faisait multiple. Et chacune avait sa saveur.
Le polonais, quant à lui, qui était notre langue maternelle et que nous utilisions – avec plus ou moins de difficulté – à la maison, devenait, à Comblain, l’instrument du rapprochement, de l’ouverture.
Pour « prendre langue » il fallait d’abord l’apprendre, la domestiquer, étudier ses contours, goûter à ses subtilités. Les mots parfois manquaient … pourtant on les connaissait … on les avait au bout de la langue.
Mais entre le bout de notre langue et … l’oreille de l’autre, il y a souvent … un si long chemin.
Et enfin, il y avait les autres langues … celles qui restaient un mystère pour nous, pauvres wallons que nous étions. Ces filles venues du Limbourg étaient si jolies … et leur langue si inabordable. Nous rêvions de « prendre langue » avec elles aussi … mais la barrière de la langue semblait infranchissable. Ceux qui pratiquaient assidûment la langue ( polonaise ) avaient un avantage sur les autres qui en bavaient d’envie.
Heureusement, on s’est vite rendu compte, qu’elles étaient beaucoup plus douées en langue que nous …
Les langues étrangères ne leur faisaient pas peur. Elles avaient appris à s’en servir. Quel soulagement !
Nous avons donc pu « prendre langue » avec elles aussi … et ce fut très agréable.
Les contacts sont devenus francs et sincères ; elles n’avaient pas leur langue dans leur poche … Dieu merci.
Les allemandes et les anglaises ont été autant d’expériences différentes. L’envie d’apprendre et celle de multiplier la gamme de nos émotions nous ont poussés à franchir tant de frontières. On ne l’a pas regretté.
Et pour finir, il me faut bien l’admettre, que parfois, par timidité ou par crainte de manquer de vocabulaire, ou tout simplement, quand on ne savait plus par quel bout la prendre, certains ont préféré « prendre langue »… autrement … sans devoir « peser les mots » … mais ça, c’est une autre histoire.
07/03/2016 – Jean-Pierre Dziewiacien
PS : Croyez-moi si vous voulez, mais avant d’écrire ce qui précède, j’ai tourné ma langue sept fois dans ma bouche.
0276 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans une chambre : Charlotte Milik ; Karin Milik ; ( ? ) ; Regina Gymza ; Zosia Król ; Monica Nauschutz.0277 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans une chambre : Zosia Król ; ( ? ) ; Renata Nalepka ; Monica Nauschutz ; Karin Milik ; Charlotte Milik.0278 : COMBLAIN-LA-TOUR : Au bord de l’Ourthe, à la plage : Piotr Rozenski ; Richard Konarski ; Freddy Motala ; Daniel Pietka ; Betty Nowicki ; Elisabeth Rozenski ; Monica Nauschutz ; Regina Gymza ; ( ? ).0279 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans le réfectoire : Entre les 2 pilastres : Regina Gymza ; Zosia Król ; Monica Nauschutz. ( ? ) … ; Lydia Młynarski ; … Pierre Front … Thérèse Spiewak … ( ? ).0280 : COMBLAIN-LA-TOUR : Dans une chambre : Regina Gymza.0281 : COMBLAIN-LA-TOUR : Freddy Motala ; ( ? ).
Comment cela se fait-il qu’on se rappelle ce petit incident sans importance ?
Des choses importantes se sont passées, à cette même époque, et rien n’en reste dans notre mémoire à trous.
Pourquoi te rappelles-tu si bien ce truc … qu’on a vécu ensemble, et moi pas ?
C’est si bien de se revoir et d’en parler ; ça fait remonter des souvenirs heureux, d’autres moins, mais cela rend aussi le goût et la couleur aux choses.
Dans un groupe de garçons, il y a des plus grands, des plus fort, des plus malins … ces petites différences qui ravissent certains et qui humilient bien d’autres.
Ces petites tragédies d’adolescent qui nous restent quelque fois longtemps dans la gorge.
Dans mon groupe, il y avait un petit gars, pas très grand, pas très fort … mais qu’est-ce qu’il courrait vite…
De prime abord, il n’impressionnait pas par son gabarit mais réussissait facilement à mettre les autres au défi de le battre à la course. Il gagnait presque toujours, au grand dam des autres gamins. Il s’est bien mis en valeur, ça a bien marché ; il était très content de lui.
Un jour, on était en promenade, je le vois trainer derrière, tout morose, pas heureux du tout.
Je lui rappelle de ne pas tirer en longueur, il regarde, mais sans plus, pas motivé.
Je ralentis, le prend par l’épaule pour le faire avancer plus vite ; l’idée surtout de l’avoir à l’œil, de ne pas m’inquiéter de lui.
Pendant une promenade, on a le temps, le temps de s’ennuyer pour certains, pour d’autres moins. J’ai déjà dis ce que je pensais de la chose. Au temps qu’à faire, je lui demande ce qu’il a ? Pourquoi il fait la tête ?
Il me répond qu’il en a marre de la colonie et qu’il rentre avec ses parents dimanche, il a déjà écrit une carte postale.
L’idée que les parents viennent me demander pourquoi le gamin ne se plaisait plus à Comblain, m’effleure quand même un peu. Que répondre ? Avec précaution, pour ne pas brusquer, je lui demande :
« C’est bizarre ce que tu dis, j’ai rien remarqué. J’ai bien l’impression que tu t’amusais bien et les autres aussi avec toi ? ».
« Oui, mais ils veulent plus jouer avec moi ».
« Mais au dernier jeu, tout le monde jouait, et toi aussi ».
« Mais ils veulent plus faire de courses avec moi… »
« Ah bon, c’est pour cela que tu es triste ? ».
« Ils ont fait semblant de faire une course et ils m’on laissé courir tout seul, et ils ont bien rigolés… ».
« C’est une bonne blague, et alors, ce n’est pas la première ni la dernière qui t’arrivera ; il n’y que toi pour en faire une montagne ».
« Oui mais à l’école, c’est la même chose et chez les scouts aussi… ».
Je commence à me rendre compte que son problème est beaucoup plus sérieux.
« Ecoute, les autres n’y sont pour rien, c’est toi le problème… ».
« Ah, et comment ça peut être moi le problème ? ».
« Le problème, c’est que tu gagnes toujours et ça n’amuse plus les autres de courir avec toi, c’est tout ».
« Mais c’est parce qu’ils m’aiment pas, ils sont comme les autres… ».
« Tu crois ? ».
« Sûr qu’ils ne m’aiment pas ».
« Ils n’aiment pas perdre, surtout, pas souvent et pas avec le même truc, ce n’est pas pour autant qu’ils ne t’aiment pas. D’ailleurs, je me demande bien ce que tu dirais, toi, si Marek gagnait tout le temps à la course et toi jamais ? Sûr que tu n’aurais plus envie de courir».
« Tu as beaucoup de chance d’avoir un truc mieux que les autres, ce n’est pas une raison de gâcher ses vacances avec une bêtise pareille ».
« Ce n’est pas une bêtise, j’aime bien de gagner ».
« C’est bien, mais il te faut comprendre que les autres n’aiment pas perdre. Nous, on t’aime bien quand tu te fais avoir au jeu du mouchoir et tu vois bien qu’ils t’aiment bien aussi ».
« Tu crois ? ».
« Sûr que j’y crois ».
« D’ailleurs, on arrive bientôt et on va faire un jeu ».
« Un jeu de mouchoir ? ».
« Non, un jeu de saute mouton ».
« Mais c’est un bête jeu… ».
« Et alors, tout le monde s’amuse bien ».
« Mais, il y a personne qui gagne ».
« Mais tout le monde rigole bien et il n’y pas de petit gars dépité qui court devant. Tu vas voir c’est un bête jeu, mais tu vas t’amuser aussi bien que gagner une course ».
« Tu crois ? ».
« Tu verras bien ».
Les parents du petit gars sont venus ce dimanche-là et sont reparti sans le petit gars.
* * * * *
Peut-être que le petit gars avait compris que le chemin le plus court pour l’amitié, ce n’est pas la compétition ?
Que le plaisir de s’amuser ensemble dépasse largement celui de gagner tout seul ? Que pour rire, il vaut mieux être plusieurs ? Que l’amitié, ça se cultive à grands coups de compromis et d’effacements ?
Si le petit gars a compris, c’est que le moniteur a bien joué son rôle.
Nous n’étions pas là seulement pour conduire les enfants d’un point à un autre …
Veiller sur eux, s’enquérir de leurs besoins, de leurs chagrins … faire un bout de chemin avec eux, les écouter, les consoler, les comprendre …
On n’a pas tout réussi … on a sûrement raté des trucs … mais quand on a réussi … quel bonheur !
J’écoutais, l’autre soir, Jean Pierre me dire que sa plus grande crainte serait que certains hésitent à nous rejoindre, aux Anciens de Comblain, par peur ; peur d’avoir changé ; peur d’avoir été oublié ; peur de décevoir ; peur d’avoir moins bien réussi … et Jean-Pierre d’ajouter : « Alors que notre plus grand plaisir, c’est seulement de les retrouver ».
Alors, mon message s’adresse à tous les petits gars qui hésitent encore :
« Arrêtez de vous poser des questions. Ne craignez pas d’être jugé ou laissé de côté. Rejoignez-nous.
100 % de ceux qui nous ont déjà rejoints, n’ont qu’un seul regret : ne pas l’avoir fait plus tôt ».
04/01/2016 – Richard Materna, tout seul jusqu’au * * *, et en duo avec JP ensuite.
0221 : COMBLAIN-LA-TOUR : 1979 – Jeux dans le parc : ( ? ) ; …… ; Freddy Motała ; Piotr Rozenski ; Michel Konarski ; Christine Piech ; Anne-Marie Kantyka ; Philippe Pietka ; Henryk Zapalowski ; ….0222 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Georges Załobek, le moniteur ; …..0223 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Irène Malek et Georges Załobek de dos ; Piotr Rozenski ; Richard Szymczak ; Richard Chwoszcz ; …0224 : COMBLAIN-LA-TOUR 1979 : Jeux dans le parc : Annie Korek ; Richard Szymczak ; Monique Paluszkiewicz ; Michel Konarski ; Jef Rozenski ; ….0225 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Annie Korek ; Richard Szymczak ; Monique Paluszkiewicz ; Michel Konarski ; Jef Rozenski ; ….0226 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Au centre : Irène Malek.
Le camp des Gitans, voilà pour moi, le meilleur synonyme de « tendresse ».
C’était une destination que nous appréciions particulièrement. Pourtant l’endroit n’avait rien de spécial.
La prairie descendait, en pente douce, jusqu’à l’Ourthe. Quelques arbres, au bord de la rivière, donnaient un peu d’ombre ; juste ce qu’il fallait. Les groupes de filles et ceux des garçons s’y donnaient rendez-vous ; nous y avons vécu des moments délicieux.
C’est souvent ici, allongés sur l’herbe, que naissaient nos petites idylles et nos grandes histoires d’amour.
Ça fleurait bon la douceur, la naïveté, la tendresse, et… les phéromones.
Vous souvenez-vous encore comment on y allait ?
Il fallait passer de l’autre côté des voies du train, remonter la Rue du Vicinal vers la gare, longer les anciennes carrières des Hayires, repasser le petit pont qui enjambe les voies du train, et enfin prendre le sentier qui longeait la prairie.
Je doute que des gitans se soient un jour installés là. Le chemin était trop étroit pour le passage des roulottes. Il était juste assez large pour nous.
Ici, nous nous sentions à l’abri. Il ne pouvait rien nous arriver. Personne ne pouvait ni nous voir, ni nous surprendre.
J’ai voulu retrouver l’endroit sur Google Earth. Regardez les photos 132 et 133. Même vu de satellite, l’endroit paraît paisible et isolé.
C’est un havre de paix au bout de nulle part.
Par contre, une pensée me fait frémir : Imaginez que Google Earth ait existé à l’époque !
Et si les nouvelles technologies avaient permis à Ks Kurzawa et à Mr Bardo de nous espionner, à distance ! Vous les imaginez manipulant un drone ? Survolant le camp des Gitans ? Cherchant à nous piéger ? Photographiant nos moindres gestes ? Surprenant nos émois ? Immortalisant nos amours ?
Dieu merci. Nous avons échappé à ce progrès-là. En ce temps-là, quand on était « connecté », c’était par les yeux et par le cœur.
Quand l’heure du souper approchait, il était temps de rentrer… à contrecœur. Pour le retour, on marchait moins vite. On faisant semblant de s’intéresser à ce qui nous entourait, pour profiter encore un peu de la douceur… On s’aventurait dans les carrières.
C’est là, tout au fond de la carrière, que j’ai réussi pour la première fois, par un bel après-midi de juillet, à coincer Eveline ( Jean-Loup ). Elle ne pouvait pas s’échapper, je la tenais fermement appuyée contre la falaise ( j’suis pas sûre qu’elle voulait vraiment se libérer ). C’est là, que pour la première fois, que je lui ai déclaré ma flamme en tremblant. Pendant qu’elle, froidement, chantonnait la chanson de Dalida : « Paroles, paroles, paroles, paroles… et encore des paroles ».
J’ai dû improviser, me montrer convaincant, faire preuve d’imagination, sortir mes tripes, aller chercher au plus profond de moi ce qui avait de plus sincère… Elle a fini par craquer.
Et c’est là, contre la falaise, que nous avons échangé notre premier baiser.
Et vous, votre premier baiser à Comblain, c’était où ?
C’était quand ?
C’était comment ?
C’était avec qui ?
Gdzie jest ta ulica, gdzie jest ten dom
Gdzie jest ta dziewczyna
Co kocham ją.
Znalazłem ulicę, znalazłem dom
Znalazłem dziewczynę
Co kocham ją.
Allumez le feu… c’était à Comblain-la-Tour une prérogative du chef moniteur ; ce qui n’était pas forcément, à tous les coups, une partie de plaisir.
L’« Ośrodek Wakacyjny Millennium » a beau être une terre polonaise – peuplée de polonais – il n’en est pas moins situé en Belgique, où l’averse passagère succède souvent à la pluie intermittente.
Trouver du bois sec relevait, bien des fois, d’un exploit aussi difficile que de prédire une météo favorable pour un feu de camp. Mais que serait une colonie de vacances sans feux de camp.
L’utilisation d’essence, bien que formellement interdite, était régulièrement le dernier recours.
Sur la photo 105 : je m’efforce d’allumer le feu en l’arrosant d’essence ! Alexandre Persich, à mes côtés, surveille la manœuvre.
Sur la photo 106 : Ks Kurzawa vient constater de visu l’acharnement du feu à rester éteint.
Les jours de pluie à Comblain étaient des jours tristes. Impossible d’aller se promener, d’aller patauger dans l’Ourthe, de jouer dans le parc,…
La maison était alors envahie d’enfants. On ressortait les jeux de société. Partout, dans le réfectoire, dans le hall d’entrée, sous le porche, des petits groupes se formaient autour des mikados, des puzzles et des jeux de carte.
C’était le bon moment aussi pour écrire aux parents. Les enfants s’appliquaient. Mais l’imagination manquait ; alors on s’échangeait les phrases : « T’as qu’à dire qu’hier on a été jusqu’à Xhoris et qu’on s’est perdu en revenant. Même qu’on est rentré en retard à la colo, et même que les cuisinières n’étaient pas contentes ». « Moi, j’ai raconté que le groupe de garçons avait été puni parce qu’ils étaient toujours en retard pour la prière du soir ». « Moi, j’ai juste demandé de m’envoyer un peu d’argent pour aller au marché de Comblain-au-Pont ».
Il faut bien avouer, ce sont surtout les petites filles qui écrivaient. Les garçons,…
C’était le moment où la petite échoppe de Mr Bardo fonctionnait le mieux. On pouvait y acheter des timbres, des cartes postales, mais aussi des bonbons, des boissons et des glaces à l’eau.
Tout le monde essayait de s’occuper. Mais chacun avait un œil sur son occupation et un œil vers la fenêtre.
Dès que le soleil faisait mine de percer, les jeux et les papiers à lettres disparaissaient comme par miracle. Tout le monde se retrouvait dans le parc. L’herbe mouillée ne faisait peur à personne. On s’y installait sans retenue. L’important c’était d’être dehors.
Dans le parc, on se laissait envahir par un mélange d’odeurs délicieuses d’ozone, d’herbe mouillée et de liberté.
Et que dire de l’orage…
Qui d’entre nous n’a jamais vécu une soirée d’orage à Comblain-la-Tour ?
Dans cette vallée encaissée, les éclairs semblaient se répondre. C’était fracassant, assourdissant, grandiose.
Nous étions entassés à l’intérieur, souvent dans le hall. On regardait, par la fenêtre, les éléments se déchaîner. On entendait des « Oh », des « Aaaah », des « Waouh », des « J’ai peur ».
Et les filles se rapprochaient, pour avoir moins peur. Et nous les serrions dans nos bras.
Les garçons aimaient beaucoup les soirées d’orage à Comblain-l’Amour.
Mais connaissez-vous cette légende qui circule depuis longtemps dans le village de Comblain ?
Ça se passe à l’endroit du « Tourniquet » – photos 107, 108, 109 et 110 ; vous connaissez tous cet endroit. C’est là que l’Ourthe est la plus tumultueuse ; en allant vers la source, c’est juste derrière la série de chalets qui cachent à présent les remous.
On raconte qu’un radeau s’y est englouti, un soir de Noël : c’est Le mystère de la cloche de Saint-Laurent.
Le Tourniquet, en amont du village ( aussi appelé « Trou Lucas » ) a toujours été un passage difficile pour ceux qui tentaient de naviguer sur l’Ourthe. C’est donc là, qu’un soir de Noël, le radeau du mécréant Materne ( je vous jure que je n’invente rien ) a sombré au pied des « Tartines » ( les « Tartines » est le nom que l’on donne aux rochers étroits et verticaux qui ont l’air d’être alignés, comme des tranches de pain dans un grille-pain, derrière le rocher de la Vierge ).
C’était un soir d’orage et l’Ourthe était particulièrement agitée ; le bateau de Materne était devenu incontrôlable ; au lieu de prier et d’invoquer la Vierge, Materne s’est mis à blasphémer… le naufrage était inévitable.
Depuis lors, la cloche de Saint-Laurent gît au fond de l’Ourthe et protège Comblain-la-Tour contre la foudre ;
on dit aussi que cette cloche tinte encore les soirs de la nativité.
Les moins rêveurs, prétendent que l’air froid de Noël est tellement dense que c’est en réalité le son de la cloche de Hamoir qui descend avec l’Ourthe. Quant à ceux qui ont perçu à maintes reprises le son cristallin de cette cloche, ils vous jurent qu’il provenait du milieu de la rivière, non loin du « Tourniquet ».
Ceux qui défendent la légende disent que : « Depuis lors, on ne se souvient pas d’un coup de foudre à Comblain-la-Tour… sauf à la Saint-Valentin ».
Nous, on se souvient de beaucoup de coups de foudre ; et pas qu’à la Saint Valentin.
Il y avait ceux qui résonnaient dans la vallée les soirs d’orage. Ils étaient fracassants
Et il y avait ceux qui fracassaient nos petits cœurs… et ils étaient attendrissants.
0105 : COMBLAIN-LA-TOUR – Ognisko : Alexandre Persich ; Jean-Pierre Dziewiacien ; à l’avant plan, et de dos, le séminariste : Zénon Zak ; Henri Bogdanski.0106 : COMBLAIN-LA-TOUR – Ognisko : Alexandre Persich ; Jean-Pierre Dziewiacien ; Ks Kurzawa ; Kazik Rzymowski.0107 : COMBLAIN-LA-TOUR – Carte postale : L’Ourthe, au lieu dit « le Tourniquet ».0108 : COMBLAIN-LA-TOUR – Carte postale : L’Ourthe, au lieu dit « le Tourniquet ».0109 : COMBLAIN-LA-TOUR – Carte postale : L’Ourthe, au lieu dit « le Tourniquet ».0110 : COMBLAIN-LA-TOUR – Carte postale : L’Ourthe, au lieu dit « le Tourniquet ».
À l’époque, à Comblain-la-Tour, il y avait : 2 gares.
Une « magnifique » qui nous accueillait quand nous arrivions pour passer nos vacances et une deuxième « horrible » par laquelle nous devions passer pour retourner à la maison.
Celle de l’arrivée, nous annonçait des heures et des jours de bonheur.
Celle de retour, nous plongeait, pour des mois, dans une tristesse « épouvantable ».
Dès que nous débarquions sur le quai, ce qui était fabuleux, c’est le sourire qui s’affichait sur tous les visages.
Parfois, nous étions accueillis, sur le quai, par des enfants et des adultes qui étaient déjà présents à la maison polonaise.
C’est alors une longue file bruyante et colorée qui s’étirait sur la petite route qui sépare la gare du centre Millennium.
On aurait dit un pèlerinage… vers la terre promise, avec les bagages en plus.
Une fois la grille franchie, ce n’était qu’embrassades et effusions de plaisir. Nous étions enfin chez nous.
Pendant toute la durée du séjour, plus personne n’attachait aucune importance à la gare ; au contraire, on essayait de l’oublier.
Mais on savait bien, tous, que la prochaine fois qu’on y passerait… se serait beaucoup moins amusant.
Quand on allait vers le « camp des Gitans », nous étions bien obligés de passer devant. Mais nous l’ignorions superbement.
Elle n’existait pas. Combien d’entre nous n’ont pas rêvé de la faire disparaître définitivement – comme ça – d’un coup de baguette magique – pour rester à Comblain-la-Tour pour toujours ?
La fin du séjour finissait toujours par arriver. Malheureusement. Le jour du départ, il y avait aussi des embrassades, mais les baisers avaient un autre goût… ils étaient salés.
La longue file qui s’étirait alors vers la gare, avait moins de panache qu’à l’arrivée.
Les valises paraissaient beaucoup plus lourdes, les cœurs aussi. On traînait les pieds. On aurait dit un enterrement.
Ne vous fiez pas aux sourires sur ces photos-là.
Une fois les appareils rangés dans leurs étuis, on voyait les yeux se noyer, les gorges se serrer, les visages s’assombrir, les mots s’étouffer, les rires sonner faux. C’était à celui qui n’allait pas pleurer… ou alors le dernier… mais qui pleurait quand même.
Et quand le train arrivait, c’était le dernier baiser, le dernier câlin, le dernier mot gentil, le dernier sourire…
À Comblain-la-Tour, il y avait 2 gares… je n’aimais pas celle du départ.
Sur la photo 77 : à l’avant-plan, les 2 petits garçons : Eric Kotarzewski ; ( ? ) ;
– Au premier rang : Philippe Pietka ; ( ? ) ; Dominique Stefanski ; Dominique Ogonowski ; Patricia Jakobowski ; Liliane Kieltyka ; Isabelle Swiderski ; Christiane Switon ;
– Au deuxième rang : Georges Bardo ; les sœurs Milik : Charlotte et Karine ; Fabienne Laffut.
Sur la photo 78 : 1979 : à l’avant plan, les 2 petits garçons accroupis : ( ? ) ; le blond : Janusz Latkowski ? ;
– Thérèse Spiewak ; Béatrice et Fabienne Laffut ; Freddy Motala ; Isabelle Swiderski ; ( ? ) ; Michel Konarski ; Hélène Piech ; Richard Szymczak ; Nathalie Swiderski ; Richard Chwoszcz.
Sur la photo 79 : 1979 : à l’avant plan assise : Cécile Danielewski.
0077 : COMBLAIN-LA-TOUR – A la gare, le jour du départ : A l’avant-plan, les 2 petits garçons : Eric Kotarzewski ; ( ? ) ; Au premier rang : Philippe Pietka ; Annick Majchrowski ; Dominique Stefanski ; Dominique Ogonowski ; Patricia Jakobowski ; Liliane Kieltyka ; Isabelle Swiderski ; Christiane Switon ; Au deuxième rang : Georges Bardo ; les sœurs Milik : Charlotte et Karine ; Fabienne Laffut …
0078 – 1979 : COMBLAIN-LA-TOUR – A la gare, le jour du départ : A l’avant plan, les 2 petits garçons accroupis : ( ? ) ; le blond : Janusz Latkowski ? ; Thérèse Spiewak ; Béatrice et Fabienne Laffut ; Freddy Motala ; Isabelle Swiderski ; ( ? ) ; Michel Konarski ; Hélène Piech ; Richard Szymczak ; Isabelle Malec ; Richard Chwoszcz.0079 – 1979 : COMBLAIN-LA-TOUR – A la gare, le jour du départ : A l’avant plan assise : Cécile Danielewski. Accroupis : Thérèse Spiewak ; Dominique Ogonowski ; Isabelle Malec ; Hélène Piech ; Christophe Stefanski ; Janusz latkowski ; Eric Kotarzewski Debout : Béatrice Laffut ; Fabienne Laffut ; Isabelle Swiderski ; Nathalie Swiderski ; Richard Chwoszcz ; Michel Konarski ; Richard Szymczak.0080_1979 : COMBLAIN-LA-TOUR – A la gare, le jour du départ : Accroupi : Richard Szymczak ; les 2 petits garçons : ( ? ) ; ( ? ) Debout : Thérèse Spiewak ; Béatrice Laffut ; Nathalie Swiderski ; Fabienne Laffut ; Michel Konarski ; Isabelle Swiderski ; Hélène Piech ; Isabelle Malec ; Richard Chwoszcz.0081_1979 : COMBLAIN-LA-TOUR – A la gare, le jour du départ : Ks Kurzawa et le chef moniteur Michal Pająk. Assise à gauche : Maryline Stefanski ; assis à droite : Philippe Pietka. Les sœurs Milik ; Annie Korek ; en chemise blanche : Henri Zapalowski près de Fabienne Laffut ; Hélène Piech ? en jupe et long cheveux.
Du haut de son rocher, la vierge de Comblain a essuyé, ce dimanche, quelques larmes d’émotion… ses enfants sont revenus.
Elle les avait connus dans les années 60, 70 et 80 et les avait tant aimés.
Elle les revoit encore courir dans le parc, patauger dans l’Ourthe ou chanter, à la tombée de la nuit, autour d’un feu de camp.
Elle se souvient de chacun d’eux avec tendresse.
Et quand ils décidaient de monter vers elle – malgré le danger – elle veillait sur eux comme une louve sur ses petits.
En ce dimanche de juin 2015, ils étaient de retour. Enfin.
On se serait cru quarante ans plus tôt, quand les « majowka » d’alors donnaient l’occasion à toutes les communautés polonaises de Belgique de montrer ce qu’elles avaient de plus pétillants. Sous le grand chapiteau, tous les KSMP étaient réunis pour chanter, danser et partager leur plaisir d’être ensemble.
Cette année-ci, ils étaient moins nombreux, évidemment, mais c’était les premières retrouvailles depuis si longtemps.
Les premières, mais pas les dernières. Promis. Juré. L’année prochaine, ils seront encore là… mais beaucoup plus nombreux.
Bien sûr, ils ont vieilli. La vierge n’a pas pu s’empêcher de sourire en les revoyant. Les petits garçons espiègles, qu’elle avait connus, sont devenus chauves et… bedonnants. Les petites filles, qu’elle trouvait si mignonnes, sont devenues des mamans. Et même, pour certaines, des grands-mères. Aujourd’hui, elles ne courent plus vers le fond du parc pour se cacher sous l’arbre aux singes.
D’ailleurs, l’arbre aux singes aussi a bien changé…
Bien sûr, elle le sait bien la vierge, plus aucun d’entre eux ne montera sur le rocher pour l’enlacer. Ce n’est plus de leur âge.
Quand ils étaient des enfants, puis des adolescents, rien ne pouvait les retenir. Ils débordaient d’énergie et de passions.
Dans le parc, ils grimpaient aux arbres et taillaient, dans les écorces, leurs initiales et celles de la fille qui faisait battre leur cœur.
Elles étaient toutes plus belles les unes que les autres. Ils étaient tous tellement amoureux.
Quelques arbres s’en souviennent encore… d’autres ont disparu.
Mais en se penchant un peu plus, la vierge n’a pas eu de mal à les reconnaître.
Du KSMP de Charleroi, elle a tout de suite reconnu les sœurs PIECH, Christine et Hélène et leur maris Latkowski Janusz et André Warchulinski, ainsi que Stanisław Malek et sa compagne. Michel Pietka de Charleroi était là aussi avec son épouse Betty Nowicki du KSMP d’Heusden/Zolder. Le grand frère de Betty, Jozek est passé aussi.
Du KSMP de Liège, elle a reconnu Francine Zalobek, Patricia Jakobowski, Monique Kieltyka, Béatrice Laffut et Michel Pająk.
Le KSMP de Ressaix était représenté par Casimir Nowicki, les deux sœurs Dominique et Eveline Ogonowski, Irek Mrzyglod, Régine Fabjanczyk et son mari, un certain… Alexandre Kozłowski.
De Bruxelles, il y avait Véronique Milczanowski avec toute sa petite famille.
Du KSMP de Mons, pas de doute il y avait là, Zdzislaw Blazka, André Karazinski avec leurs épouses. De Mons toujours, Kazimierz Miksiewicz. Et puis, il y avait aussi les « transfuges » comme Jean-Pierre Dziewiacien qui avait commencé à Mons et fini à Ressaix, et Pierre Front surtout qui avait débuté à Mons mais qui est aujourd’hui le chef d’orchestre du groupe « Spotkanie ».
Le groupe limbourgeois « Wisła » était là pour présenter son spectacle. Bravo à eux, et félicitation à Robert – 62 ans – qui a gardé toute sa jeunesse et tout son souffle. Et puis tant d’autres encore du Limbourg et d’ailleurs.
Mais Comblain-l’amour a toujours eu l’art de faire disparaître les frontières et les différences ; tous ceux qui étaient présents-là sont les enfants de Comblain. Et tous ressentaient profondément qu’ils étaient là, chez eux.
Comme autrefois, ils ont un peu chanté, un peu bu, se sont promenés dans le parc, ont été jusqu’à la source et boire un verre à côté du pont ( aujourd’hui, ce n’est plus chez « Tintin » mais chez Mr et Mme Wen ). En partant, ils se sont promis de se revoir très vite.
Dans le fond, rien n’a vraiment changé, à peine quelques rides en plus et quelques illusions en moins.
Ça la rassuré, la vierge, de voir qu’ils étaient toujours là, prêts à réveiller leurs souvenirs et à repartir sur les chemins de Comblain.
Parfois, même les statues peuvent se laisser aller à leurs émotions.