0042 – Le Petit gars

Richard Materna nous parle de son : Petit gars

 Comment cela se fait-il qu’on se rappelle ce petit incident sans importance ?

Des choses importantes se sont passées, à cette même époque, et rien n’en reste dans notre mémoire à trous.

Pourquoi te rappelles-tu si bien ce truc … qu’on a vécu ensemble, et moi pas ?

C’est si bien de se revoir et d’en parler ; ça fait remonter des souvenirs heureux, d’autres moins, mais cela rend aussi le goût et la couleur aux choses.

Dans un groupe de garçons, il y a des plus grands, des plus fort, des plus malins … ces petites différences qui ravissent certains et qui humilient bien d’autres.

Ces petites tragédies d’adolescent qui nous restent quelque fois longtemps dans la gorge.

Dans mon groupe, il y avait un petit gars, pas très grand, pas très fort … mais qu’est-ce qu’il courrait vite…

De prime abord, il n’impressionnait pas par son gabarit mais réussissait facilement à mettre les autres au défi de le battre à la course. Il gagnait presque toujours, au grand dam des autres gamins. Il s’est bien mis en valeur, ça a bien marché ; il était très content de lui.

Un jour, on était en promenade, je le vois trainer derrière, tout morose, pas heureux du tout.

Je lui rappelle de ne pas tirer en longueur, il regarde, mais sans plus, pas motivé.

Je ralentis, le prend par l’épaule pour le faire avancer plus vite ; l’idée surtout de l’avoir à l’œil, de ne pas m’inquiéter de lui.

Pendant une promenade, on a le temps, le temps de s’ennuyer pour certains, pour d’autres moins. J’ai déjà dis ce que je pensais de la chose. Au temps qu’à faire, je lui demande ce qu’il a ? Pourquoi il fait la tête ?

Il me répond qu’il en a marre de la colonie et qu’il rentre avec ses parents dimanche, il a déjà écrit une carte postale.

L’idée que les parents viennent me demander pourquoi le gamin ne se plaisait plus à Comblain, m’effleure quand même un peu. Que répondre ? Avec précaution, pour ne pas brusquer, je lui demande :

« C’est bizarre ce que tu dis, j’ai rien remarqué. J’ai bien l’impression que tu t’amusais bien et les autres aussi avec toi ? ».

« Oui, mais ils veulent plus jouer avec moi ».

« Mais au dernier jeu, tout le monde jouait, et toi aussi ».

« Mais ils veulent plus faire de courses avec moi… »

« Ah bon, c’est pour cela que tu es triste ? ».

« Ils ont fait semblant de faire une course et ils m’on laissé courir tout seul, et ils ont bien rigolés… ».

« C’est une bonne blague, et alors, ce n’est pas la première ni la dernière qui t’arrivera ; il n’y que toi pour en faire une montagne ».

« Oui mais à l’école, c’est la même chose et chez les scouts aussi… ».

 Je commence à me rendre compte que son problème est beaucoup plus sérieux.

« Ecoute, les autres n’y sont pour rien, c’est toi le problème… ».

« Ah, et comment ça peut être moi le problème ? ».

« Le problème, c’est que tu gagnes toujours et ça n’amuse plus les autres de courir avec toi, c’est tout ».

« Mais c’est parce qu’ils m’aiment pas, ils sont comme les autres… ».

« Tu crois ? ».

« Sûr qu’ils ne m’aiment pas ».

 « Ils n’aiment pas perdre, surtout, pas souvent et pas avec le même truc, ce n’est pas pour autant qu’ils ne t’aiment pas. D’ailleurs, je me demande bien ce que tu dirais, toi, si Marek gagnait tout le temps à la course et toi jamais ? Sûr que tu n’aurais plus envie de courir».

« Tu as beaucoup de chance d’avoir un truc mieux que les autres, ce n’est pas une raison de gâcher ses vacances avec une bêtise pareille ».

« Ce n’est pas une bêtise, j’aime bien de gagner ».

« C’est bien, mais il te faut comprendre que les autres n’aiment pas perdre. Nous, on t’aime bien quand tu te fais avoir au jeu du mouchoir et tu vois bien qu’ils t’aiment bien aussi ».

« Tu crois ? ».

« Sûr que j’y crois ».

« D’ailleurs, on arrive bientôt et on va faire un jeu ».

« Un jeu de mouchoir ? ».

« Non, un jeu de saute mouton ».

« Mais c’est un bête jeu… ».

« Et alors, tout le monde s’amuse bien ».

« Mais, il y a personne qui gagne ».

« Mais tout le monde rigole bien et il n’y pas de petit gars dépité qui court devant. Tu vas voir c’est un bête jeu, mais tu vas t’amuser aussi bien que gagner une course ».

« Tu crois ? ».

« Tu verras bien ».

 Les parents du petit gars sont venus ce dimanche-là et sont reparti sans le petit gars.

*     *     *     *     *

Peut-être que le petit gars avait compris que le chemin le plus court pour l’amitié, ce n’est pas la compétition ?

Que le plaisir de s’amuser ensemble dépasse largement celui de gagner tout seul ? Que pour rire, il vaut mieux être plusieurs ? Que l’amitié, ça se cultive à grands coups de compromis et d’effacements ?

Si le petit gars a compris, c’est que le moniteur a bien joué son rôle.

Nous n’étions pas là seulement pour conduire les enfants d’un point à un autre …

Veiller sur eux, s’enquérir de leurs besoins, de leurs chagrins … faire un bout de chemin avec eux, les écouter, les consoler, les comprendre …

On n’a pas tout réussi … on a sûrement raté des trucs … mais quand on a réussi … quel bonheur !

J’écoutais, l’autre soir, Jean Pierre me dire que sa plus grande crainte serait que certains hésitent à nous rejoindre, aux Anciens de Comblain, par peur ; peur d’avoir changé ; peur d’avoir été oublié ; peur de décevoir ; peur d’avoir moins bien réussi … et Jean-Pierre d’ajouter : « Alors que notre plus grand plaisir, c’est seulement de les retrouver ».

Alors, mon message s’adresse à tous les petits gars qui hésitent encore :

« Arrêtez de vous poser des questions. Ne craignez pas d’être jugé ou laissé de côté. Rejoignez-nous.

100 % de ceux qui nous ont déjà rejoints, n’ont qu’un seul regret : ne pas l’avoir fait plus tôt ».

04/01/2016 – Richard Materna, tout seul jusqu’au * * *, et en duo avec JP ensuite.

0221_1979
0221 : COMBLAIN-LA-TOUR : 1979 – Jeux dans le parc : ( ? ) ; …… ; Freddy Motała ; Piotr Rozenski ; Michel Konarski ; Christine Piech ; Anne-Marie Kantyka ; Philippe Pietka ; Henryk Zapalowski ; ….
0222_1979
0222 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Georges Załobek, le moniteur ; …..
0223_1979
0223 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Irène Malek et Georges Załobek de dos ; Piotr Rozenski ; Richard Szymczak ; Richard Chwoszcz ; …
0224
0224 : COMBLAIN-LA-TOUR 1979 : Jeux dans le parc : Annie Korek ; Richard Szymczak ; Monique Paluszkiewicz ; Michel Konarski ; Jef Rozenski ; ….
0225
0225 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Annie Korek ; Richard Szymczak ; Monique Paluszkiewicz ; Michel Konarski ; Jef Rozenski ; ….
0226
0226 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1979 : Jeux dans le parc : Au centre : Irène Malek.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s