0209 – Notre folklore ( 1 ) : « Góralu, czy ci nie żal ? »

Góralu, czy ci nie żal
Odchodzić od stron ojczystych ?

Combien de fois n’avons-nous pas chanté cette chanson à Comblain-la-Tour ? Par delà, les paroles si tristes et la mélodie si mélancolique, c’est tout le mythe des montagnards polonais – les górale(1) – qu’on nous faisait ressentir. « Góral na góry spoziera, i łzy rękawem ociera ; bo góry porzucić trzeba, dla chleba, panie dla chleba ! » ( Le Góral regarde les montagnes, et essuie ses larmes avec sa manche, il faut bien quitter les montagnes, pour du pain, Monsieur, pour du pain ! ).

Nous écoutions religieusement Pan Bardo – et les autres adultes qui nous apprenaient à chanter – nous parler de ces montagnards obligés de quitter leurs terres natales parce qu’elles ne pouvaient plus les nourrir. Nous étions fascinés par ces récits graves ( les « gawędy » ) qui dépeignaient des situations désespérées et on s’identifiait à ces hommes courageux qui étaient obligés de descendre vers les plaines pour trouver du travail.

Pour les enfants que nous étions, imaginer que les adultes puissent pleurer était insupportable … et qui plus est, se les représenter en larmes, quittant leur famille, leurs enfants, la gorge serrée et l’âme en peine, nous retournait les tripes. Du coup, ce que nous préférions, c’était les histoires de ces brigands, les « zbójniki », qui n’acceptaient pas toute cette misère et qui se révoltaient contre le système … déjà ! Les légendes autour de leur chef Janosik nous exaltaient. Il faut dire que Pan Bardo avait l’art de les raconter. Et comme il voyait dans nos yeux que ces récits nous passionnaient, il brodait encore un peu plus … Janosik devenait notre Robin des bois à nous, et nous, on devenait ses valeureux compagnons d’infortune.

Par bonheur, c’était relativement facile de s’identifier aux « zbójniki ». Eux, ils ne se séparaient jamais de leur « ciupaga » ( le piolet du montagnard ) ; alors nous, on se confectionnait nos « ciupagi » à nous, avec des branches qu’on ramassait dans les bois autour de Comblain, lors de nos randonnées quotidiennes. La ciupaga servait à tout … à s’aider pour monter un talus, à secourir les filles qui n’arrivaient pas à grimper, à retourner une pierre quand la curiosité l’exigeait, à taquiner les lézards ou les orvets, à transporter sa gourde, … mais surtout à se mesurer aux autres. Quel plaisir que ces joutes fraternelles. J’entends encore le bruit des ciupagi qui s’entrechoquent. Je revois nos gestes maladroits qui miment des combats fratricides tout en mesurant les coups pour ne surtout pas blesser l’adversaire … qui était notre meilleur ami.

Parfois, nous allions encore plus loin. C’est Piotr Rozenski qui m’a rappelé récemment quelques détails que ma mémoire avait enfui trop profondément. Cette année-là, j’étais son moniteur, et Géniu Bujanowski était le sous-moniteur. Ks Kurzawa avait décrété que chaque groupe devait avoir un nom ! Nous, après concertation, nous avions décidé qu’on s’appellerait ; « Zakopane » ! Tout un programme. Les garçons étaient heureux … Freddy Motala en tête. Pour affirmer notre identité, j’avais demandé à Richard Konarski de confectionner des ciupagi pour toute la joyeuse bande. Richard a passé tous ses temps libres à sculpter les bâtons, à graver des formes dans les écorces pour être le plus proches des véritables ciupagi. Elles étaient magnifiques.

Pour l’ognisko, on avait prévu que nos garçons exécuteraient un « zbójnicki » dans les règles de l’art. Ce choix était dicté par le nom de notre groupe, bien sûr, et aussi un peu, avouons-le, pour fatiguer ces « infatigables » garnements. Ils étaient tous hypermotivés. Et donc, un beau matin, nous avons commencé l’initiation. Géniu et moi, on se relayait pour montrer les différentes figures que nos élèves s’empressaient de reproduire. Ils étaient doués et c’était véritablement un plaisir de les voir accroupis enchaîner les ciseaux et autres mouvements. C’était à celui qui serait le plus résistant, le plus endurant. Nous les encouragions et en même temps … on souriait dans notre for intérieur parce qu’on savait, par expérience, que le lendemain serait difficile … et le lendemain a été extrêmement difficile !

Je les vois encore, les malheureux, avoir un mal de chien à se lever, à tenir debout. Les douleurs musculaires au niveau des jambes les empêchaient de marcher normalement. Il a fallu se résoudre à les descendre, un à un, dans nos bras car l’escalier paraissait être un obstacle infranchissable. Les jours qui ont suivi nos déplacements furent limités. Je ne me souviens plus si, lors de l’ognisko, la danse fut finalement montrée … ça m’étonnerait. Géniu et moi, nous étions très entraînés à cet exercice, et nous avons mal évalué l’impact de cette gymnastique intense sur des jeunes garçons sans expérience. Reste le souvenir …

Il n’y a pas qu’à Comblain qu’on pouvait croiser des górale … des jeunes, des plus âgés et même des très jeunes. Il faut dire que ce costume était typique, même si parfois, par manque de moyen, on a vu des versions plus « fantaisistes » comme sur les photos qui accompagnent ce texte. Mais il n’y avait pas un spectacle, pas une cérémonie, pas un pèlerinage, ni une procession sans góral … ces photos en témoignent.

Aujourd’hui, nous avons un peu oublié toute cette mythologie des montagnards. Heureusement, Anne Wuidar dans son journal « les muses vagabondes » a consacré un article extrêmement bien fait aux górale. On peut y lire tout ce qu’on doit savoir sur le sujet : histoire, géographie, coutumes et légendes. Puisque Anne nous autorise à le reproduire ici, nous n’allons pas nous en priver. J’ai découpé son article en 4 parties ; voici la première. Merci Anne.

04/02/2019 – JP Dz

( 1 ) : Il m’apparaît important de préciser que les mots polonais, qui représentent le mieux notre folklore, conservent leur fraîcheur quand ils ne sont pas systématiquement traduits. Ceci dit, ajoutons que la langue polonaise, et ses déclinaisons, fait varier la terminaison des mots : on dira un góral ( au singulier ), mais des górale ( au pluriel ). Ces mots n’étant pas francisés, nous avons décidé de ne pas ajouter le « s » final de la langue française au pluriel déjà existant.
Nous dirons donc : un góral – des górale ; une góralka ; des góralki ; une ciupaga ; des ciupagi ; …

1560_1963
1.560 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1963 : L’ognisko présente un góralski : ( ? ) ; … ; ( ? ).
1561_1963
1.561 : COMBLAIN-LA-TOUR – 1963 : A l’avant plan, tout à droite de la photo, Henryk Ferdyn ( Winterslag ), fils de Bogus Ferdyn et Pani Wanda Biatuszewska. Tous les 2 étaient d’anciens scouts du Limbourg et Pani Wandzia a été monitrice à Comblain ; ( ? ) ; … ; ( ? ).
1562
1.562 : PERONNES-LEZ-BINCHE : Groupe folklorique des années 50 : Edouard Rozlach ; … ; Lydie Białecka ; …
1563
1.563 : ( ? ) : Góralski, dans les années 50 : ( ? ) ; … ; ( ? ).
1564
1.564 : RESSAIX : Procession du 15 août : Tout en haut, Geniu Perzyna ; Monsieur Młynarczyk ; Eveline Ogonowski ; Pietraszek ? ; Halina Ogonowski ; Janka Micklusziak ; Vital Kciuk ; Tadek Sitarz, en górale ; Casimir Nowicki en krakowiak ; Madame Romanowicz ; Lucette Kiełtyka ; Dominique Ogonowski ; Janina Romanowicz ; Christine Marszałkowski ; Ksiadz Okroj ; …
1565
1.565 : MONTAIGU : Procession : Groupe de Charleroi ; Ks Lewandowski ; … ; ( ? ).  Et derrière avec la vierge, KSMP Liège avec Mirka, la présidente ; César Napora ; Freddy Niedudziak, portant la Vierge ; avec des lunettes foncées, Michel Majewski.
1566
1.565 : ( ? ) : Góral et Krakowiak : A gauche, Henri Majchrowski et à droite Georges Majchrowski.

Cycle des Montagnards des CARPATES – Par Anne Wuidar

https://wwf.be/fr/regions/carpates/
http://www.transcarpatie.dubuis.net/carpates.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carpates

Un peu de GEOGRAPHIE et d’HISTOIRE

G_01

La chaîne de montagnes des Carpates est séparée des Alpes par le Danube. Elle couvre l’Europe centrale et de l’Est sur 1.500 km. Les Carpates et les Alpes partagent les mêmes origines tectoniques et géologiques. Leur surgissement ayant commencé lorsque la tectonique des plaques a rapproché les plaques africaine et eurasienne. Le mouvement continue et provoque régulièrement des séismes en Roumanie (épicentre de Vrancea à la jointure des trois plaques, formant le « coude des Carpates »). Le volcanisme a été actif dans certaines régions, ainsi que le prouve un thermalisme résiduel et la composition des roches.

Les plus hauts sommets des Carpates se situent en Slovaquie dans le massif des Tatras avec le Gerlachovský štít à 2.655 mètres qui est le point culminant du massif. Le deuxième plus haut massif est celui des Fagaras en Roumanie avec le Moldoveanu qui culmine à 2.544 mètres (17ème sommet le plus haut des Carpates). Les autres massifs des Carpates ne dépassent pas les 2.500 mètres.

Cette chaîne de montagnes s’étend sur sept pays – la République tchèque, la Pologne, la Slovaquie, l’Ukraine, la Hongrie, la Roumanie, la Serbie – et forme un pont entre les forêts du Nord de l’Europe et celles du Sud et de l’Ouest. Ces montagnes sont donc d’une importance capitale pour la distribution des plantes et des animaux à travers le continent. En effet, riches d’une mosaïque de paysages encore intacts et d’une biodiversité inégalée en Europe, les Carpates sont la dernière grande zone sauvage du continent. Ses montagnes et ses forêts vierges ancestrales abritent près de 4.000 espèces de plantes, dont 481 sont endémiques.

Plus de la moitié des populations d’ours bruns, de loups et de lynx du continent y trouvent également refuge. Outre les grands carnivores, les Carpates hébergent également des espèces d’oiseaux menacées comme l’aigle impérial et la chouette de l’Oural. Les paysages y sont variés : forêts de hêtres, de sapins blancs et de feuillus, pâturages de montagne, prairies de fauche.

Les massifs les plus connus sont les Tatras en Slovaquie et Pologne, ainsi que les Maramures, Fagaras en Roumanie. Ces montagnes sont un véritable paradis pour les randonneurs, elles regorgent de milliers de kilomètres de sentiers de randonnée et d’une centaine d’espaces protégés (parcs nationaux, zones naturelles protégées, réserves naturelles, réserves de biosphères…)

Le développement économique et industriel rapide de la région entraîne dans son sillage d’importantes menaces pour la nature sauvage des Carpates.

Aussi, le WWF mène-t-il des projets de long terme pour que les Carpates restent un lieu de vie idéal pour tous et que les hommes gèrent la région de façon durable, dans le respect des espèces animales et végétales. À cette fin, il travaille avec les communautés locales, notamment dans les domaines de l’écotourisme et de la gestion durable des forêts (FSC), afin de sensibiliser les populations et de préserver les richesses naturelles de ces montagnes.

La chasse et le braconnage (principalement en Ukraine) constituent un danger pour certaines espèces de gibier. On constate malheureusement une pollution de l’air et de l’eau liée à diverses activités humaines dont la monoculture, aux dépends de l’agriculture traditionnelle.

La population humaine est attestée dès le Paléolithique (Néandertal est présent dans la grotte de Šipka en Slovaquie, les plus anciens Sapiens dans Peștera cu Oase en Roumanie), associés à la faune de l’époque, aujourd’hui en grande partie disparue (Mammouths).

Plus tard, au cours de l’histoire, les hommes ont marqué le paysage. Les Daces pendant l’Antiquité et les bergers valaques au Moyen Âge furent les premiers à habiter certaines zones à l’intérieur des montagnes. En brûlant et abattant les arbres, ils créèrent de nombreux prés et clairières, qui sont un élément typique du paysage des Carpates. L’agriculture n’est présente qu’au bas des pentes et dans les vallées ; une forme traditionnelle d’élevage de bovins, de moutons, et de chevaux survit dans le sud et l’est des Carpates en Ukraine et en Roumanie, mais disparaît rapidement à l’ouest. L’exploitation forestière est la source principale de revenus dans beaucoup de régions. À son plus fort aux XIXe et XXe siècles, elle a eu pour conséquence l’abattage de nombreuses forêts et leur remplacement par des épicéas communs. La coupe rase a encore lieu en Roumanie et en Ukraine. À l’ouest, l’aménagement forestier donne lieu plutôt à des coupes progressives de régénération et à des coupes de jardinage.

Les Carpates ont vu se succéder différents peuples avant l’arrivée des Slaves qui s’y installent à partir du Ve siècle, et sont à l’origine des états actuels de Tchéquie, Slovaquie, Pologne, Ukraine et Serbie. Par la suite, d’autres sont venus en nombre ; une longue série de peuples cavaliers d’origines diverses dont les Huns, les Mongols et les Tatars.  Certains disparaîtront ensuite de la carte sinon des mémoires, tandis que d’autres, les Bulgares (slavisés) et les Magyars (appelés Hongrois), auront légué des « royaumes » avec des populations toujours présentes.

Comme tous les massifs montagneux, les Carpates ont été durant les nombreuses guerres du passé, l’enjeu de batailles acharnées notamment dans les passes, tandis que les massifs servaient de refuge aux populations chassées ou persécutées dans les plaines environnantes.

Toutes ces « strates historiques » ont laissé dans les Carpates des toponymes, des langues, des légendes, des architectures, des monuments, des musiques, des cuisines et des traditions où l’on perçoit à la fois les différences (que soulignent les nationalistes) et des influences communes.

Peuples GORALES – HUTSULES – LEMKOS – BOÏKOS

Pour moi, la rédaction d’un texte cohérent sur ce sujet précis a représenté un sérieux casse-tête. Je tenais pourtant absolument à l’aborder. Pourquoi tant d’acharnement ? Tout d’abord, parce que l’identité profonde de personnes se réclamant d’un même groupe social, maintenant des rituels vivaces en dépit de leur appartenance à des pays dont les frontières ont évolué suivant les partitions déterminées à l’issue de conflits armés, me semble profondément respectable.

Ensuite parce que ces personnes ont eu au fil des siècles un habitat constitué de montagnes, donc ils étaient particulièrement soumis à la rudesse des hivers, à la nécessité première de s’occuper de leurs troupeaux, de tirer parti de modestes ressources que leur offraient ces derniers (laine, produits laitiers, viande) ; ceci couplé au travail de la terre (légumes et céréales), au travail forestier (habitat et chauffage).

De telles conditions de vie tissent, à mon sens, des liens forts entre êtres humains, de manière différente des habitants des plaines, des villes. Un certain esprit d’entraide entre familles est nécessaire pour survivre et effectuer certaines tâches essentielles, surtout en prévoyant les hivers à venir. Le partage du travail, les moissons par exemple, crée des liens. Ces liens s’expriment aussi dans les petits actes quotidiens, dans les veillées, lors d’offices liturgiques ou de fêtes religieuses. Ces liens sont encore visibles dans les grands rassemblements qui ont encore lieu à l’heure actuelle.

Certains n’y verront « que » du folklore au sens péjoratif du terme, mais ils ont un sens bien plus profond qui est celui de l’appartenance à un groupe où chacun se reconnaît dans son semblable.

Ne soyez donc pas étonnés si je vous présente ces diverses ethnies en soulignant moins leur appartenance aux nations où ils vivent qu’à leurs identités respectives. Je vais commencer par vous parler des Górales mais il m’arrivera souvent de glisser sur les Hutsules, les Lemkos, les BoÏkos dans ces divers chapitres.

Le prochain journal sera consacré aux Husules.

Amicalement vôtre : Anne Wuidar  –  wuiwui007@hotmail.com

Extrait n° 1 des « Muses Vagabondes – Petit Journal Culturel et Artistique Slave » – n° 25 de décembre 2018.

0208 – À nos couturières

Quand on pense au « folklore », n’est-ce pas un tourbillon de notes de musique, de chants et de couleurs qui nous envahit de prime abord ? Il y a certes bien des définitions savantes, des analyses fouillées sur ce que représentent les pratiques culturelles propres à chaque société traditionnelle mais, quand il s’agit de folklore, point besoin de dictionnaire, on peut faire confiance à notre ressenti, à la perception de nos sens et dans le folklore polonais, la richesse des costumes, leurs mille et une couleurs nous en mettent plein la vue …

Que serait en effet, notre folklore sans nos costumes ?
Et que seraient nos costumes sans nos … costumières ?

Il est grand temps de rendre hommage à ces petites fées dévouées et efficaces, ingénieuses et si discrètes …

Dans chacun de nos groupements, il y en avait une ou plusieurs. Elles s’appelaient Róża, Marie-José, ou … Madame Dudzik. Elles étaient omniprésentes, toujours souriantes, toujours prêtes. Une aiguille serrée entre les dents, un bout de fil dans une main, une épingle de nourrice dans l’autre, elles rafistolaient, réparaient, camouflaient, nous préparaient pour entrer en scène.

À force, de nous chouchouter, de nous manipuler dans tous les sens, elles connaissaient tout de nous … tous nos petits secrets, nos grandes angoisses, nos tics et nos tocs … et les respectaient. Toujours sereines et bienveillantes, elles avaient l’art de nous rassurer, de nous rendre confiance surtout quand c’était l’heure de monter sur scène et qu’on avait subitement l’impression d’avoir tout oublié sous l’effet du trac …

Nos costumes si colorés et chatoyants, c’était un peu comme la pointe émergée d’un iceberg dont la partie cachée était la somme de travail accompli par toutes nos couturières et costumières qui restaient dans l’ombre, cachées derrière le rideau …

Mais quand les spectateurs se mettaient à applaudir à notre entrée en scène, alors qu’on n’avait encore rien fait, je suis certain que c’est avant tout à nos beaux costumes qu’ils rendaient hommage !

Et je suis sûr qu’à ce moment-là, nos costumières et nos couturières devaient avoir un petit pincement au cœur car c’était leur dévouement et leur engagement sans bornes qui étaient célébrés. Elles pouvaient bien être fières ! Merci Mesdames.

Je laisse à Jean Dalgan le plaisir de vous parler de Mme Dudzik :

À nos couturières : Souvenirs de Mme Dudzik, notre couturière au KSMP de Châtelineau :

J’avais pour Mme Dudzik, le plus grand respect ! Vous l’a reconnaîtrez sur la photo 1.429, à droite, presque cachée. Il faut dire qu’elle était discrète et réservée, comme toutes les couturières qui pensaient que la gloire revenait uniquement à ceux qui étaient sur scène … alors qu’elles participaient grandement à la réussite du spectacle. Je l’ai connue, grâce à ses enfants, Henry et Christiane Dudzik. Ils étaient inscrits à l’école polonaise de Taillis-pré « Châtelineau » où mes frères et moi-même étions inscrits.

Au moment où notre association « KSMP » a été créée, nous nous sommes tous retrouvés pour nous inscrire et en faire partie … Une nouvelle aventure nous attendait. Le but de notre jeune association : prolonger notre acquis appris à l’école Polonaise, continuer à faire vivre tout notre folklore « danses, chants et théâtres » et l’histoire Polonaise des régions, que nos parents ont dû quitter.

Dès le début, nous étions à la recherche des différentes personnes qui pourraient nous apporter leur aide et leur savoir « professeur de danse, de chant, musicien, et couturière …

C’est grâce à notre aumônier, le père Paul Adamski qui officiait dans plusieurs paroisses « Châtelineau, Châtelet, Gilly, Farciennes et Pironchamps » et grâce au bouches à oreilles, que nous avons appris que Mme Dudzik, était une excellente couturière.

Avec quelques membres, et accompagné du père Adamski, nous nous sommes rendus chez elle, pour lui exposer notre démarche, et lui demander si elle accepterait de devenir notre couturière, et l’associer ainsi à notre mouvement.

Sans hésiter, sa réponse « un grand oui », c’est ainsi que tout a commencé !

Ce ne fut pas chose facile pour Mme Dudzik ! Mais son courage et sa volonté, ont brisé tous les obstacles. Quelle ne fut pas notre surprise de voir, les premières robes et costumes, qu’elle avait préparés pour nous.

Nous lui devons tout ! C’est elle qui se chargeait, d’aller au tram à Charleroi, pour acheter les différents tissus qu’elle avait besoin ; c’est elle qui passait des journées et soirées entières à coudre ! Quel courage. Elle avait le souci que tout ce travail soit prêt pour notre première fête.

C’est encore elle, lors de nos déplacements, qui préparait les valises remplies de robes et de costumes, et qui les repassait après chaque représentation chez nous, où en déplacement.

Mme Dudzik, était de tous les voyages et apportait un soin particulier, à ce que tout soit parfait, elle ne demandait jamais rien en échange, qu’un peu de chaleur et d’amour de ces jeunes qu’elle considérait comme ses enfants.

C’est chez elle, après notre réunion du samedi, que l’on se retrouvait pour lui exposer nos futurs projets, et profiter de l’excellente tasse de café qu’elle nous offrait.

Elle était notre deuxième « Maman », son sourire, sa gentillesse, sa bonne humeur, resteront gravés à tout jamais dans notre mémoire. Merci Maman pour tous ce que tu as fait pour nous, nous te remercions du fond du cœur – « Drzenkuje Mamo ».

Jean Dalgan

1429_ksmp_chatelineau
1.429 : KSMP Châtelineau : 1ère rangée : Malinska Wanda ; Wac Czesław ; Zaroda Henry ; Palamaruk Joseph ; Dalgan Paul ; Goga Victor ; Markowski Victor ; Gossens Jean-Claude ; Dudzik Henry ; 2ème rangée : Howath Wanda ; Sienkiewiec Maria ; Dudzik Christiane ; Celner Thérèse ; Leyssen Maryvonne ; Palamaruk Sophie ; Ribicka Irène ; 3ème rangée : Jakowski Richard ; ( ? ) ; … ; Losa Théodor ; sur la droite près de la porte, Mme Dudzik.
1551_ksmp_chatelineau
1.551 : KSMP Châtelineau : Dudzik Christiane.
1552_ksmp_chatelineau
1.552 : KSMP Châtelineau : Wac Czesław ; Gossens Jean-Claude ; Sienkiewiec Maria.
1553_ksmp_chatelineau
1.553 : KSMP Châtelineau : Zaroda Henry ; Howath Wanda ; Palamaruk Sophie.
1554_ksmp_chatelineau
1.554 : KSMP Châtelineau : Ribicka Irène.
1555_ksmp_chatelineau
1.555 : KSMP Châtelineau : Palamaruk Joseph ; Palamaruk Sophie ; Sienkiewiec Maria ; Howath Wanda ; Gossens Jean-Claude.
1556_ksmp_chatelineau_malinska vanda
1.556 : KSMP Châtelineau : Malinska Wanda.
1557_ksmp_chatelineau_sophie palamaruk
1.557 : KSMP Châtelineau : Palamaruk Sophie.
1558_ksmp_chatelineau
1.558 : KSMP Châtelineau : Dudzik Christiane ; Gossens Jean-Claude ; Dudzik Henry ; Goga Victor.
1559_ksmp_chatelineau
1.559 : KSMP Châtelineau : Père Paul Adamski ; ( ? ) : ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Dalgan Jean ; ( ? ) ; ( ? ) ; ( ? ) ; Palamaruk Joseph ; Dudzik Christiane ; ( ? ) ; Mme Dudzik ; Dudzik Henry.

 

Quiz n° 18 et 19 :

 

quiz_18
Quiz n° 18 : A gauche avec des lunettes : Christine Kiełtyka ; Henri Sitarz ; Tadek Sitarz ; la grand-mére Marszałkowska et derriére celle-ci, Bogdan Pietraszek. La fille à l’extrême droite est famille avec Mme Młynarczykowa que l’on voit derrière elle. Devant, Janina Romanowicz ; Lucette Kiełtyka ; Vital Kciuk ; Halina Chudzicki.

 

quiz_19
Quiz n° 19 : Liège :  Jean Paluszkiewicz ; Sandrine ? ; Marc Paluszkiewicz ; ( ? ) …

 

0207 – Ala i As à Comblain-la-Tour

Regardez la photo 1.542 … ce petit air de déjà vu … on croit rêver mais … c’est l’incarnation d’Ala i As !  Vous la reconnaissez ? Oui, vous ne rêvez pas, c’est : Ala i As à Comblain-la-Tour !

C’est exactement comme ça que je me représentais Ala : même sourire un peu rêveur, même douceur dans le regard. Ala a enfin un visage. Comment ne pas se remémorer toutes les aventures de la petite fille modèle qui a bercé notre enfance. La voir là, à Comblain, c’est magique. Et même si As à l’air d’être un peu distrait, on imagine déjà la page suivante … la prochaine aventure … la suite. On n’a qu’une envie : continuer à feuilleter.

Ce sourire vous le connaissez, évidemment ! Il n’a pas changé. Et c’est toujours un plaisir de le revoir. Elle était avec nous en septembre. J’aurai dû prendre avec moi mon exemplaire de l’Elementarz pour le faire dédicacer ! Je suis sûr qu’elle l’aurait fait avec beaucoup de plaisir et d’humour. J’entends déjà son rire si communicatif et je m’attends à une de ses réparties, moitié en polonais moitié en français, dont elle a le secret.
Pour ceux qui en douteraient encore, ce sourire, c’est celui de Monique Kiełtyka … et en voici encore, sur la photo 1.543, deux autres « échantillons » pris à quelques mètres de distance, à quelques années d’intervalle. Elle n’a pas changé.

Les photos publiées aujourd’hui témoignent d’une autre réalité, d’un autre aspect de Comblain tout aussi important. Comblain-la-Tour, ce n’est pas « seulement » une colonie de vacances … ce n’est pas « seulement » un lieu où les enfants se rendaient, sans leurs parents, pour faire l’apprentissage d’un autre mode de vie que le modèle familial ! Comblain, c’est aussi un endroit où on se rendait régulièrement en famille, comme dans une maison de vacances où on aurait eu ses petites habitudes. Sur ces photos, Ala – ou plutôt Monique – n’a visiblement pas l’âge de participer aux colonies. Pourtant, entourée par ses parents, et par ses proches, elle découvre un autre lieu de vie, une autre maison, un autre jardin que le sien … et elle a l’air de s’y sentir déjà comme chez soi. Rien d’étonnant.

L’avantage des lieux chargés d’émotions, c’est qu’ils ne demandent qu’à déborder. Et quand ce sont nos propres émotions qui remplissent ces lieux … on n’a pas envie de résister. On se laisse envahir par la tendresse du moment, par la douceur des sourires ou par la solennité de l’instant. Et la photo devient la clé du plaisir.

Ce n’est pas par hasard si la photo 1.542 nous fait tellement penser à Ala i As. C’est parce que Comblain s’inscrit parfaitement dans la suite logique des choses : une famille qui cultive des valeurs polonaises, un entourage qui entretient les traditions, une école du samedi qui donne du sens à cette éducation, des structures qui multiplient les manifestations culturelles, des mouvements de jeunesse qui éveillent au folklore et, enfin des lieux de rassemblement qui prolongent le sentiment d’appartenir à une communauté. Ça s’appelle la cohérence  et on peut dire que nos parents n’en manquaient pas. Ce n’est pas qu’ils voulaient absolument nous façonner à leur image ou nous « formater », mais ils savaient que pour l’équilibre des enfants, il était important de faire preuve de cohérence. C’est sans doute la vertu qui fait le plus défaut aujourd’hui dans le monde où nous vivons.

Il y a mille et une manières de raconter Comblain … Et nous nous y attelons chaque lundi, en essayant d’aborder le sujet, à chaque fois, par un éclairage différent. N’avons-nous pas chacun « Notre Comblain » ?

Si la réalité dépend du prisme à travers lequel on la regarde, il doit exister des centaines de Comblain. Celui que j’ai envie de montrer aujourd’hui, c’est celui d’un endroit accueillant et convivial où on vient en famille, où on prend la pose, avec ses parents, ses frères et sœurs, pour alimenter l’album familial. Album qu’on feuillettera ensuite avec tellement de plaisir, les longs soirs d’hiver, pour se souvenir d’où on vient.

Comblain, c’est cet endroit où se créaient parfois des liens quasi-familiaux à une époque où il n’était pas toujours simple, ni évident, d’entretenir des liens avec les familles restées en Pologne … Comblain, ce petit bout de terre polonaise qui savait – et sait toujours – accueillir et entretenir le souvenir !

Alors, oui, on aimerait beaucoup feuilleter vos albums, parcourir vos souvenirs dont Comblain est la toile de fond et découvrir ainsi d’autres facettes de ce lieu si attachant !

21/01/2019 – JP Dz

1542
1.542 : COMBLAIN-LA-TOUR : Ala i As – Monique Kiełtyka.
1543
1.543 : COMBLAIN-LA-TOUR : Monique Kiełtyka.
1544
1.544 : COMBLAIN-LA-TOUR : Monique Kiełtyka entourée par ses parents.
1545
1.545 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sous le perron : Monique Kiełtyka et ( ? ).
1546
1.546 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sous le perron : Madame Kiełtyka ; Madame Bardo.
1547
1.547 : COMBLAIN-LA-TOUR : Devant le réfectoire : Stefan Romanowicz ; Christine Romanowicz.
1548
1.548 : COMBLAIN-LA-TOUR : Devant le pare-terre : Stefan Romanowicz ; Christine Romanowicz.
1549
1.549 : COMBLAIN-LA-TOUR : Devant les tartines : Stefan Romanowicz  ; Jeanine Romanowicz ou Halina Chudzicka ; Christine Romanowicz et Monsieur Romanowicz.
1550
1.550 : COMBLAIN-LA-TOUR : Devant les tartines : Madame et Monsieur Chudzinski ; Monsieur Jurga ? ; Ciocia Franka ; … ; Halina Chudzicka ou Jeanine Romanowicz,  Stefan Romanowicz, Christine Romanowicz ; Monsieur et Madame Kciuk.

 

Quiz n° 17 :

 

quiz_17_1971
Quiz n° 17 : Comblain-la-Tour 1971 : Monsieur Młynarczyk ; Monsieur Szymczak ; Casimir Nowicki ; Janek Perzyna ; Pan Jan ; Pani Barbo ; Ks Kurzawa ; Mirek Nahorniak ; Janek Konarski ; Danielle Konarski ; Christine Konarski ; Regina Gymza ; Patricia Młynarski ; Lydia Młynarski ; Bernadette Bierczyk ; Micheline Zwierzyk ; Pierre Bartnik ; Christiane Nahorniak ; Christine Mironczyk ; Annie Borowski ; …

quiz_17_b_1971

La même photo avec un quadrillage pour repérer plus facilement les participants.

0206 – Monsieur Edward Pomorski

Comme déjà annoncé, voici l’évocation d’une de ces personnalités essentielles de notre histoire polonaise en Belgique qui est enterrée dans le petit cimetière de Comblain-la-Tour. Une fois de plus, c’est notre ami André Karasiński qui nous en parle.

Monsieur Edward Pomorski ( 29 mars 1901 – 2 janvier 1995 ) était – du 11 décembre 1970 au 31 décembre 1988 – le dernier « Ministre plénipotentiaire du gouvernement polonais en exil » pour la Belgique. Il était commandant de la résistance polonaise ( organisation polonaise de lutte pour l’indépendance ) en Belgique et aux Pays-Bas ( 1940-1945 ).

 Monsieur Pomorski est né le 29 mars 1901 à Węgleszyn ( près de Kielce ), alors que cette partie de la Pologne d’avant le dernier partage en 1795, faisait partie de la Russie impériale. En 1919, il a servi comme volontaire, pendant plusieurs mois, dans la nouvelle armée polonaise pendant la guerre polono-soviétique de 1919 – 1921, et a combattu à la bataille de Varsovie. Puis il est retourné à l’école à Końskito pour terminer ses études secondaires. Il a étudié la philologie polonaise à l’Université Jagellonne de Cracovie ( 1921 – 1926 ). Il commence à travailler sur sa thèse de doctorat, ses intérêts sont centrés sur la littérature de la Renaissance polonaise, mais en 1927, il est rappelé pour compléter son service militaire interrompu en 1919 ; il atteint le grade de sous-lieutenant. Il a remporté une bourse à l’Université de Dijon ( France ), où il apprend le français. En juillet 1929, il épouse Jadwiga Górska, philologue, et commence à enseigner dans les écoles secondaires de Katowice et de Jędrzejów pendant deux ans jusqu’à leur départ pour la France en 1932.

Monsieur Pomorski est arrivé avec un passeport diplomatique à Monceau ( Centre de la France ) pour enseigner à la jeunesse polonaise et fournir un soutien social et culturel aux communautés polonaises de mineurs, de travailleurs et d’enseignants. Après 5 ans, il a été transféré à Liège, en Belgique. Il s’est inscrit à l’Université de Liège pour un diplôme en affaires consulaires et diplomatiques ( 1937 – 1939 ), mais la guerre a interrompu ce projet.

 Lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne le 1er septembre 1939 et malgré la déclaration, le 3 septembre, de la neutralité de la Belgique, Monsieur Pomorski et sa femme recrutèrent des volontaires pour les forces alliées en France : 2.000 hommes furent envoyés, presque tous recrutés parmi les mineurs et les sidérurgistes. En 1941, la résistance polonaise en France, connue sous le nom de POWN ( Polska Organizacja Walki o Niepodległość ), qui se traduit par l’Organisation Polonaise de Lutte pour l’Indépendance, contacta Mr Pomorski qui diffusait déjà un bulletin clandestin ( Marsz ), La Marche. POWN était une organisation militaire non politique sous les ordres du général Sikorski et du gouvernement polonais en exil à Londres.
Monsieur Pomorski a été nommé commandant pour la Belgique et les Pays-Bas, avec « nom de Guerre » Bolesław ; il avait 500 membres. Les objectifs fixés par POWN étaient les mêmes pour les trois pays :
–    rassembler des informations sur la circulation des troupes et des activités autour des sites industriels ;
–    organiser des itinéraires d’évacuation pour les pilotes et prisonniers tombés et interférer avec le transport des renforts en préparation du D-Day ;
–    identifier des sites pour le parachutage des techniciens et du matériel.

Monsieur Pomorski a franchi la frontière verte en France à plusieurs reprises et grâce à la présence de Polonais des deux côtés de la frontière et grâce à leurs efforts conjugués, POWN a identifié 182 rampes de lancement souterraines pour les missiles V1 et V2 ( toutes dirigées vers Londres ) dont 163 ont été détruites par les alliés. Une autre ligne de ces rampes a été découverte le long de la frontière belgo-néerlandaise. Des techniciens de sabotage ont été envoyés de Londres, mais leur action a été annulée, laissant Liège exposé aux missiles V1 pendant trois mois alors que les alliés étaient bloqués dans les Ardennes. Pendant les années de guerre, Monsieur Pomorski a subvenu aux besoins de sa famille en enseignant le russe dans une école de commerce à Liège, en Belgique.

 Lorsque la Belgique fut libérée en septembre 1944, Monsieur Pomorski, en tant qu’unique représentant de l’émigration polonaise, prit en charge le consulat à Bruxelles. POWN a enrôlé des volontaires pour rejoindre les forces militaires polonaises à Londres. Le 5 octobre 1944, 800 hommes quittent la Belgique. Après la venue de Londres de deux diplomates, Monsieur Pomorski est devenu attaché culturel et nommé inspecteur scolaire par le gouvernement en exil. Cela signifiait la reconstruction d’un réseau d’écoles polonaises, mais aussi la mise en place d’un système scolaire rudimentaire dans les camps de déportation en Allemagne où de nombreuses familles, réticentes à retourner en Pologne, attendaient une chance d’émigrer.

Après la reconnaissance de la Pologne communiste en 1947, Monsieur Pomorski et sa famille se sont retrouvés dans une position précaire. Le gouvernement de Varsovie a fait pression sur Mr Pomorski pour s’assurer que, s’il restait avec eux, il utiliserait sa position influente au sein de l’émigration pour promouvoir leur idéologie. Sinon, il ne serait pas autorisé à retourner en Pologne.

Ainsi, Monsieur Pomorski a terminé sa thèse et a obtenu son doctorat en histoire et littérature slaves de l’Université libre de Bruxelles ( 1951 ). Au cours des 40 années suivantes, il ouvre et développe un bureau de traduction où il fait lui-même des traductions en 12 langues et plusieurs dialectes. Il a été élu par ses pairs président de l’Ordre des traducteurs de Belgique.

 Après la phase de résistance armée, POWN a dû redéfinir ses objectifs puisqu’il a été créé en tant qu’organisation militaire. POWN a désigné un Comité Général de Lutte pour l’Indépendance le 14 mai 1945, avec Monsieur Pomorski comme commandant pendant 6 mois. POWN est devenu par la suite l’Union des Polonais en Belgique ( Związek Polaków w Belgii ou ZPB ) dont Mr Pomorski a été le Secrétaire pendant 5 ans et Président durant les 27 années suivantes.

Au fil des années, Monsieur Pomorski a continué à organiser des écoles polonaises, même en Allemagne de l’Ouest, et à suivre de nouveaux enseignants, dont beaucoup ont été recrutés parmi les déportés des camps nazis. Pendant quelques années, le gouvernement de Londres en exil paya jusqu’à 30 d’entre eux, enseignant jusqu’à 3.000 enfants en 1948 en Belgique. En 1949, Monsieur Pomorski fonda le Lycée Polonais de Bruxelles, une école par correspondance pour permettre aux jeunes déplacés de terminer leurs études secondaires.

Note : DP Displaced Person – Personne déplacée  est une personne contrainte à vivre en dehors de son territoire à cause de la guerre ou d’une oppression politique.

Lorsque les fonds ont disparu, Monsieur Pomorski a continué à gérer le système scolaire sous le patronage de l’Union des Polonais ( ZPB ) et des Polonais Libres de Belgique ( Macierz ). Ils ont écrit leurs propres manuels et soutenu les enseignants grâce à des dons, ainsi qu’à des événements sociaux, culturels et sportifs.

Monsieur Pomorski est resté dévoué au mouvement du Scoutisme jusqu’à ses dernières années. Il a organisé des camps d’été et formé des animateurs. Avec l’aide d’autres Polonais dévoués, Macierz a acquis une propriété « Le Centre Millennium » dans les Ardennes à Comblain-la-Tour où de nombreuses activités ont encore lieu, y compris les camps d’été.

Jusqu’à sa mort en 1995, il a organisé des cérémonies annuelles dans les cimetières militaires polonais et prononcé de nombreux discours les jours d’armistice. Les frais / honoraires ( anglais : fees ) ont été financés grâce aux recettes provenant d’événements sociaux et culturels. Il a publié un bulletin Polak w Belgii ( Un Polonais en Belgique ) pendant de nombreuses années et après la mort de sa femme, il a repris Brukselskie Nowiny ( Nouvelles de Bruxelles ). Il a continué à s’intéresser à la littérature, en particulier celle touchant l’intelligentsia en exil. Il a donné de nombreuses conférences sur des sujets très sensibles aux écrivains exilés : à Londres, au Congrès polonais des sciences et de la culture contemporaine ( 1970 ), à Liège ( 1956 ), à Heidelberg ( 1957 ) et au Symposium littéraire international de Strasbourg ( 1966 ).

En 1993, il crée le Centre polonais d’études culturelles et scientifiques à Bruxelles. Ce centre, aujourd’hui très réduit, poursuit quelques activités dans le cadre de la bibliothèque polonaise de Bruxelles.

De 1957 à 1985, Monsieur Pomorski était le délégué du gouvernement en exil pour tout ce qui concernait l’émigration polonaise. En décembre 1970, le Premier ministre en exil Zygmunt Muchniewski nomma Monsieur Pomorski, ministre plénipotentiaire de Pologne pour la Belgique, un poste qu’il occupa jusqu’à la fin de 1988. Il succéda à Jerzy Korab-Brzozowski ( 1957-1970 ).

En 1975, Monsieur Pomorski a été délégué à Washington pour assister au Congrès culturel polonais ( tenu une fois tous les 10 ans ), en tant que représentant de l’émigration polonaise dans le monde entier. Il a été élu membre du Conseil national de la République par l’émigration polonaise de Belgique le 30 avril 1989.

Lorsque le président Walesa se rendit à Bruxelles pour une visite officielle, il invita Monsieur Pomorski à venir à Varsovie pour donner une conférence sur les activités de l’émigration polonaise avant, pendant et après la guerre. Le public a été surpris par l’ampleur du travail accompli par Monsieur Pomorski et sa femme, à titre gratuit.

En 1991, le président Walesa l’a nommé membre permanent du Parlement et l’a invité à assister à toutes les sessions parlementaires. Il est nommé Commandeur de l’Ordre de Polonia Restituta en 1991. Il meurt à Bruxelles le 2 janvier 1995 et est enterré au cimetière de Comblain-la-Tour avec son épouse Jadwiga, décédée à Bruxelles le 15 mai 1979. Il a eu 3 enfants, Anna, Andrzej et Alina, nés en Pologne, en France et en Belgique.

 Distinctions honorifiques :

Française : La Croix du Combattant pour l’action dans la Résistance 1940 – 1945 ;

Belges : –   La Croix des Valeureux pour la Résistance 1940 – 1945 ;
–       Mr Pomorski a été reconnu combattant armé en 1952 par le ministre de la Défense ;
–       A été honoré avec la médaille commémorative 1940 – 1945 avec des sabres croisés par le royaume de Belgique en 1956 ;

Polonaises :   –   Polonia Restituta, Knight ( 1970 ) et Officer niveaux ( 1988 ) décerné par le gouvernement polonais en exercice à Londres ;
–          Polonia Restituta, la Croix du Commandeur ( 1991 ) décernée par Lech Walesa, Président de la République ;
–          Cross des valeureux donné en 1945 par les forces armées polonaises à Londres pour l’action dans le mouvement de résistance POWN ;
–          Cross des valeureux pour la défense de la patrie 1918 – 1921, attribué en 1992 par le président Lech Walesa ;
–          Médaille de Bronze avec des sabres croisés pour 10 ans de service à la nation, 1938 ;
–    Croix de mérite en argent avec sabres croisés pour services rendus en Pologne avec les services diplomatiques en France, 1936 ;

Yougoslave : – Médaille commémorative de l’Armée royale yougoslave donnée par le Roi Pierre II en exil pour le 20ème anniversaire de la fin des hostilités 1941 – 1945.

Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Pomorski

0185
0185 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur le perron : Monsieur Pomorski ; Irena Małek ; Mme Kołodziejka – ce sont d’anciens scouts.
0708
0708 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur l’escalier du perron : Mr Mirosław Wochen et Marianna, son épouse ; Pani Merta et son mari Wacek ; Mr Pomorski ; Mr Jan Stefanski et son épouse ; Mme Nioucka Bień ; Aline Bień ; Mr Dulak ; Pan Bardo ; Mme Marianna Koldziejka ; Mr Marysia et Bolek Chwoszcz ; Mirka Chwoszcz ; … ; Mr Kiełtyka et Mme Kiełtyka ; André Paterka ; Danielle Paterka ; Mr Kaziu Rogacki ; Mme Irène Drabina et son mari ; Mr Tadek Plichta ; Mr Angowski ; ( ? ) ; Béatrice Laffut.
1536
1.536 : COMBLAIN-LA-TOUR : Sur la tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski : Madame Stefania Ludwikowski entourée par les enfants de la colonie.
1537
1.537 : COMBLAIN-LA-TOUR : Tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski.
1538
1.538 : COMBLAIN-LA-TOUR : Tombe de Monsieur et Madame Edward Pomorski : Et à sa droite, la tombe de Madame Józefa Żubel.
1539
1.539 : COMBLAIN-LA-TOUR – 30 septembre 2017 : Hommage aux personnalités polonaises : Son Excellence, Mr l’Ambassadeur de Pologne en Belgique, Mr Artur Orzechowski ; les représentants du parlement polonais, des chancelleries du Sénat et de la Présidence Polonaises ; Monsieur Piotr Ładomirski ; Madame Barbara Wojda ; ( ? ).
1540
1.540 : COMBLAIN-LA-TOUR – 30 septembre 2017 : Hommage aux personnalités polonaises : Son Excellence, Mr l’Ambassadeur de Pologne en Belgique, Mr Artur Orzechowski ; les représentants du parlement polonais, des chancelleries du Sénat et de la Présidence Polonaises ; Monsieur Piotr Ładomirski ; Madame Barbara Wojda ; ( ? ).
1541_2017_65_ans
1.541 : COMBLAIN-LA-TOUR : Hommage à Monsieur Edward Pomorski.

 

Quiz 14, 15 et 16

quiz_14
Quiz n°14 : Ressaix : Casimir Nowicki ; Jean-Michel Deputat ; Nadine Deputat ; Malvina Rusowicz ; Eveline Ogonowski ; Dominique Ogonowski ; Jeanine Leracz ; Lydie Białecka ; Lucette Kiełtyka ; Jeanine Romanowicz ; Annie Kiełtyka ; Richard Szymczak ; Liliane Kiełtyka.
quiz_15
Quiz n° 15 : Photo de l’école polonaise de Tertre qui doit dater de 55-56 :
Les cours se donnaient dans une Swietlica qui était un ancien baraquement en bois et situé derrière l’ancien terrain de football de Tertre. Les cours étaient donnés par Mr Jozef Karasiński. Beaucoup de ces jeunes ont adhéré par la suite au KSMP Echo Ojczyste et aux colonies polonaises dont Comblain.
Accroupis : Edward Kucharzewski et Jean Grzeskowiak ;
1ère rangée : Irène Lokietek ; Michel Mielcarek ; Maria Walkiewicz ;  Zbyszek Blaszka ; Wanda et Pierre Jankowski ; ( ? ) ; Paul Jankowski ; Krysia Mielcarek ; Richard Mielcarek et Véronique Lokietek ;
2ième rangée : Edmond Mielcarek ; Monia Krasowska ; Jean-Marc Smolarek ; Monique Wroblewski ; Wladek Samek ; Jeanine Krasowska ; Feli Nowak ; Jeanine Mielcarek ; ( ? ) ; et Genia Greszkowiak ;
Dernière rangée : Henri Mielcarek ; Zbigniew Samek ; Daniel Jessel et Raymond Mielcarek.
Particularité : Tous les enfants sont de la Cité Wauters de TERTRE.
Merci Raymond … quelle mémoire !
quiz_16_ksmp_liège_009
Quiz n° 16 : Liège … peut-être un festival ? :
 Mr Wacek Bień ; Ksiadz Kazimierz Szymurski ; Helena Wochen ; Fabienne Laffut ; Pani Jożia de la chorale de Liège ; et derrière, quelques garçons de Liège ;
Patricia Majchrowski ; Cathy Cieslik ; Hélène Piech ; Christine Piech ; Christel Majchrowski.
J’aime beaucoup cette photo. C’est le genre de document qui trouble, qui brouille les pistes.
On y retrouve un peu de Liège et un peu de Charleroi. C’est bien la preuve que malgré la distance, et parfois la compétition, nous étions tous parfaitement unis !

 

0205 – Le mystère du fond de l’Ourthe

De tout temps, Comblain-la-Tour a fasciné les enfants que nous étions … Nous avons laissé là nos imaginations se libérer. On ne comprenait pas tout … mais, avions-nous vraiment envie de tout comprendre ? « Rien n’est plus beau qu’une clé tant qu’on ignore ce qu’elle peut ouvrir … ». Alors, quand nous tombions sur ce qui nous paraissait être une énigme, nous étions passionnés. Et en même temps, se confronter à des réalités intangibles et irréfutables nous titillait aussi … et nous titille toujours.

C’est sans doute un peu pour ça que nous avons décidé de créer le thème des « Revisitons Comblain » … pour refermer définitivement quelques énigmes … mais aussi pour libérer de la place et donner du grain à moudre à nos fantaisies … histoire de rester jeunes dans sa tête.

C’est sans doute un peu pour ça aussi que, lors de notre dernier week-end des Anciens à Comblain en septembre 2018, vous avez « flairé » une nouvelle énigme à résoudre, un nouveau challenge, une bonne excuse pour offrir à nos rêveries quelques épisodes supplémentaires. Certains d’entre vous m’ont même entraîné sur place pour constater de visu et témoigner sur ce nouveau « Mystère du fond de l’Ourthe ».

Effectivement, tout laissait à penser que nous étions face à une énigme ! En plein milieu du parc, l’Ourthe laissait apparaître, tout au fond de son cours, comme une construction humaine … comme un U en pierre, trop parfait pour être l’œuvre du hasard ! On aurait dit l’ébauche d’un pont, d’une passerelle ou d’un autre ouvrage d’art dont l’utilité ne sautait pas aux yeux ! Les photos 1.530, 1.531 et 1.532 sont bien garantes que ce n’était pas une hallucination collective. Mais alors … pourquoi n’avons-nous jamais rien vu ? Nous avons joué là des centaines de fois, nous nous sommes installés à cet endroit précis ( pour fréquenter ) des quantités de fois … sans jamais rien voir !

Il faut dire que la sécheresse de cet été a été exceptionnelle. Le niveau de l’Ourthe n’a sans doute jamais été aussi bas. Ceci explique pourquoi nous n’avons jamais vu cette construction … mais pas pourquoi cette construction est là ! Et voilà que nos imaginations s’enflamment à nouveau … Chacun y est allé de sa petite théorie : « C’était une passerelle ou un pont. C’est sûr » ; « C’est sans doute l’armée allemande quand elle occupait l’hôtel, pendant la première guerre mondiale, qui a commencé à construire un rempart ou un abri pour résister … » ; « Ou alors, c’est une rampe ou un quai de chargement ». Nous avons tout entendu. C’est magnifique de voir les imaginations s’emballer ! Je suis presque triste de vous contredire aujourd’hui. Parce que bien sûr, nous avons mené l’enquête … ou plus tôt, j’ai demandé à René Defossé, notre plus fin limier de la vallée de l’Ourthe, de mener l’enquête.

René a tôt fait de percer le mystère. Moi, j’ai préféré vous laisser un peu « mariner » avant de vous livrer les explications scientifiques et historiques que René m’avait livrées. Tout est clair à présent. Les éclaircissements sont venus d’un livre : « Mille ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents », écrit en 1973 par Robert Dalem et André Nelissen. On y apprend que, toutes sortes de constructions humaines ( ce n’est pas un pléonasme, tant on peut voir sur les bords de la rivière des constructions de … castors ), ont été élaborées dans le lit de l’Ourthe :

Les « vennes », qui servaient à retenir les poissons, et accessoirement à empêcher les eaux de s’écouler trop rapidement, les « rèles », qui étaient constituées d’un mur construit au moyen de grosses pierres et qui jouaient le rôle de digues pour éviter que les « crasses » entravent la navigation, les « bârèdjes » destinées à créer une réserve d’eau suffisante aux bateaux pour continuer, et d’autres encore … mais aucune de ces explications ne correspondant à la construction que nous avons pu voir dans le parc …

Pour comprendre pourquoi ce muret est là, il faut se rapporter à un article publié dans les Anciens de Comblain où j’évoquais la construction du « Canal de l’Ourthe » ( article n° 149 ). Mais les auteurs du livre, cité plus haut, attirent notre attention sur le fait que la « canalisation de l’Ourthe » » et le « canal de l’Ourthe » sont, en fait, deux choses essentiellement différentes. Même si les deux projets avaient le même but : la jonction entre la Meuse et le Rhin.

Concrètement – et en vous évitant une foule de détails – on dira que la canalisation de l’Ourthe, œuvre de Remy de Puyd, date de l’époque hollandaise et démarre en 1827. Il s’agissait ici d’atteindre la jonction en utilisant le lit propre de l’Ourthe sur toute sa longueur. Bien sûr, pour la rendre navigable, on construira dans la rivière des écluses ( 215 écluses ). La structure que nous avons observée en septembre est le vestige d’une de ces écluses. Ce projet finira par être abandonné !

Le Canal de l’Ourthe, projet suivant ( 1847 ), consistait à creuser une nouvelle tranchée parallèle à la rivière et … bien sûr, plus question de se servir des ouvrages terminés ou en voie d’achèvement. On fait table rase de tout ce qui a été fait et on recommence ! Pas une seule des écluses ébauchée sous le régime hollandais ne servira pour le nouveau projet. Et donc, Notre écluse n’aura jamais servi ! Notez que ce canal sera achevé jusque Comblain-au-Pont en 1857 et que d’immenses travaux de creusement viendront « ouvrir en deux » Comblain-la-Tour … pour finalement être abandonnés ! La tranchée sera rebouchée pour servir d’assiette à la ligne de chemin de fer.

L’énigme est ainsi résolue. Permettez-moi quand même d’ajouter que si notre écluse n’a jamais servi … nous, à chaque fois qu’on nous a servis, on a pas mal « éclusé ».

Mais rassurez-vous, je ne vais pas vous laisser sans une nouvelle énigme à cogiter. Ce ne serait pas gentil.

Voici donc l’énigme suivante … Lors de ce fameux week-end, Eveline et moi dormions dans la chambre n° 8. C’était en son temps la chambre de Ks Kurzawa. Depuis, 2015, nous avons déjà dormi-là à plusieurs reprises. Pourtant, il y a quelque chose que nous n’avions jamais vu ! Sur le mur, juste à côté de la fenêtre, caché par la tenture, une inscription ! Je vous laisse la découvrir sur la photo 1.535. Je vous donne ma parole que c’est vrai et que ce n’est pas nous qui l’avons inscrite ( ce serait du vandalisme ). Mais alors … ?

07/01/2019 – JP Dz

1530
1.530 : COMBLAIN-LA-TOUR – 2018 : L’Ourthe au niveau du milieu de parc.
1531
1.531 : COMBLAIN-LA-TOUR – 2018 : L’Ourthe au niveau du milieu de parc.
1532
1.532 : COMBLAIN-LA-TOUR – 2018 : L’Ourthe au niveau du milieu de parc.
1533
1.533 : Mille ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents : Couverture du livre écrit par Robert Dalem et André Nelissen.
1534
1.534 : Mille ans de navigation sur l’Ourthe et ses affluents : Page 104, paragraphe consacré à la construction que nous avons découvert dans l’Ourthe.
1535
1.535 : COMBLAIN-LA-TOUR – 2018 : Mystère de la chambre 8.