Regardez sur la photo 126. Vous la reconnaissez ?
Ceux qui sont sur facebook – et qui ont tout lu – connaissent déjà la réponse. Mais CHUT… laissez réfléchir les autres.
Alors, ça vous revient ? Mais si, la dame au centre de la photo ; avec sa sacoche et sa robe à fleurs ?
Elle, elle vous a repérés. Elle vous regarde droit dans les yeux. Ce n’est pas le genre « timide ».
J’avoue que moi aussi, j’ai eu du mal. Je ne l’ai pas reconnu. Pourtant…
Allez, je vous laisse encore un petit moment pour remuer vos méninges.
Sur la photo, il y a aussi Mr Jóseph Rzemieniewski ( qui était journaliste et correspondant du journal Narodowiec ), Ks Kurzawa et Pan Jan. Et même eux, ils font mine de ne pas avoir vu la dame.
Vous donnez votre langue au chat ?……… Pani Merta
Moi aussi ça m’a fait ça : j’ai été parcouru par un frisson.
Dès que Zdzislaw Blaszka a prononcé ce mot-là, un tas d’émotions sont revenues. Mais surtout, comme une angoisse, Pani Merta est de retour. Brrr.
Je suppose que vous êtes comme moi. Ceux qui l’ont côtoyé s’en souviennent. Cette brave dame nous a laissé des séquelles, comme une empreinte douloureuse sur « la page blanche de nos innocentes adolescences » ( oui, je sais… il faut le dire vite et pas trop insister ). Ceux qui ne l’ont pas connu – les chançards – ignorent à quel point elle nous paraissait tyrannique.
Avec le recul, c’était peut-être une personne charmante ? Peut-être quelqu’un qui s’était investi de la mission ingrate de nous faire marcher droit ? Je ne l’ai pas suffisamment pratiqué pour sonder l’intérieur de cette âme-là. L’extérieur nous suffisait, et nous affichions à son égard – et uniquement en sa présence – un respect respectueux. Bref, elle nous faisait peur. Pourquoi ?
J’ai beau creuser ma mémoire, impossible de me rappeler un seul exemple pour illustrer. Ce n’est qu’un sentiment diffus et inconfortable ancré au plus profond de nos terreurs d’adolescents.
Apparemment, les filles du Limbourg ont gardé d’elle est excellent souvenir. Bizarre.
Peut-être que Pani Merta voulait seulement « protéger » les filles du Limbourg contre les garçons wallons ?
Et pourtant, nous l’avons complètement oublié. Même en regardant la photo.
C’est le fait de prononcer son nom qui a déclenché le processus de mémoire.
Et autre exemple : il y a quelque temps, en discutant avec Czesiu Kucharzewski, il a prononcé un autre nom, tout aussi, évocateur : Lothard. Ça ne vous dit rien ? Je l’avais oublié, lui aussi. Czesiu m’a rappelé ce qui suit :
« Lothard – allemand qui d’après ma mémoire ne pétait pas un mot de polonais d’où communication difficile – s’amusait à viser nos arrière-trains ( surtout celui des filles ) avec un pistolet à plomb qu’il avait acheté au petit magasin de souvenirs de Comblain.
Même si l’arme était peu puissante, cela faisait mal et ne faisait rire que lui.
Il avait réussi à mettre toute la colonie en alerte ½ journée ; on s’est tous mis en vain à sa recherche.
Monsieur s’est ramené tranquillement après quelques heures expliquant qu’il était parti pêcher au petit matin ne comprenant pas pourquoi tout le monde s’inquiétait de son absence.
Le curé allemand, entre autres, était, à raison, furibard.
J’ai sûrement oublié d’autres épisodes, mais impossible qu’il n’y en ait pas eu.
Je doute aussi qu’on lui ait permis de revenir les années suivantes. »
Pani Ludka Merta, Lothard, et beaucoup d’autres ne renaissent dans nos mémoires que si quelqu’un les évoque. Qui se souvient encore de Violette ( photo 128 ) ? et de Tam-tam ?
C’est un peu comme dans l’œuvre de Marcel Proust « Du côté de chez Swan ». Un parfum, une odeur, un mot sont autant d’invitation à la nostalgie. Sauf que nos souvenirs à nous, ils sont plutôt « Du côté de chez Wen ».
14/09/2015 – Jean-Pierre Dziewiacien – https://anciensdecomblain.com/
PS : Pour ceux qui n’ont pas tout lu, ou tout mémorisé, Mr et Mme Wen sont ce couple très sympa qui dirige la superette à côté du pont de Comblain-la-Tour.



































