0129 – Les Russes arrivent !

… ce que Georges Z. et Henri Z. vous ont toujours caché
Par Piotr Rozenski

Nul ne sait quand ni comment le contact s’est établi, si c’est eux qui nous ont repérés ou si c’est nous qui sommes allés les dénicher. Georges Z. est un des rares détenteurs des clés de ce secret bien gardé. N’était-ce pas lui qui a « arrangé » la première rencontre … qui, à force de vouloir se mesurer au grand frère slave, nous a entraînés dans cette série insensée d’affrontements fratricides ?

Quoi qu’il en soit, un soir de juillet 1980, ils nous ont officiellement invités « chez eux », dans leur camp de scouts près de Saint-Hubert, et une modeste délégation d’une poignée de moniteurs/-trices, triés sur le volet, s’est mise en route avec le Père Richard, dans sa splendide VW Jetta bleu ciel … serrés comme des sardines.

Soit dit entre nous, ce qu’on serrait, c’était surtout … les fesses. Il m’arrive encore de me réveiller la nuit, en sueurs froides, hanté par ce souvenir : le Père Richard – Robert Kubica de son vrai nom – roulant à 160 km/h sur les routes sinueuses de l’Ardenne belge, ricanant avant chaque chicane et virage en épingle : « Vaut mieux ralentir un peu avant les panneaux flèches rouge et blanc, non ? ! » Ouf, nous voilà rassurés !

Cela relève d’un miracle qu’on s’en soit sortis vivants … et encore plus, qu’on ait réussi à les trouver, les Russes. Le GPS n’existait pas et, franchement, ils ne nous facilitaient pas la tâche, là, retranchés dans le coin le plus reculé de la Forêt de Mirwart. Il semble qu’à ce jour, le site n’ait toujours pas été cartographié par Google Maps. Ce qui n’a pas empêché le Père Richard, visiblement guidé par le Saint-Esprit, de foncer tête baissée, tout droit au but, comme un cheval qui a reniflé l’écurie.

Tout d’un coup, ils ont surgi, les Russes, dits Blancs*, dans leur tanière au fond de cette forêt noire, vêtus en uniformes bleus, sous leurs tentes vert-kaki … impeccables, disciplinés, sympathiques, aux consonances mélodieuses de Volodia, Olga, Sacha, Katia ou Micha

L’accueil fut chaleureux, ponctué de chants polyphoniques qui font dresser le poil au bras et vous touchent au cœur. Et à chaque note, une myriade de voix d’anges s’élevait par-dessus les vallées jusqu’aux cieux, que dis-je, jusqu’aux confins des sphères étoilées. D’emblée, le ton était donné : 1-0 pour les Russes … Car, soyons honnêtes, malgré les barytons sonores de Georges Z. et de son compagnon de route de longue date, Henri Z. ( y mettant pourtant leurs tripes, s’efforçant de faire sortir de leurs gosiers le double des décibels habituels, c’est dire l’effort ), les nôtres venaient s’échouer, comme des râles épais, au pied du premier rang de pins de la Forêt de Mirwart.

Des anges, oui … sauf qu’au moment d’investir l’arène, ils se donnaient corps et âme, se transformant en véritables machines de guerre. Si pour nous, un jeu de nuit, c’était … un jeu, pour eux, ce qui était en jeu c’était, au bas mot, l’honneur de la Patrie et la gloire éternelle.

Lors de la première confrontation nocturne déjà, ils avaient tout prévu : camouflages, treillis, talkies-walkies, bref, ils étaient armés jusqu’aux dents … les kalachnikovs en moins. Nous, en jeans délavés, les visages pâles, qui contrastaient dans la nuit tel Zorro dans la neige, et comptant, comme seul moyen de communication, sur nos voix … audibles à des kilomètres. Passés maîtres dans l’art du guet-apens, ils avaient posté leurs Lada sur les hauteurs, aux abords de la « war zone ». En arrivant, on était aussitôt pris dans leurs phares, comme des biches. Nous voilà éblouis, tétanisés, proies faciles. Il leur a suffi de 30 secondes pour décimer 80 % de nos troupes. 2-0 !

Franchement, on ne peut le dire autrement – et sans mauvais jeu de mots – pour nous, c’était la Bérézina.

Rentrés au château au petit matin, on s’est juré : PLUS JAMAIS CA ! On n’attendait que l’heure de la revanche et, cette fois-ci, on n’allait plus se laisser prendre comme des bleus.

Un an après. L’un venait tout juste de boucler son service militaire : Georges Z., Z comme « Ze Caporal of Flémalle », un titre honorifique qui a vite commencé à circuler après son retour au bercail, où il a notamment su s’imposer au sein des « FFF » ou « Flémalle Freedom Fighters », en se forgeant une réputation solide de combattant infatigable. L’autre, rongé par l’envie de rejoindre les « marines » au plus vite possible : Henri Z., Z comme « Zéro Tolérance ».

Métamorphosés en Rambos et prêts à en découdre, ils avaient tout prévu, treillis et camouflages sophistiqués, traçant sur leurs visages, comme des calligraphes japonais, des lignes raffinées et empreintes de poésie, de complexes dessins ésotériques, en référence aux runes mythiques ou à d’autres obscurs rites kabbalistiques dont nul, hormis nos deux « warriors », n’était à même de décrypter les subtilités profondément énigmatiques.

Ce qui plus est, Henri Z. détenait maintenant une arme redoutable. Certains l’appelaient la « Grosse Berthe de Liège », d’autres y voyaient carrément la V2 des temps modernes. Mais pour le modeste Henri – naguère encore surnommé le Petit Nicolas de Saint-Nicolas – c’était tout simplement … la mère de toutes les bombes.

Depuis des mois, à ses heures perdues, il avait patiemment mis au point, dans son garage, des grenades fumigènes, soigneusement bricolées sur la base d’azotes et phosphates, méticuleusement récupérés à partir des engrais laissés à l’abandon dans l’abri-jardin de son père et de la lessive subtilisée dans le cellier de sa mère. Si vous voulez vous faire une petite idée de l’effet potentiellement dévastateur du mélange de ces produits, il suffit de vous pencher sur le cas de l’usine AZF à Toulouse, quand elle s’est littéralement désintégrée un beau matin de septembre 2001.

Semant d’abord, avec ses engins, la terreur sur sa commune natale, il a vite réussi – épaulé par Georges Z., devenu son frère d’armes inséparable, et selon toute probabilité appuyé par Francine Z., la sœur du caporal – à se frayer un chemin dans le cercle hermétique et mal famé de la « GHZZ » ou « Grâce-Hollogne Zombie Zone », « GH » ayant aussitôt été rebaptisé en « Gorges & Henri » ( prononcé avec l’accent british ), en l’honneur des deux illustres recrues fraîchement adoubées.

C’est là qu’Henri a reçu son nom de code définitif : « Boris Z. », Z comme « Zapalka » ( allumette ). Son renom allait bientôt franchir les frontières de la bourgade, sévissant sur tout le bassin liégeois, voire conquérant quasiment tout l’Est du royaume. Inutile de préciser qu’avec une seule étincelle, il aurait pu éradiquer l’ensemble des réseaux maléfiques de Verviers.

Modeste, certes. Pour autant, Henri Z. exécrait le boulot fait à moitié. Avant de larguer ses projectiles sur les Russes, il tenait absolument à effectuer un dernier test, grandeur nature. Lors d’un jeu de nuit, organisé entre nous, Henri Z. avait bien l’intention de démontrer toute l’étendue de leur efficacité et de faire honneur à son nom de guerrier. Il va de soi qu’il avait tout prévu … sauf l’imprévisible : la météo !!! Au moment de dégoupiller, le vent a tourné … de sorte qu’on s’est pris toute la fumée dans la figure. Toussant comme des tuberculeux, on n’a pas eu d’autre issue que de battre en retraite, sans coup férir. L’arme fatale a fini par se tourner contre nous.

Et tant pis pour la V2, on avait appris la leçon, on avait pris de l’aplomb. Motivés à bloc, on était dorénavant capables de nous battre à armes égales avec les Russes. On l’a bien démontré ce fameux après-midi à Anthisnes, quand « GG », le Général Georges, est sorti des bois brandissant le drapeau comme un trophée, perché, tel un torero, sur les épaules de son plus fidèle lieutenant Boris. Eh oui, on les a bel et bien tenus en échec, nos frères slaves ( voir photo 850 et 851 ). 2-1 !

Et si ce n’est pas sur le champ de bataille, c’est autour du feu de camp. Même si elle n’est pas claire et nette, la photo ( 853 ) ne ment pas : on les a bien roulés dans la farine, ces Russes ( la seule fois qu’on les a vraiment vus en blanc ! ). 2-2 !

Ouf, l’honneur était sauf.

 *Descendants des Russes ayant fui leur pays dans les années suivant la Révolution bolchévique de 1917 (blanc en opposition à la couleur rouge des communistes).

31/07/2017 – Piotr Rozenski

0848
0848 : MIRWART : Un petit village tranquille, qui en rappelle un autre : Carte postale.
0849
0849 : MIRWART : Un petit village tranquille, qui en rappelle un autre : Carte postale.
0850_(0410)
0850 : Les Stepennes : Jeu du drapeau : Anne-Marie Kantyka ; … ; Georges Załobek ; Piotr et Tomasz Maj ; … ; Henri Zapałowski ; Elisabeth Rozenski ; … ; Fabienne Laffut ; Béatrice Laffut ; Michel Konarski ; Cécile Danielewski ; Hélène Piech ; Richard Chwoszcz ; Irène Malek ( ? ) ; Freddy Motała ; Piotr Rozenski ; … et Michel Volodimiroff.
0851_(0411)
0851 : Les Stepennes : Jeu du drapeau : Anne-Marie Kantyka ; … ; Georges Załobek ; Piotr et Tomasz Maj ; … ; Henri Zapałowski ; Elisabeth Rozenski ; … ; Fabienne Laffut ; Béatrice Laffut ; Michel Konarski ; Cécile Danielewski ; Hélène Piech ; Richard Chwoszcz ; Irène Malek ( ? ) ; Freddy Motała ; Piotr Rozenski ; … et Michel Volodimiroff.
0852
0852 : COMBLAIN-LA-TOUR : Prêt pour le combat : Michel Volodimiroff ; Henri Zapałowski ; Georges Załobek.
0853_Michel_Volodimiroff
0853 : COMBLAIN-LA-TOUR : Mise à blanc : Michel ( Misha ) Volodimiroff ; Vania Drewinsky.

 

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