0279 – Et flûte à Kopernik !

Qu’y avait-il de plus doux que ces longues soirées d’été quand la lumière commençait à s’estomper et à laisser place à un crépuscule rempli de promesse ? Il nous restait encore un peu de temps devant nous avant que le rassemblement du soir ne vienne clôturer une journée de colonie. Nous en profitions pour nous allonger sur la grande pelouse que Pan Jan avait fraîchement tondue et pour admirer le combat entre la lumière et l’obscurité

… surtout quand le hasard avait voulu nous désigner pour le « turnus » du mois d’août et que nous savions déjà que l’obscurité nous envahirait plus vite … et, en tout cas, avant le coup de sifflet. C’était pour nous l’occasion d’admirer les étoiles et « pas que … ».

Les plus jeunes dépensaient leurs dernières énergies à courir autour du parc, à grimper à l’arbre aux singes, à inventer des jeux ou à jouer à cache-cache en utilisant la pénombre pour mieux se dissimuler … Nous, les plus grands, les moniteurs et les monitrices, installés au centre de la pelouse, nous feignions de les surveiller de loin tout en nous abandonnant à nos propres émotions … Et les premières étoiles s’illuminaient dans le ciel de Comblain-l’amour !

A l’école, nous avions tous entendu parler de la « Grande Ourse » et de la « Petite Ourse » … certains ( en prévision des longues soirées de colo ) avaient été plus loin … histoire de pouvoir en tirer profit le moment venu ! Ils avaient étudié le ciel … enfin juste ce qu’il faut pour dire.

Imaginez-vous … vous êtes allongé sur l’herbe … à côté de cette jolie fille qui vous résiste depuis le matin … et là, au bon moment, vous lui montrez le ciel avec le doigt : « Regarde là, la Petite Ourse » … Dans quel état pensez-vous que la jolie fille soit ? Elle fond ! Vous prenez alors l’air complètement fasciné pour lui expliquer le magnétisme que vous inspire la voûte céleste. Elle craque ! Vous vous retournez alors subitement vers elle et vous plongez dans ses yeux … Là, avec une voix tremblotante, vous lui confessez que les étoiles sont encore plus belles quand elles se reflètent dans le noir de sa pupille … Elle flanche ! C’est le bon moment pour vous rapprocher de son visage … pour « mieux apercevoir le reflet de la Petite Ourse dans cette constellation que tes yeux redessinent si tendrement » … Normalement, là, elle cède ! Les garçons tombent amoureux d’abord avec leurs yeux … les filles, c’est d’abord avec leurs oreilles. Merci les étoiles pour ce coup de pouce complice qui rendait nos filles si vulnérables.

On peut bien vous l’avouer aujourd’hui, le truc de la « Petite Ourse », c’est un tuyau que les garçons se refilaient les uns les autres par solidarité masculine … avec plus au moins de sincérité et de romantisme. Pour les plus sentimentaux, le doux baiser qui suivait restera gravé dans leur mémoire. Pour les moins tendres, c’était juste un bon moyen de gagner du temps.

N’empêche que … pour y arriver il fallait au moins rester un peu crédible … parce que même vulnérables, elles n’en restaient pas moins vigilantes … et aucun d’entre nous n’était à l’abri de se prendre un « râteau ».

Nous devions au moins maîtriser quelques bases … Dieu merci, ce n’était pas trop compliqué. Tout ce que nous devions savoir c’est que pour trouver la « Petite Ourse », il suffisait de regarder le ciel dans la direction du Nord … et là c’était facile, c’était en direction de la gare de Comblain et du camp des gitans. L’Étoile polaire ( ou Polaris en latin ) était là … juste au-dessus de la gare … c’était l’étoile la plus brillante de la constellation de la « Petite Ourse ». Un peu plus à gauche, on voyait même la « Grande Ourse ».

On n’était pas obligé d’en savoir davantage … Elles n’en n’exigeaient pas plus. Et l’obscurité faisait le reste.

Pour nous, il n’y avait pas de doute … le Centre du monde ce n’était pas « Jérusalem » – comme l’avait affirmé le matin même Ks Kurzawa pendant son sermon dans la petite église Saint-Clément – ce n’était pas non plus une escroquerie comme l’annonçait Jacques Prévert « Jérusalem j’ai rusé l’âme ! » … Non … le Centre du monde existait bien et c’était ici … autour de nous … dans le parc de Comblain-la-Tour. C’était nous ! Nous étions le centre de l’univers … Et flûte à Kopernik …

01/06/2020 – JP Dz

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2.326 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue du ciel.
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2.327 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue vers le ciel : Copie d’écran d’un logiciel qui permet de voir comment était le ciel à un endroit précis et à un moment précis. Voici comment était le ciel quand on le regardait, à partir du parc vers le Nord, c’est-à-dire vers la gare de Comblain-la-Tour, le dimanche 6 août 1972 à 21 h 00 !
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2.328 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue vers le ciel : Voici comment était le ciel quand on le regardait, à partir du parc vers le Sud, c’est-à-dire vers Hamoir, le dimanche 6 août 1972 à 21 h 00 !
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2.329 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue vers le ciel : Voici comment était le ciel quand on le regardait, à partir du parc vers le Nord, c’est-à-dire vers la gare de Comblain-la-Tour, le dimanche 8 août 1976 à 21 h 00 !
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2.330 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue du ciel.
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2.331 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue du ciel.
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2.332 : COMBLAIN-LA-TOUR : Vue du ciel : Cette photo a été prise récemment par Tom Gawlik. Merci Tom.

 

 

 

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