0092 – Sainte-Barbe

J’aimerais profiter de ce week-end de Sainte-Barbe pour rendre hommage à tous les anciens mineurs polonais … à ceux qui sont descendus dans les mines de Wallonie et de Flandre pour participer à l’essor économique de leur pays d’adoption … à ceux qui n’ont jamais hésité un instant devant ce travail si dur et si éprouvant, à ceux qui savaient que la mine n’était pas sans dangers, mais qui n’ont pas hésité à risquer leurs vies pour rendre les nôtres meilleures … à ceux pour qui Sainte-Barbe était une amie et une protectrice à laquelle ils confiaient certainement leurs doutes et leurs angoisses et qui ornait leurs étendards … ceux qui étaient – et restent – notre fierté.

C’est à eux – à tous nos papas, à nos oncles, à tous nos grands-pères mineurs – que je dédie cette photo et ces quelques lignes. Puissions-nous ne jamais oublier ce que la mine a représenté pour eux … non pas un simple travail, mais l’engagement de toute une vie.

 

Le drapeau de la société Sainte-Barbe d’Harchies – Bernissart est de sortie.
Nous sommes au début des années 50. Le moment est solennel, tous les participants ont revêtu leurs plus beaux costumes et les chaussures sont fraîchement cirées.

L’écharpe bicolore ceint deux d’entre eux. Le port est fier, altier même.
Les mines sont graves. Il y a du défilé dans l’air.
On sent bien que chacun connaît sa place, le rôle qu’il a à jouer : les mouvements ont été répétés. C’est presque une chorégraphie.

On peut reconnaître, de gauche à droite : Jean Kobelski ( avec l’écharpe ) ; Jean Dziewiacien ; tous les autres sont des visages familiers ; mais je suis incapable de mettre un nom sur ces visages.

On peut toujours sourire en regardant cette photo …
On peut trouver le cérémonial désuet, le protocole excessif …
On peut minimiser l’importance du moment.
On peut imaginer ces hommes trop imprégnés de leur propre importance, les trouver un peu « ringards » même …
On peut toujours tout mélanger : fierté, honneur, patriotisme, nationalisme, …
On peut ne voir-là que les tentatives d’exilés de se raccrocher à leurs illusions, à une certaine image de la lointaine patrie …
On peut les plaindre. On peut juger leurs actions. On peut les oublier.

On peut toujours bannir les drapeaux et ranger les bannières dans les placards de l’histoire.
On peut refuser de regarder en arrière. On peut brûler les photos et faire taire les mémoires.
On peut déclarer que la nostalgie n’est qu’un dérèglement de l’humeur.
Et on peut toujours n’avoir comme préoccupation que son propre petit confort …

Mais on peut aussi voir là, autre chose.
On peut voir des hommes debout, ces mêmes hommes qui ont dû si souvent courber l’échine sous l’adversité ou sous l’occupant et qui continuent à arpenter, à ramper, toute la semaine, dans des galeries de mines, trop sombres, trop basses, trop froides.

Des hommes qui ont décidé de se relever, de retrouver leur fierté, d’afficher leur différence, de porter leurs couleurs, de tourner leurs regards vers l’avenir comme ils devaient certainement regarder le ciel en sortant de la fosse … avec gratitude et détermination …
Des hommes qui refusent la fatalité, qui souhaitent une vie meilleure pour leurs enfants, des hommes qui ont encore des rêves.

On peut aussi voir là, des êtres qui décident de ne pas se laisser réduire à n’être qu’une simple force de travail, des bras et de la sueur.
Des êtres humains qui sont conscients de leur potentiel, de leur identité et qui cherchent désormais à être reconnus.

Poussés par cet enthousiasme, par cet instinct qui encourage les hommes à s’unir pour être plus fort, pour triompher de l’adversité, ils se rassemblent, s’unissent, s’organisent, s’inventent, se montrent, défilent, occupent l’espace, s’imposent.

Leur drapeau, c’est leur signe de ralliement. C’est la preuve qu’ils ont choisi d’être unis sous sa bannière.
C’est, en même temps, un emblème et un pouvoir qu’ils ont – pour une fois – choisi eux-mêmes.
Cet étendard qu’ils poussent en avant, c’est leur moyen de se sentir protégé, de conjurer le sort, de vaincre la peur.

On peut toujours considérer que ce sont des gesticulations d’un autre temps et ne pas comprendre que c’est à travers ce genre d’actions que nos parents ont commencé à revivre, à reprendre confiance, à reconstruire leur identité.

On peut toujours enterrer le passé sous une grosse couche d’indifférence et remiser les symboles dans les cartons de l’oubli, mais on peut aussi décider de rester vivant, on peut accepter d’assumer ce qui fait notre différence.

On peut décider qu’un « bout de tissu », même aujourd’hui, ça peut être un symbole important par respect pour tous ces hommes dont le destin a été lié à la mine et pour qui tout travail était toujours une bénédiction.
02/12/2016 – JP Dz

0590
0590 : BERNISSART : Le drapeau de Sainte-Barbe est de sortie : Jean Kobelski ; Jean Dziewiacien , ( ? ) ; ( ? ) ; ….
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0591 : HAUTRAGE-ETAT : Le drapeau de Sainte-Barbe.
0592
0592 : HAUTRAGE-ETAT : Le drapeau de Sainte-Barbe.

 

 

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